Le public semble plus que jamais emporté par le plaisir de découvrir la tradition et le patrimoine culturel des autres pays d'Afrique. La wilaya de Bouira, qui est connue pour être morose et monotone, a pu en l'espace de trois jours se mettre au rythme des danses princières venues du fond de l'Afrique. Mercredi soir à M'chedallah, la nuit de jeudi dans la ville de Bouira et le vendredi au tour de la ville de Lakhdaria d'accueillir les danseurs et danseuses venus de différentes régions du pays ainsi que de la République du Bénin. Les Bouiris sont allés à la conquête du patrimoine culturel de la République du Bénin. La manifestation intervient dans le cadre du deuxième festival panafricain qui se poursuit à travers plusieurs wilayas du pays jusqu'au 20 du mois en cours. La grande esplanade de la Maison de la culture a été prise d'assaut. À la nuit tombante, les familles se sont dépêchées pour prendre place au carré qui leur est réservé. Les jeunes et moins jeunes sont aussi de la partie afin d'admirer les danses princières et les chorégraphies béninoises. Sous le regard vigilant des éléments des services de sécurité, ainsi que les jeunes chargés de l'organisation et surtout de la réussite de la manifestation, la ville de Bouira semble s'animer davantage. En plus de la troupe béninoise, quelques troupes algériennes sont aussi invitées à l'image de celle de Tizi Ouzou, Batna et Mostaganem. Tous les styles de danse se sont invités à Bouira, histoire de montrer de quoi est fait le patrimoine des régions que ce soit en Algérie ou au fond du continent africain. Cette richesse nous renseigne surtout sur l'attachement que des populations ont pour leur culture au fond même de leurs villages où ils se battent afin de préserver un rite, une danse, un geste ou un chant. La première à faire son apparition sur scène, c'est la troupe folklorique de Mostaganem. Le public n'a pas manqué de manifester sa joie lui aussi, lequel depuis le début de la saison d'été n'a pas trouvé où s'éclater. Puis c'est au tour de la troupe d'Imsouhal venue de Tizi Ouzou d'animer la piste avec des tours de danse typiquement kabyles. Le spectacle a continué avec une danse qui surgit du coeur des Aurès. Sous le charme des danseurs et danseuses, et à en contempler profondément les corps qui se laissent exécuter par des notes émanant d'un bendir traditionnel, les Bouiris ont vite oublié la canicule de la journée. Pourtant, il faisait terriblement chaud. Brusquement, le public a été pris d'une grande agitation. La troupe tant attendue fait son apparition sur scène. Les Béninois entrent en scène avec leurs costumes traditionnels. Et le public semble plus que jamais emporté par le plaisir de découvrir la tradition et le patrimoine culturel des autres pays d'Afrique. L'ensemble artistique et culturel «Gueli», qui est le nom de la troupe, vient représenter officiellement son pays dans cette manifestation purement artistique. Le départ a été donné. Cinq danseurs exécutent dans une cohérence inégalée l'«Akonhoun», (danse de la poitrine). Premier plan de la chorégraphie. Cette danse est, selon le porte-parole de la troupe, Nicolas De- Dravo, exécutée par la princesse devant le Roi «Guezon», dont le règne remonte vers la fin du dix-huitième siècle de notre ère. Second plan, il s'agit de «la danse des guerriers», puis vient le troisième et dernier plan de la chorégraphie. Les danseurs et danseuses exécutent un air de danse dédiée à la divinité «Yawoisha». Cette danse vieille de plusieurs siècles a atteint aussi l'Amérique latine. Au Brésil on la surnomme «Orisha». Nicolas De-Dravo explique que ce sont les esclaves, lesquels ont été déportés vers le nouveau continent, qui ont exporté ce rite. Quant au nom de «Gueli» que porte la troupe, il est celui d'un petit oiseau mystique, mais le secret de cette appellation réside, comme nous a expliqué le porte-parole de la troupe, dans le fait que cet oiseau, quand il cherche un endroit où se poser, il choisit toujours un pâturage où il fait bon de vivre, et les autres oiseaux en le suivant y trouvent leur compte. La symbolique se veut que dans cette vie il faut avoir un «Gueli» pour emmener l'humanité dans un lieu sûr et serein. «Et c'est pour cette raison que nous sommes ici, en Algérie, pour semer l'amour et la paix et redonner à l'humanité un espoir de vivre», a conclu Nicolas De-Dravo.