Nombreux sont les préjugés et les fausses idées concernant le rap. Cette musique issue d'une certaine culture urbaine s'est transformée, au fil des années, en un véritable contre-pouvoir symbolique et parfois même politique. Invité par le Centre culturel français d'Alger pour animer un concert, le rappeur français, Oxmo Puccino, (Abdoulaye Diarra de son vrai nom), est revenu sur ses débuts dans le monde de la musique mais aussi sur cette influence qu'exerce le rap partout dans le monde. L'Expression: Très jeune, vous avez déjà commencé à rapper... Oxmo Puccino: J'ai commencé à écouter de la musique très jeune... de manière passionnée. C'est à l'âge de 20 ans que j'ai entrepris de faire du rap. Votre penchant pour le rap est-il dû au fait que vous avez grandi dans un quartier populaire? Sûrement! Les quartiers populaires en France ont été les premiers sensibles au rap. Pour être sensible à cette musique, à la base urbaine, il faut être sensible à une certaine situation sociale. Le rap est, actuellement, la musique du peuple. Dans chaque pays, les rappeurs locaux mélangent cet état d'esprit qui vient des Etats-Unis, et qui n'a cessé d'évoluer à travers le monde, à leur richesse culturel. Cela donne un certain rafraîchissement à la musique, sans perdre de leur originalité pour pouvoir la moderniser. Peut-on dire que votre premier album était un tournant décisif dans votre carrière? Le premier disque était vraiment bénéfique. Il y a des succès d'un coup, qui disparaissent au bout de quelques mois. Ce n'était pas le cas avec Opéra Puccino. Certes, ce n'est pas un grand succès lors de sa sortie en 1998, mais il s'est propagé avec les années. On en parle toujours aujourd'hui. C'est une chose que je n'aurais jamais pu imaginer. Après L'amour est mort, votre deuxième album, vous avez décidé de quitter le monde de la musique... Ce n'était pas une décision, j'ai arrêté carrément de faire de la musique. C'était quelque chose de naturel. Je l'ai fait sans me poser de questions. C'était une déception? Non! C'est un mélange de beaucoup de choses. Quand on passe du néant à une certaine notoriété, cela provoque beaucoup d'appréhensions, presque un bouleversement personnel. C'est ce qui s'est passé avec Opéra Puccino avec lequel, je suis passé d'une extrémité à une autre. Il y a de nombreux artistes qui disparaissent après leurs premiers albums, ils passent ainsi à la médiocrité. Cela est difficile à vivre. Donc pour ce qui est du mon deuxième opus, le projet qui suivait ce premier disque assez difficile à vivre, l'expérience était encore plus difficile, car je n'ai pas atteint ce que je voulais. Tous cela m'avait laisser croire que ça peut être un accident. Je me suis moins retrouvé en studio. J'ai arrêté de faire des promotions et d'écrire, et de fil en aiguille, on est plus dans le truc. Vous êtes considéré comme l'un des promoteurs du nouveau rap français...quel commentaire en faites-vous? Personnellement, je ne me considère pas comme le promoteur du nouveau rap en France. La particularité de cette musique, c'est justement d'être nouveau tout le temps. Les adeptes de cette musique sont en soif de nouveautés, de fraîcheur. Ils éprouvent, avec chaque artiste, le besoin d'une certaine révolution musicale. Le renouvellement est, certes, moins fréquent que dans le passé. Cela est dû à l'âge du mouvement. Ce que je dis aux artistes qui arrivent, aujourd'hui, est que celui qui veut se faire une place peut facilement y arriver, parce que tout est là pour faire de la nouveauté. Mais pour apporter quelque chose de différent, c'est un plus difficile, ça demande beaucoup de travail. Black Jacques Brel, ce surnom vous dit-il quelque chose? Disons que c'est un sobriquet que je m'étais donné. On s'en rappelle encore parmi tous mes sobriquets. Le fait qu'on puisse le citer sans railler, sans se moquer, c'est bon signe. Puis l'important c'est d'être soi-même et c'est ce qui fait que la comparaison reste amusante. Rap et politique...deux mondes qui ont beaucoup de choses en commun... C'est quelque chose d'assez logique. Ces artistes expriment un quotidien populaire et dans ce quotidien, il y a de bons et de mauvais moments...plus difficiles. Lorsqu'on parle de certaines causes sociales, vers qui devrait-on se tourner? La réponse est simple: les responsables. Cela fait du rap, une musique de contre-pouvoir. Il y a des vérités qui ne sont pas, toujours bonnes à entendre. Ce n'est pas volontairement que les rappeurs se sont trouvés au milieu de la scène politique. Cela est dû à leur discours, leur sincérité et la vérité de leurs propos. Lors des rendez-vous électoraux, il y a toujours des tentatives de récupération d'artistes... Aujourd'hui, les artistes ne sont pas aussi dupes. Ceux qui font le choix d'utiliser leur image ont des aspirations sociales ou politiques. C'est quelque chose que je peux comprendre. D'ailleurs en ce qui me concerne, la musique est tout d'abord faite pour l'auditeur, et je pense que c'est très dangereux de mélanger certaines choses. Personnellement, ayant «ma face» exposée, je ne peux pas me permettre de faire tout et n'importe quoi. Je suis obligé de faire attention avec mes collaborateurs. On est vite dépassé par une situation. Les artistes ne sont pas tous des calculateurs. Personnellement, je n'ai pas eu de propositions directes, mais en travaillant avec des municipalités, lors d'ateliers d'écritures ou l'organisation de manifestations, forcément je suis en contact avec certaines personnes, mais ça reste plus penché sur mon travail que sur autre chose. Quel regard portez-vous sur le rap africain? J'espère qu'il ne va pas diminuer de son importance. Les rappeurs africains ont beaucoup de responsabilité politique. La tentation de la musique commerciale et désincarnée est un risque qui peut avoir de grandes conséquences sur la fibre de la musique mondiale en Afrique. Bien sûr, il faut de tout pour faire du rap mais lorsque je regarde des clips qui sont des reprises américaines des années 80, avec tous les clichés qu'il peut y avoir dedans, je m'inquiète quelquefois. En même temps, il faut dire que le rap politique des musiciens africains est beaucoup plus risqué qu'ailleurs. Mais dans un certain sens, ça ne sert à rien de parler politique, parce que tout le monde sait ce qui se passe sur le plan politique et on ne peut rien y faire. Il faut par contre parler des gens. C'est ce qui peut vraiment intéresser l'auditeur. Quand j'entends un rappeur africain parler d'un politique qui détourne de l'argent, je me dis que c'est de notoriété publique. On n'apprend rien du tout. Donc ce discours sert au peuple, ou sert à se donner de l'importance. Quels sont vos projets futurs? Terminer cette tournée comme je l'ai commencée. Travailler avec des chanteurs et des chanteuses. Continuer à écrire des textes et essayer de composer des univers et écrire...écrire...Pour l'instant, il n'y a pas de nouvel album. Cela demande beaucoup de préparation.