François Bachelet, président du directoire d'AOM-Air Liberté, subit de toutes parts, des pressions intenses pour revenir sur son projet d'ouvrir une ligne Alger-Paris. Il s'est même trouvé que des titres de la presse algérienne dénoncent «la trahison par AOM-Air Liberté» du boycott aérien auquel est soumise l'Algérie depuis 1994. Les derniers en date seront les responsables de l'association française SOS Attentats qui réunit des victimes et des familles de victimes d'attentats terroristes. L'association «s'étonne de ce que les autorités françaises aient autorisé l'ouverture de cette ligne (...), alors que le cas de l'Airbus d'Air France n'est toujours pas élucidé». Faut-il rappeler à cette association que le détournement de 1994 s'est dénoué sur l'aéroport de Marseille-Marignane, sous la supervision directe du ministre français de l'Intérieur de l'époque, M. Charles Pasqua? Et que la gestion de la crise par le préfet préféré de M. Pasqua ressemblait plus à un règlement de comptes qu'à une opération sécuritaire? Que de questions restées sans réponse, et condamnées à le rester par l'élimination physique préméditée des quatre terroristes. Selon un témoignage qui n'a jamais été repris par les médias français, un officier du GIGN aurait achevé froidement le quatrième homme, blessé et hors de combat. Si SOS Attentats a des questions à tirer au clair, ses responsables n'auront qu'à s'adresser aux autorités françaises. Dans sa réponse, le président de la compagnie a affirmé que «les conditions d'embarquement seront celles discutées à Alger». Par ailleurs, une commission technique mixte est réunie à Paris «pour mettre en place les modalités sécuritaires les plus à même de banaliser les opérations aéroportuaires, de manière qu'elles ne présentent pas plus de danger que n'importe quel aéroport dans le monde». Quant aux motivations du repreneur d'Air Liberté, elles résident essentiellement, et de son propre aveu, dans le fait que l'«Algérie, c'est d'abord deux millions de passagers/an à prendre en charge, sans aucune concurrence étrangère». Pour pallier tout aléa, AOM-Air Liberté se propose d'«exploiter les futures lignes sur l'Algérie en partenariat avec Khalifa Airways». «Nous ne pouvons pas nous permettre de négliger un tel marché, car il n'y aura pas d'injection d'argent frais: la compagnie perd déjà, chaque année, entre 450 et 500 millions de francs.» Pour le ministre français des Transports, «Il y a encore 30% du trafic aérien à prendre en charge, Air France n'assurant que 70% des besoins internes. En outre, l'Algérie pourrait être un quasi-monopole pour une compagnie qui saurait gérer sa qualité de service.» Jean-Charles Courbet, le repreneur d'Air Liberté en faillite, est confronté à un énorme problème social : «Il me faut licencier plus de 1800 employés, sans compter les filiales.» Depuis vendredi dernier, une réunion marathon entre partenaires sociaux tente, en l'absence d'une convention collective, de trouver une solution au personnel à compresser. Air France se serait engagée à reprendre 500 employés, aux dernières nouvelles. Cela suffira-t-il à dissuader le directoire d'AOM-Air Liberté, qui va changer de nom, d'ouvrir sa desserte sur Alger début novembre 2001, et deux autres lignes sur Marseille et Lyon d'ici à février-avril 2002? Dans le commerce, la solidarité a des limites que lui impose la concurrence.