Un nouveau film en langue amazighe sera bientôt en chantier. Réalisé par Smaïl Yazid, le film, une coproduction de AV2M et Chromavision, a eu déjà l'accord du Fdatic en sus d'une subvention du ministère de la Culture. Le projet de film est une fiction long-métrage (90mn) sous-titré en arabe et en français. Le tournage est prévu en Kabylie, précisément à Oudhias, pour une période de six mois. Le premier tour de manivelle sera donné ces jours-ci, nous apprend Fatiha Allilèche, assistante du réalisateur. Les rôles principaux seront campés par Yazid Aït El Djoudi et Arezki Siouani. L'histoire se déroule dans un village de Kabylie dans les années 1960, où la société villageoise chavirait entre la tradition omniprésente et régulée par le droit coutumier et l'aspiration à la modernité concrétisée par la fréquentation de l'école de la jeune génération. Le synopsis résume la problématique qui concerne l'héritage et le partage familial. L'aîné d'une famille nombreuse rentre définitivement de France où il a, des années durant, trinqué sa santé et ses biceps dans les mines de charbon. Durant son séjour dans les “caves” de l'Hexagone, Mokrane envoyait régulièrement des mandats pour son père, un patriarche autoritaire. N'ayant que deux filles, il supplie son père de procéder au partage avec ses quatre frères ; de la sorte, il attribuerait une parcelle de terre à ses deux filles. Mais il fallait compter sans la roublardise de Saïd qui manipule son frère Larbi, sans instruction, contre toute la famille. Mokrane formaté dans le moule de la tradition familiale bâtie sur la solidarité, est désespéré des valeurs familiales qui s'effilochent les unes après les autres, devant un individualisme rampant. “Aujourd'hui, les ressorts qui sous-entendent la cohésion familiale commencent à se désarticuler. Je vois là les prémices d'une totale désintégration. Il y aura l'individu mais plus de famille. Nous, à l'époque, nous n'existions et ne vivions que pour la famille. Je n'ai épargné ni ma santé ni un sou qui pourrait sauver demain mes filles. Mes gains, je les envoyais au père, c'est-à-dire pour toute la famille”, se lamente l'aîné de la famille devant son cadet Kaci. Celui-ci, sensible à la plainte de son frère, informe son père, qui procède alors — certes un peu tardivement — au partage de ses biens, mais pas comme l'aurait voulu l'aîné de la famille, qui ne tardera pas à décéder. Mais la cupidité et la voracité de Saïd et Larbi vont désarçonner Kaci et ses deux nièces après la mort du vieux. Larbi s'approprie la parcelle de terre qui était patrimoine des deux filles de Mokrane. De fil en aiguille, il finit par les déposséder de ce bout de terre qu'il vendra. L'argent du négoce servira à meubler le logis de Saïd, en prévision de son mariage proche. Non content d'avoir exproprié son frère, aujourd'hui six pieds sous terre, Larbi et “le renard” Saïd accablent Kaci sur lequel ils rejettent tous les torts. “Depuis la nuit des temps, après la disparition du père, c'est à l'aîné que reviennent les charges de chef de famille”, disent-ils à l'endroit de Kaci. Celui-ci, universitaire et bien outillé sur le plan intellectuel, en concertation avec son benjamin Meziane, recourt, non pas comme de tradition à la djemaâ du village, mais à la justice et aux lois de la République, pour trancher le différend. Qui a tort et qui a raison ? L'intrigue est palpitante, le suspense l'est également. Yahia Arkat