Dernier vendredi avant le Ramadhan. Il est 17h quand, appelons-le Toufik, est arrivé à Dream Parc, le parc d'attractions des Pins-Maritimes. L'ingénieur qu'il est, était accompagné de sa femme, médecin. Il ne s'est pas empêché de s'écrier à quelques mètres de la porte d'entrée “on dirait qu'on est à Kandahar”. Il faisait référence au barbu du guichet et au nombre impressionnant de femmes en hidjab à faire la queue. Ça venait surtout lui confirmer l'étiquette d'“islamiste” que beaucoup ont collée au parc. Les rumeurs colportées autour de Dream Parc mentionnaient également que ce sont seulement les femmes en hidjab qui étaient acceptées et que si l'une d'elles y venait sans voile on lui en remettait, en même temps que le ticket d'entrée, un offert de “la maison”. Néanmoins, tout au moins ce vendredi, il n'y a pas eu de “scènes” de ce genre. Certes, la majorité des filles ou femmes étaient en hidjab mais il y avait également beaucoup de “moutabiridjate” qui n'avaient aucune difficulté pour entrer. La “scène” concernait plutôt un jeune homme, la vingtaine, qui voulant se faufiler à l'entrée parmi les familles a été débusqué par les agents de sécurité “wine rayah jeune ?” (Où vas-tu ?). Débusqué, et après avoir balbutié quelques mots, il est revenu sur ses pas, tête baissée sans rien dire d'autres. C'est que le parc est interdit à tout jeune seul ou encore aux couples adolescents. Le côté “familial” est le label des gérants de Dream Parc. Une grande pancarte sonnant plus comme un avertissement que comme une “note d'information”. On pouvait y lire que la tenue vestimentaire doit être “décente”, qu'il est interdit de faire rentrer toute sorte de produits alimentaires, et surtout que le lieu est “familial”. Après avoir acheté le ticket (200 DA autorisant 5 jeux) nous rentrons donc. Des dizaines de mètres après, une autre pancarte bien en vue indiquait que le parc était “ouvert 7/7 de 11h à 22h”. Pourtant Arezki, un jeune de Bab El-Oued, affirme que la fermeture dépasse l'heure indiquée “je viens régulièrement avec ma famille et à chaque fois on sort d'ici au minimum à minuit”. Il précise ainsi que les jeux ne s'arrêtaient qu'à minuit et que pour les fast-foods c'est jusqu'à 1h30 du matin. Sur place l'immense foule, composée en majorité d'enfants, arpentait joyeusement les “allées” du parc. Il y avait tellement de monde que pour accéder à n'importe quelle attraction il fallait faire une longue “chaîne”. Malgré la tentation de profiter des jeux et “de revenir aux joies de l'enfance” Toufik et sa femme n'ont pas sauté le pas arguant leur “impatience” et “al ghachi bezzaf” (trop de monde). On pouvait aussi remarquer la présence de plusieurs agents de sécurité faisant des rondes régulièrement sur les lieux avec une matraque et un talkie-walkie à la main. Une “image” qui visiblement rassure beaucoup les pères de familles. Question “bouffe” il y avait bien en vue la kheïma. Le prix d'une théière et une assiette de cacahuètes y est de 350 DA. Par contre, et même si les prix sont carrément les mêmes que ceux affichés “dehors”, les fast-foods ont un sérieux problème d'hygiène à régler. Il suffisait de voir les ordures étalées devant tout le monde pour être établi sur la gravité de la situation. Mieux encore, même ce qui est proposé à la consommation est loin de répondre aux moindres conditions d'hygiène. Après avoir refusé de prendre des pizzas Toufik et sa femme ont tout de même essayé de goûter aux beignets. Ils ont rapidement regretté “c'est immangeable. L'huile date au moins d'une semaine, beurk”, nous dira le médecin. L'ingénieur y ajouta “je ne comprends vraiment pas pourquoi ils ne font pas d'efforts pour l'hygiène. Les tables et les chaises sont sales et en plus les vendeurs sont crasseux”. À Dream Parc on ne peut pas rater les lieux de prière improvisés au milieu des jeux. Si celui des hommes est juste à côté des toilettes, l'entrée du “moussala” des femmes était la copie conforme des…WC pour femmes. Un état des lieux qui, tout en confirmant le manque flagrant d'hygiène dans tout le parc, vient encore une fois conforter les adeptes de l'équation : islamiste = saleté ; et pourtant l'iIslam, est loin très loin de cette “atmosphère”. Malgré cela, et au fil des minutes, notre couple commençait à trouver des côtés positifs au Parc. “Il faut avouer que l'un des points importants ici c'est qu'on se sent en sécurité. C'est très rare de voir autant de monde et de ne pas entendre de vulgarités ou de ne pas assister à des bagarres”, admet Toufik avec l'acquiescement de sa femme. Ce qui nous rappela une des répliques d'Arezki “comme je m'imagine mal emmener ma mère, mes sœurs et mes neveux à la plage, donc ce parc est le seul endroit dans lequel je peux y aller à l'aise”. Avec ses tares Dream Parc on ne pourra nier un fait : les grands bénéficiaires sont les enfants. Il suffit de voir la gaîté qu'ils affichent pour en être convaincu. Toufik est arrivé jusqu'à devenir envieux “ils auront des souvenirs meilleurs que les miens. Je me souviens plus des queues dans les souk el-fellah que d'autres choses” et avant de quitter le Parc il lancera à sa femme “en attendant d'avoir nos enfants, je vais revenir bientôt avec mes neveux”. Mentionnant toutefois que si les familles trouvent leur compte, et en premier lieu les enfants, reste les jeunes. Indésirables, n'ayant pas de moyens, ils se retrouvent à n'avoir d'autres choix que de fréquenter les stades, les mosquées, les rues ou … tenter la harga.