L'espace culturel Mouloud-Mammeri abrite une série d'activités en hommage à l'un des meilleurs enfants du village de Taourirt-Mimoune, penseur et intellectuel universel, en l'occurrence Mohamed Arkoun. Des banderoles et des affiches annoncent, depuis une semaine, la manifestation culturelle coïncidant avec le 40e jour de la mort de M. Arkoun. “Mourir ainsi, c'est vivre”, dirait Kateb Yacine. D'abord c'est sous un décor d'arrière-plan artistique que la scène de l'espace est mise sur pied : l'œuvre d'un artiste peintre, Azouaou Mammeri, petit-fils du précurseur de l'art pictural du XIXe siècle qui porte le même nom se fait (re)découvrir par les enfants des collines oubliées. Après bien sûr une minute de silence à la mémoire de l'enfant chéri des Ath Yanni, pour marquer cette commémoration, Slimane Hachi a tenu à lui rendre hommage à sa manière, en invitant un de ses amis du Maroc et non moins disciple de Mohamed Arkoun. Youcef Nacib et Rachid Bellil devraient être présents, mais c'est un autre représentant du Centre national des études historiques qui a tenu à accompagner Slimane Hachi, Abdeslam Chedadi lui rendra aussi hommage, après la projection d'un film portant sur sa dernière interview sur le Grand-Maghreb tel que le philosophe et islamologue l'avait souvent souhaité. L'émotion était à son comble quand l'ami et le disciple marocain intervient presque en membre de la famille Arkoun, il le présentera en référence à une “illustre figure de proue du dialogue des civilisations et ce défenseur acharné d'un islam de tolérance et de lumière”. Da Gana Mammeri évoquera en bon orateur une tranche de la vie que tout le monde à Béni Yenni voudrait entendre. “Une enfance où des questionnements sur la vie, la philosophie et d'autres questions au-delà des jeux d'enfants occupaient leur quotidien”. Les intervenants, en présence des autorités locales, insistaient sur le fait que “les livres de Mohamed Arkoun brillent par leur absence des étals de nos bibliothèques, alors que dans le monde entier, son œuvre est une référence”, comme le souligne un médecin dans une salle archicomble où des jeunes, moins jeunes et personnes âgées étaient au rendez-vous. “Être enterré au Maroc constituait une incompréhension pour certains”. Zaïm Al-Machlaoui, son ami du Maroc, dira qu'il avait toujours “considéré le Maghreb uni comme une seule terre”, et un vieux compatriote des collines oubliées ajoutera : “Tout nous rassemble avec les Marocains et cela ne pourrait constituer un complexe”. Sur le vif, une fresque sera soigneusement achevée en son honneur. “Cher professeur nous ne t'oublierons jamais”. Né en 1928, au village de Taourirt-Mimoune, dans la commune de Béni Yenni, Mohamed Arkoune a d'abord débuté son parcours scolaire à l'école du village, comme tout le monde, avant d'entamer ses études supérieures en lettres arabes et en philosophie à Alger puis à La Sorbonne. Il y décroche ainsi son doctorat et s'y installe en enseignant d'histoire de la pensée islamique dans un esprit cartésien. Il représente un modèle de référence et de renommée internationale compte tenu de sa riche bibliographie qui défraie toute chronique, notamment dans son combat pour la liberté de penser ; penser un islam ouvert sur la modernité et contre ceux qui l'ont voué à la léthargie. Les représentants associatifs de la daïra de Béni Yenni promettent de revenir pour d'autres activités aussi riches que variées.