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Tradition orale millénaire
LE CHANT POPULAIRE IRHABEN
Publié dans Liberté le 21 - 11 - 2010

Donnés pour morts, il y a à peine quelques années, Irahben ont su relever le défi et prouver à plus d'un qu'ils sont immortels et incontournables. Après la renaissance dans la joie des fêtes rurales, ils confirment par leur présence dans les grandes villes, où les groupes dit modernes perdent saison après saison du terrain, et ne savent plus où donner du la.
Intemporels. Les nouveaux troubadours, ou les griots des temps modernes, comme les désigne le musicologue Salim Souhali, semblent défier mode, genre, vague et tendance, pour être toujours présents et répondre à l'appel de leurs fans, qui sont de plus en plus nombreux à travers le grand-Aurès, et même ailleurs.
Irahaben, Rahbia, Rahaba, l'appellation change et diffère d'une région à l'autre, d'un village à l'autre, voire d'une tribu à l'autre. En plus de leur nom, leur composante, leur tenue, leurs instruments et, bien sûr, leurs chants changent aussi. Ils n'ont de points communs que les chants millénaires, et c'est le plus important.
À titre d'exemple, dans la vallée d'Oued Abdi, on peut trouver des groupes d'Irahaben mixtes, où femmes et hommes se donnent la réplique. Trois ou quatre éléments du groupe forment une rangée et dans un va-et-vient incessant, la mesure et le rythme sont dictés par l'instrument-clé d'Irahaben, le bendir. Groupe polyphonique par excellence, le début des chants est toujours en a cappella.
Hauts faits d'armes, saisons des moissons, la séparation des bien-aimés… sont les sujets qui reviennent le plus et à la demande des spectateurs, qui connaissent, et par cœur, le répertoire des Rahaba. Dans d'autres régions, à l'exemple de Yabous, wilaya de Khenchela, les troupes sont exclusivement masculines, et si l'instrument (bendir) existe, on ne lui fait pas toujours appel. La cadence et le rythme sont dictés par le pas. En effet, le groupe Yabous, en plus de sa particularité du port de la gandoura blanche (hajbibth), seule la voix et le bruit du pied constituent le rythme et la musique à suivre.
Une grande similitude avec les troupes des chants traditionnels corses. Un autre genre dans les environs de la ville de Batna et ses environs, El-Madher Chemora. En plus de l'utilisation de deux ou plusieurs bendirs, la flûte (aksbth) s'invite. La composition du groupe est plus large, plus fournie.
Une plus grande liberté de mouvement, certainement apportée par les instruments. Souvent, les présents s'invitent sur l'espace réservé à la troupe, toujours en plein air, pour s'adonner à des danses et chorégraphies bien rythmées et cadencées, avec un jeu de pieds survolté. On assiste souvent à des égarements et transes. À N'gaous, la presque oasis entre le Nord et le Sud, pays des Aïth Fatma, Aïth Soltane, Béni Bouslimane, Irahaben sont omniprésents aux fêtes et leur présence est exigée par les invités. Bastion de la chanson chaouie (parole, rythme et mélodie), le groupe de Rahaba le plus sollicité dans les Aurès se trouve justement à N'gaous et porte le nom de Rfaâ, le nom d'une montagne, qui a abrité plusieurs rebellions et rebelles de la région.
Le groupe s'est fait connaître par ses chants envoûtants et entraînants à la fois. Des titres évocateurs : l'amour de la terre, l'orphelin et d'autres que les mélomanes reprennent à la moindre occasion. Rfaâ n'a pas le monopole. Les groupes Imedghassen, Yabous, Tazougueght, Kenzria ne sont pas des noms anodins mais plutôt choisis.
Ils font toujours référence aux noms de lieu, sinon de personnages de l'histoire berbère, selon Salim Souhali. Cela démontre un attachement à la terre et au pays des ancêtres.
À Batna, Khenchela, Oum El-Bouaghi, et jusqu'à Tébessa, la fête un peu freinée et perturbée par la tragédie qu'a connue le pays reprend de plus belle, et ce ne sont plus les boÎtes à rythmes et les sonos mal réglées qui attirent les curieux, les fêtards et les couche-tard, mais les Rahaba, et c'est parti pour longtemps !


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