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Les monts des Babors nettoyés
Après une Traque sans relâche des katibats El-Fath et Es-Sunna
Publié dans Liberté le 11 - 10 - 2003

Près de 3 000 militaires, du matériel lourd et des hélicoptères ont été déployés pour ratisser la zone.
À la porte des Babors, il y a la commune du même nom. Cible privilégiée des attaques terroristes, cette région, nous a-t-on affirmé, était restée “interdite”, pendant longtemps. À quelques encablures de la caserne installée depuis 1994, les forces de l'ANP, dirigées par le général Saïd Bey, chef de la Ve Région militaire, ont élu leur poste de commandement avancé sur le terrain faisant office de stade municipal de football. Situé à l'écart de l'agglomération urbaine, il abrite ainsi le quartier général de l'état-major et des forces combinées. Des tentes y sont dressées, plusieurs véhicules lourds y stationnent depuis le début des opérations de ratissage des monts des Babors, déclenchées le 11 septembre dernier. Une opération qualifiée de franc succès tant elle aura permis de libérer cette région comme cela fut le cas avec Boutaleb, une autre localité avoisinante ayant subi le même triste sort. Désormais, il n'y aura plus de “fief des Babors”, avait précisé le général Ammar, un des commandants de cette opération, comme pour affirmer que la région est définitivement sécurisée.
Ce ratissage est survenu après des années de traque des groupes terroristes qui, pendant les premières années de la violence terroriste, utiliseront ces montagnes comme région de transit. C'est ce que nous avanceront des éléments de l'armée désignés pour notre escorte pour visiter le refuge des terroristes et de leurs familles. Avec la lutte antiterroriste, de plus en plus structurée et efficace, les katibats Es-Sunna et El-Fath, pourchassées à travers le maquis et lâchées par les populations, ont élu domicile dans les Babors, précisément dans le lieu-dit El-Khanga El-Hamra. Le relief accidenté, par endroit, et fortement boisé, de l'autre, sera un rempart naturel idéal à toute intrusion. Ce qui leur permettra d'y passer, plusieurs années sans s'inquiéter d'être découverts, d'autant que la terreur qu'ils sèmeront au sein des hameaux, implantés à une dizaine de kilomètres aux alentours, poussera les habitants à fuir. De ce fait, il n'y avait plus le moindre risque de menace ou de dénonciation jusqu'à ce jour du 11 septembre 2003... Il a fallu, toutefois, des informations précises et pointilleuses pour que l'ANP arrive à découvrir les trois casemates servant de “domicile” aux terroristes et à leur familles. Le commandement refusera de nous dévoiler la nature de ces informations et leurs sources. Mais, vraisemblablement, le démantèlement d'un réseau de soutien serait à l'origine de cette réussite. En l'an 2000, nous dira un officier, les forces de l'armée, au courant de l'existence de groupes terroristes dans El-Khanga El-Hamra, y ont déjà procédé à un bombardement aérien.
Gênées par la tombée de la nuit, elles rentreront au QG pour reprendre leur mission le lendemain. Sur place, elles découvriront des traces de sang, mais point de corps, elles concluront donc au replis des terroristes alors que ces derniers étaient encore planqués dans des grottes à proximité. Ce n'est que récemment qu'elles apprendront de la bouche d'un terroriste arrêté que lors de cette même offensive aérienne, cinq de ses acolytes ont été abattus. Il leur désignera, alors, l'endroit où les cadavres étaient ensevelis, une information juste et vérifiée. L'armée a aussi investi ce terrain depuis, et l'a même ratissé pendant vingt jours, a-t-on appris, sans grand succès. Les casemates étaient tellement camouflées qu'il leur était impossible de soupçonner jusqu'à leur existence.
Une aire désertée par ses habitants
Agissant sur informations, l'opération de septembre sera la bonne. Les forces antiterroristes, composées d'éléments de l'ANP, de la gendarmerie et de Patriotes, investiront ce fief des katibats El-Fath et Es-Sunna. Sur une distance de 13 km, où la végétation s'enchevêtre pour donner des allures de jungle, l'armée va se déployer. Tout donne à croire que pas l'ombre d'un être humain ne s'y soit aventurée depuis des lustres. Effectivement, c'est le cas et pour preuve, l'absence de tout signe de vie ou encore ces sous-bois composés d'arbustes de mûres sauvages qui ont gagné du terrain et obstrué les passages. On se serait cru dans une forêt vierge, tant les cèdres, les platanes et tant d'herbes sauvages avaient pris le temps d'envahir le site.
Le chemin poussiéreux, étroit et sinueux, qui nous emmena à la lisière de la zone interdite, s'est avéré long et éreintant. Même les véhicules tout-terrain à bord desquels les journalistes effectueront le déplacement semblent avoir du mal à rouler normalement. Parti du poste avancé du commandement vers treize heures dans la journée de vendredi dernier, il faudra compter 30 à 40 minutes pour voir pointer le mont Tababor. La vallée qui s'étend à ses pieds est surnommée la Place des terroristes. Selon les témoignages recueillis, ils se retrouvaient à cet endroit fréquemment à chacune de leurs sorties. Les éléments de l'armée et des forces combinées ont pris, depuis, position à ce niveau et ont posté des sentinelles sur les hauteurs…
Avant de donner l'assaut final, l'ANP, selon les affirmations des responsables de l'opération, le général Ammar et l'officier Bouderssa, avait sommé les terroristes de se rendre en lâchant des tracts et en utilisant le mégaphone. Terrés dans leurs trous, les membres d'El-Fath et d'Es-Sunna garderont le silence. La présence de femmes et d'enfants, nous a-t-on assuré, avait dicté la prudence dans l'utilisation de la force, ce qui, en somme, retardera l'opération de plusieurs jours. Le recours aux bombes lacrymogènes donnera les résultats escomptés, les terroristes finiront par s'exposer. Auparavant, la femme d'un terroriste est sortie jurant tous ses dieux qu'il n'y aurait aucun homme à l'intérieur des grottes. Hayet, nous raconta un militaire, ayant pris part à cette offensive, essayera à moult reprises de les en dissuader prétextant la présence uniquement de femmes et d'enfants sur les lieux. La katibat Es-Sunna fera montre de plus de résistance et était mieux armée. Elle ne compte aucun mort parmi ses éléments, ils seront tous capturés… “Ils ne se sont pas rendus, ils se sont battus jusqu'à la dernière cartouche”, tiendra à préciser le général Saïd Bey, comme pour détruire tout de go le vocable de “repenti”, devenu usuel dans le sillage de la concorde civile.
Concernant katibat El-Fath, elle sera entièrement anéantie. Le bilan officiel de cette opération est de 10 morts, 28 prisonniers dont une femme. Dans les rangs de l'ANP, il est à déplorer deux morts et 11 blessés. Le butin de cette opération se traduit par la récupération de plusieurs dizaines d'armes automatiques et semi-automatiques, de grenades artisanales, de munitions, d'un cachet humide et de produits explosifs dont 7kg de TNT. 25 femmes et 81 enfants seront libérés. La municipalité de Babor a réquisitionné, de nuit, un hammam pour permettre à toutes ces familles de se laver… “Ils ont évolué longtemps dans un environnement insalubre qu'il était impossible de les approcher”, a-t-il soutenu. Et d'ajouter que les militaires feront une quête pour acheter des habits et des sucreries aux enfants. Lesquels pour l'anecdote, taxeront de taghout toute personne voulant s'approcher d'eux et n'ayant pas le look afghan de leurs parents.
Le ratissage des Babors, qui a mobilisé 3 000 personnes et autant de matériels lourds soutenu par des hélicoptères, s'est effectué sur une zone non négligeable estimée à 150 km2.
N. D.
Les Terroristes capturés n'éprouvent “aucun regret”
Parmi les terroristes capturés, on compte deux “émirs” régionaux, en l'occurrence Boubettache Youcef, alias Abou Abderrahmane, et Chirek Khaled, alias Yassine El-Harrachi, de la katibat Es-Sunna. Aussi, un ex-officier militaire radié des rangs de l'ANP avant qu'il ne rejoigne le maquis et de deux déserteurs. Six à sept terroristes ont toutefois réussi à se défaire des maillons du filet de l'armée lors de ce ratissage et auront pris la clés des champs.
Pour le chef du commandement de la Ve région militaire et ses officiers, il serait hors de question de parler de terrorisme résiduel… “S'il ne reste que dix terroristes sur tout le territoire, cela signifie que le danger persiste et la vigilance de mise”, sera-t-il soutenu.
Encore une fois, l'armée se démarque du discours politique qui minimise l'activisme terroriste et nuance les propos face à ce danger. Un danger qui sera décelable à travers les réponses de quatre terroristes présentés à la presse. Les convictions qui les pousseront à rejoindre le maquis, entre 1993 et 1994, ne se sont pas pour autant émoussées. Le projet immuable de l'état islamiste est toujours ancré dans leurs esprits même si sa réalisation n'est pas à portée de main pour le moment, comme le laissera entendre l'“émir” Abou Abderrahmane, originaire de la région, mais ayant grandi à Oued Semar à Alger. Âgé de 33 ans, il sera intronisé à la tête de katibat Es-Sunna par l'“émir” de la région Abou Omeïr. Ce bras droit de Hacène Hattab quittera les monts des Babors deux mois avant l'opération de ratissage laissant femmes et enfants. Aurait-il eu vent des intentions de l'armée ou y aurait-il d'autres raisons à son absence ? Aucun commentaire ne sera fait à propos de son départ.
Qu'il s'agisse de Abou Abbas, de Abou Tourab, de Madi Abdesslam, connu sous le sobriquet de Sayeh, chargé de l'atelier explosif, aucun remords ni regret ne seront exprimés. Ils iront jusqu'à déclarer ne pas participer ni organiser d'action depuis belle lurette. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir opté pour une reddition dans le cadre de la loi sur la concorde civile ? “Nous avions entendu parler d'un projet d'amnistie générale, mais nous avions préféré attendre”, a rétorqué l'expert en explosif. Allusion à la concorde nationale…?
N. D.


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