Vaste remue-ménage autour des législatives de mai prochain. Feu vert de l'Intérieur à 17 nouveaux partis pour entrer dans la danse, après examen de conformité. Tout un branle-bas de combat pour forger l'idée, en Algérie et à l'étranger, que le régime prépare du nouveau ! Une pluie de nouveaux partis politiques s'est subitement et copieusement abattue, après une sécheresse qui remonte à 1999. En termes de sigles, le paysage partisan doit, aujourd'hui, frôler la centaine ! En deux vagues successives, le ministère de l'Intérieur, grand timonier du pluralisme à l'algérienne, aura ainsi bouleversé le répertoire partisan. Au point où il faut se casser la tête pour identifier sa composante. Quant à les classer dans un tableau politique cohérent, c'est une autre paire de manches, tant beaucoup se ressemblent, se recoupent et font même double emploi. Il faut un microscope pour différentier la plupart d'entre eux. Un vrai diagramme de la représentation partisane est impossible chez nous, comme l'est, par ailleurs, la compréhension de notre système politique. Si un Ahmed Ghozali, enfant du sérail et Chef du gouvernement lorsque l'Algérie basculait dans la décennie noire, s'interroge aujourd'hui encore sur comment et qui décide de fabriquer les rois et leur cour, il faut admettre que c'est vraiment opaque. Comme notre marché, dans le paysage partisan, il y en a pour toutes les sauces. D'abord des islamistes à foison : des purs, des modérés et des soft dans l'air du temps. Les conservateurs, plus ou moins islamistes, se sont abreuvés à la source du FLN. Des démocrates, également de toutes les couleurs, si couleur il y a dans cette idéologie fondée sur les droits de l'homme et la participation citoyenne. Vu de près, ça ne change pas beaucoup par rapport à ce qui préexistait. D'ailleurs, la plupart des fondateurs de cette nouvelle couche dans le paysage partisan sont des figures connues. Les Djaballah, Menasra, Mohamed SaId, Benyounès, Khaled Bounedjma, Abdelaziz Belaïd, Mohamed Zerrouki, Yousef Hamidi, Abdelaziz Ghermoul, Salim Khelfa, Tahar Benbaïbèche, Noureddine Bahbouh, pour ne pas allonger la liste, ne sont pas inconnus pour les Algériens. Dans cette liste, des transfuges de formations nées dans les années 1989, dans le sillage de la Constitution qui avait, en théorie, cassé le monopole du parti et de la pensée unique, de nombreux déçus, y compris dans l'opposition démocratique. Et, bien entendu, des missionnés par le trio de l'Alliance fondée à la venue d'Abdelaziz Bouteflika pour dominer le patchwork partisan. Enfin, dans le nouveau panier, sont recensés d'anciens dignitaires et d'anciens ministres. Un autre dénominateur : leurs leaders ne sont pas jeunes du tout. À moins de classer les quinquagénaires dans la case juvénile. Ceci pour relever que les toutes nouvelles générations restent absentes. Et avec la non-implication de la masse démographique du pays, il est à se demander si cette importante frange s'est exclue de sa propre initiative et il faudra alors chercher à comprendre pourquoi les jeunes ne sont pas tentés par l'aventure politique ? Ou est-ce d'autres facteurs qui découragent cet immense gisement dans la prise en charge politique de la propre destinée de la jeunesse? Pour autant, la question qui revient à l'esprit est : à qui profitera cette manne partisane, hétéroclite, partagée entre petits fronts, transfuges et ex-hauts fonctionnaires ? Des partis alibis, des partis croupions, des clones du FLN-RND-MSP, c'est pour beaucoup le nouveau maquillage pour donner l'illusion d'une pluralité partisane à la course aux législatives de mai. La palette partisane, dénoncée jusqu'ici pour son trop plein par Bouteflika s'est enrichie de 17 nouveaux lauréats : le Front national pour les libertés (FNL) de Mohamed Zerrouki, le Parti national algérien (PNA) de Yousef Hamidi, le Mouvement des nationalistes libres (MNL) d'Abdelaziz Ghermoul, le Parti des jeunes démocrates (PJD) de Salim Khelfa, le Parti el Fedjr el djadid (PFD) de Tahar Benbaïbèche, l'Union des forces démocratiques sociales (UFDS) de Noureddine Bahbouh, le Front pour la Justice et le Développement (PJD) d'Abdellah Djaballah, le Front du changement (FC) d'Abdelmadjid Menasra, l'Union pour la démocratie et la République (UDR) d'Amara Benyounès, le Parti pour la Liberté et la Justice (PLJ) de Mohamed Saïd, le Mouvement des citoyens libres (Jil Jadid), le Front national pour la justice sociale, Le Front de l'Algérie nouvelle, le Front El Mostakbal, le Parti des jeunes et le parti El Karama. Il y a donc plusieurs petits fronts qui s'agglomèrent ou se compilent au vieux FLN. Le pouvoir qui a le mieux résisté parmi ses pairs arabes au vent de révoltes qui a soufflé en 2011, du Bahreïn au Maroc, semble encore en mesure de redistribuer les cartes politiques. Sans le moindre souci, il reste, pour ainsi dire, maître des jeux et cérémonies. Même la donne “imprévisible” reste de très faible intensité avec l'épais matelas de devises, la crise financière qui malmène même les plus puissants du monde et la situation délétère engendrée par l'arrivée au pouvoir d'islamistes, en Tunisie, Egypte et Maroc. Ennahda, les Frères musulmans avec leur avatar salafiste En-Nour et le PJD, qui jure lui de devenir l'AKP du Maghreb, ont raflé la mise des “Printemps arabes” sans y avoir pris part, promettant, comme à leur habitude, le paradis sur terre ! Réveillés, leur électorat a fini par retomber sur ses pieds et exiger du travail et le droit de vivre dans la dignité humaine. À Tunis, les mouvements sociaux ont repris de plus bel, au point que le nouveau président se retranche dans le palais de Monastir. Au Caire, une partie de foot qui a tournée au drame, a remis les pendules à l'heure: la révolution est loin d'avoir abouti. La Place Tahrir a repris du service pour exiger le retrait de l'armée dans ses casernes et les manifestants, même ceux très violents d'El Ahli, ne font aucune allusion aux islamistes qui dominent pourtant à 70% le Parlement. Par contre, ils dénoncent un “deal” entre les islamistes et maréchal Tantaoui, l'homme fort du pays. Les Marocains se sont eux aussi rendu compte que des islamistes au pouvoir ne changeaient en rien leur quotidien fait de précarité, de hogra et de répressions. D. B