L'organisation panarabe retire ses observateurs et durcit le ton contre le régime de Bachar Al-Assad. Une gifle pour l'attitude de la Russie dont le veto a bloqué toute condamnation de la répression en Syrie. Le “parfum de guerre froide” voulu par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, qui devrait récupérer le 4 mars les clefs du Kremlin, confiées pour un mandat à Medvedev, son ex-Premier ministre, n'a pas fait illusion. Le fait le plus marquant n'est pas le veto de Moscou et, accessoirement, de Pékin, mais leur isolement sur la question syrienne. Au Conseil de sécurité, 13 voix sur 15 ont voté en faveur d'une condamnation nuancée, mais sans équivoque, du régime Assad. Echec donc pour Moscou sur toute la ligne. Non seulement le groupe des Bric (Brésil, Russie, Chine, Inde) a éclaté, mais le monde arabe, qui a proposé une résolution humanitaire, s'est indigné de l'attitude russe et chinoise. Poutine a fait le pari que le régime Assad écrasera une opposition plus ou moins divisée, considérant que la révolte populaire en Syrie n'est qu'un complot occidental destiné à affaiblir le régime syrien. Son calcul s'est révélé tout faux, les manifestions contre Bachar Al-Assad n'ont pas faibli malgré la montée en cadence de la terrifiante répression. La Russie, tout au plus, ne peut donner que quelques mois de répit au régime d'Assad. Son veto ne peut le sauver. D'autant que Moscou est le théâtre à l'intérieur de ses frontières, d'un mouvement de contestation qui, au fil des mois, prend de plus en plus pour cible la personne même de Poutine. Un printemps moscovite ! L'autre samedi, de grandes banderoles brandies par les manifestants de Moscou associaient les noms de “Moubarak, Kadhafi, Poutine”, sonnant comme un avertissement d'un type nouveau même si Poutine sera presque certainement réélu le mois prochain, son pouvoir est d'ores et déjà fragilisé. La Ligue arabe, qui est revenue à la charge avec un plan, identique dans le fond à celui au nom de tous les membres de l'organisation panarabe, essaye de convaincre les russo-chinois à une meilleure perception de leurs intérêts à long terme dans l'aire arabe, voire dans le monde. L'Arabie Saoudite a présenté dimanche soir, après une réunion au Caire, un projet de résolution à déposer au Conseil de sécurité de l'ONU, dans lequel elle demande notamment que l'organisation internationale envoie en Syrie une force de Casques bleus. Ce projet de résolution devra néanmoins recueillir l'aval du Conseil de sécurité, où la Russie et la Chine ont mis leur veto à toutes les précédentes résolutions, mais elles demandaient le départ de Bachar Al-Assad et la fin des violences. C'est la première fois qu'il sera question de l'envoi d'une force de maintien de la paix. La Ligue arabe a également décidé de mettre fin à la mission de ses observateurs en Syrie, alors que le chef de cette mission, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha Al-Dabi avait annoncé sa démission. L'organisation panarabe prend ainsi plus clairement partie en faveur de l'opposition. Elle prévoit ainsi d'ouvrir avec elle des canaux de communication et en lui apportant toutes les formes de soutien politique et matériel. À l'inverse, la Ligue arabe appelle à rompre toutes les formes de coopération diplomatique avec les représentants du régime syrien dans les Etats, les instances et les conférences. Les pays du Golfe (CGC) ont fait état de leurs intentions de fermer leurs ambassades à Damas. Par ailleurs une réunion des “Amis de la Syrie” aura lieu le 24 février à Tunis. Alors que les vetos russes et chinois se répètent, et que des pays arabes refusent toute intervention militaire similaire à ce qui a pu se passer en Libye, le conflit syrien semble se militariser. La question de l'envoi d'armes à l'opposition est posée dans les chancelleries occidentales, notamment en France, mais elle implique de risquer de nourrir une guerre civile qui semble pourtant de plus en plus avoir commencé. L'armée syrienne libre, constitué par des déserteurs de l'armée du régime, et le Conseil national syrien ont appelé les pays arabes à participer de manière directe et efficace au financement légitime des opérations d'autodéfense et de protection des zones civiles menées par l'ASL. Ayman Al-Zawahiri, le leader d'Al-Qaïda, s'est invité dans le débat en assurant que des djihadistes irakiens avaient traversé la frontière et a appelé à la guerre sainte pour renverser le régime de Damas. De quoi donner du mou à la thèse syro-russo-chinoise. Le ton durcit de toutes parts, mais, pour autant, rien n'assure que sur le terrain, les choses changent. Damas a évidemment rejeté le nouveau plan arabe. “La République arabe de Syrie rejette catégoriquement les décisions de la Ligue arabe”, a affirmé l'ambassadeur de Bachar Al-Assad qui a accusé les décisions arabes “de refléter l'hystérie des pays membres (de la Ligue), après leur échec à obtenir l'appui du Conseil de sécurité de l'ONU à une intervention dans les affaires syriennes”. L'ambassadeur, qui n'a pas assisté à la réunion du Caire, a déclaré que l'Occident comptait “redistribuer les cartes dans la région, afin d'imposer une solution au conflit israélo-arabe, ce qui entraînera la perte des droits et des terres arabes”. Faut-il à la Ligue arabe aller plus loin face aux violences qui se poursuivent en s'aggravant en Syrie. D. B