Faute de ramener les enseignants en classe, le gouvernement va changer d'enseignants. Heureusement que ce ne sont pas les élèves qui avaient débrayé. Vous rendez-vous compte ? On n'aurait pas pu trouver des jeunes de niveau secondaire à embaucher pour remplir les salles de cours ! Ils travaillent, ceux-là ! Et c'est souvent pour cela qu'ils ont quitté le lycée. Ils n'attendent pas d'être recrutés quand il y a une grève à casser. Le pouvoir n'a qu'à mieux utiliser son syndicat “jaune”. N'est-ce pas pour casser les mouvements sociaux qu'il l'engraisse ? Il faut dire que dans cette affaire du secondaire, l'organisation, qui, apparemment, n'est plus “de masse”, en tout cas pas dans l'enseignement, a montré qu'il ne mérite plus tellement sa part de rente : Le subterfuge qui consiste à faire semblant de faire grève pour ensuite faire semblant de négocier n'a pas fonctionné. Il reste donc les universitaires, trop diplômés pour vendre des cigarettes, faire le trabendiste ou l'intermittent du commerce au mois de ramadan. La revanche des proviseurs ! Beaucoup de ceux qui ont, depuis longtemps, cru se défaire de sa posture altière, entre condescendance et mépris, vont devoir retourner au lycée bafouiller devant le principal et pour des motifs moins scolaires. Se présenter en chômeurs et en opportunistes briseurs d'espoirs syndicaux pour demander du travail à son ancien censeur ou proviseur….Quel destin de cancres vous propose votre gouvernement ! Mais comme on sort du ramadan algérien éprouvé au plus haut point, beaucoup de nos potentiels professeurs n'auront pas les moyens de dédaigner l'offre. Plus on est amoindri et moins l'on peut dire non. Détroussés et affaiblis par un mois de privations et de gaspillage, les universitaires inactifs n'auront pas tous le loisir d'interroger leur vocation au moment d'aller faire profession d'éducation. Ce qui dérange dans l'opération de licenciement massif envisagée par le gouvernement, ce n'est pas qu'on perde gravement au change avec l'éventuelle révocation des grévistes. À vrai dire, dans l'éducation nationale, on n'en est plus à chicaner sur la qualité des enseignants, et Benbouzid, avec le soutien de son gouvernement, va le prouver une nouvelle fois. Non, ce qui inquiète, c'est cette morale du système qui fait que c'est aux Algériens de convenir aux gouvernants qui les tiennent et non l'inverse. Quand ils ne les tuent pas parce qu'ils contestent leur gestion, ils les emprisonnent ; et quand ils ne les emprisonnent pas, ils les démettent. Symboliquement, c'est le peuple tout entier qu'ils changent pour s'offrir le peuple qui convient quand, ainsi ils déposent collectivement toute une frange de la société. C'est le sommet qui conteste la base qui le contestait et qui finit par renverser sa base. Du moins dans sa partie rebelle. Le coup d'Etat à l'envers ! En espérant que nos enfants ont retenu, eux aussi, la leçon du ramadan. Maintenant qu'ils savent que leurs brillants aînés vendent la viande d`âne, ils s'appliqueront peut-être un peu plus en classe pour ne pas finir, par un mois de piété et d'abstinence, dans nos plats de mangeurs de bourricots. M. H.