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André Mandouze : 10 juin 1916 - 5 juin 2006
Le guerrier de la paix
Publié dans Liberté le 11 - 06 - 2012

Cet hommage à André Mandouze, ce guerrier de la paix, je le voudrais unanime et mérité à toutes ces voix anticolonialistes qui se sont dressées contre l'injustice, le racisme et l'oppression.
Profondément croyant, chrétien de gauche, homme “lié à Dieu”, disait-il, il a transcendé les interdits pour prêcher la paix, la tolérance et le respect de la dignité humaine. Il a placé son existence au service des principales luttes du XXe siècle : l'antinazisme et l'anticolonialisme. N'a-t-il pas sous-titré ses Mémoires d'Outre Siècle, d'une résistance à l'autre (1)?
Né le 10 juin 1916 à Bordeaux dans une famille catholique, il adhère, très jeune, à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) tout en menant des études littéraires classiques qui le conduiront à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris en 1937. A. Mandouze fut toujours en première ligne dans tous les combats à mener du siècle dernier pour la défense de la vie contre la mort, de l'intelligence contre la bêtise, du respect de l'homme contre la négation de l'homme.
Il a toujours été rebelle à tous les conformismes de pensée. Engagé très jeune dans le combat contre le nazisme pour construire une France libre, puis contre le colonialisme pour une Algérie libre et indépendante, il reste un exemple de militant de la première heure.
Ancien animateur de la Jeunesse étudiante chrétienne, le nom de ce “fougueux normalien” s'identifie à la création de l'hebdomadaire catholique Témoignage chrétien dont il sera le premier rédacteur en chef au lendemain de la Libération.
Il quitte le journal en 1946 et s'embarque pour l'Algérie où il séjournera jusqu'en 1956.
André Mandouze à Alger (1946-1956) : d'une résistance à l'autre
Le 19 janvier 1946, il débarque à Alger comme professeur de latin à la faculté des lettres, avec un projet de thèse de doctorat sur Saint Augustin. Dés son arrivée, il se pose en contestataire de l'ordre universitaire colonial: dès juin 1946, il crée les “stages universitaires” du Chenoua-Tikjda, véritable révolution pédagogique établissant de nouveaux rapports entre enseignants et étudiants. En même temps, il entre en contact avec tous ceux qui, en Algérie, contestent l'ordre colonial.
Animé par des idéaux de justice, il fut parmi les premiers à attirer l'attention sur le drame algérien et la légitimité de la guerre de Libération nationale.
En témoignent ses écrits et plus particulièrement les tous premiers, dès juillet 1947 dans la revue Esprit : “Impossibilités algériennes ou le mythe des trois départements français”, et en octobre 1948: “Le dilemme algérien: suicide ou salut public”. Dans ces deux articles, il dénonce le mensonge et les violations des droits de l'homme en Algérie.
Dans l'immédiat, il commença par le commencement, c'est-à dire par mettre en place des vecteurs porteurs comme l'Union des chrétiens progressistes (UCP) en février 1947, qui préconisait l'union des chrétiens et des communistes. Il s'imposa par son dynamisme et devint l'animateur de bulletins Des chrétiens prennent position ou encore La Quinzaine (novembre 1950) qui sera condamnée puis interdite par le Vatican, le 5 février 1955.
A. Mandouze la remplacera par une autre publication: Le Bulletin. Il mettra le plus gros de son énergie au service de la cause algérienne en publiant deux revues Consciences algériennes (1950-51) une revue “résolument contre la colonisation et contre le racisme, pour une Algérie libre, démocratique et sociale”, remplacée deux années plus tard par Consciences maghrébines qui paraîtra de 1953 à 1956, où d'une plume acerbe, il n'aura de cesse de critiquer et de combattre le colonialisme français en Algérie. En 1956, il y publiera les premiers tracts du Front de libération nationale.
Dès 1947, il adhéra pleinement au Comité chrétien pour l'entente France Islam, créé à partir de La France par l'orientaliste Louis Massignon. Membre du Comité directeur du journal Alger Républicain, c'est à cette époque (1948) qu'il commence à avoir des problèmes avec les ultras. Ses cours sont interrompus à l'université, sa maison saccagée et sa famille menacée.
Il était en contact, à partir de juin 1955, avec la direction du FLN à Alger: Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda, et depuis bien plus longtemps avec l'Association de la jeunesse algérienne pour l'action sociale (AJAAS), à sa tête Pierre Chaulet, qui organise le soutien médical et social aux soldats de l'ALN et à leurs familles.
Le 27 janvier 1956, invité par le Comité d'action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, au meeting à la salle Wagram (Paris), il déclare apporter “le salut de la résistance algérienne” : “Ce matin encore, j'étais à Alger et je vous apporte le salut de la résistance algérienne. Je viens du théâtre d'opérations. Il est partout et dans Alger même. Il y a des gens qui ne croient pas que dans les rues ils croisent l'armée de Libération nationale... Et si vous voulez l'exiger, demain, les négociations peuvent s'engager, demain les combattants peuvent discuter avec le gouvernement français, demain, alors pourront se réconcilier deux peuples...”.
C'était la déclaration de trop ! Cette position publique suscite une fois de plus la haine des partisans de l'Algérie française. Passant pour un émissaire du FLN, le 6 mars 1956, il est molesté par des étudiants européens et ne doit son salut qu'à des étudiants algériens qui l'aident à sortir et à se protéger. Il est empêché d'aller à l'Eglise par un rassemblement de paroissiens qui le rouent de coups. Ses cours sont suspendus à la faculté. Il quitte, alors, Alger pour la faculté des lettres de Strasbourg où il commencera son enseignement le 1er avril 1956.
Départ d'Alger (1956-1963)
Ses prises de position anticolonialistes irritent de plus en plus le gouvernement français. Expulsé par le ministre résidant Lacoste, il sera inculpé pour “trahison contre la patrie”: on l'accuse d'avoir collaboré à l'écriture de la plateforme du Congrès de la Soummam. Installé à Strasbourg, il est arrêté le 10 novembre 1956 pour son soutien à la “rébellion”, cela lui vaudra trente-neuf jours de prison à la Santé. Il se souvient avoir “été conduit en un lieu de sinistre mémoire, la rue des Saussaies, ancien repère de la Gestapo et désormais siège de la DST”, alors qu'il a été, dès 1955, l'un des premiers intermédiaires entre les chefs FLN Abane Ramdane et Omar Ouamrane d'une part, et le gouvernement Mendès France, d'autre part.
À la prison de la Santé, il fait connaissance des occupants de la cellule 17. Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat et Mohamed Khider, “les cinq historiques”, et Mostéfa Lacheraf que Guy Mollet avait fait capturer. La prison n'entachera point son combat. Son engagement sera total aux côtés des Algériens et du FLN. Il publiera La Révolution algérienne par les textes qui sort chez François Maspéro, le 17 février 1961 et sera saisie le 21 février. Dans ce livre, il réunit tous les textes et déclarations du FLN, de l'UGTA et du GPRA. Ces textes ne ciblent pas seulement le public mais aussi les militaires et les politiques qui ignoraient tout sur les positions du FLN/ALN. La sanction de la saisie sera levée le 10 juillet 1961 à la demande de l'état-major, il semblerait que les officiers avaient besoin d'en apprendre un peu plus sur la révolution algérienne. Ainsi une deuxième édition sort en septembre 1961 et la troisième en mai 1962.
A. Mandouze signera le Manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission et à l'objection de conscience pour les jeunes appelés en guerre d'Algérie, et apportera son soutien au Comité Audin. Il restera toujours attaché à Témoignage chrétien, “le seul hebdomadaire, dit-il, dont le nom est je crois bien, le seul à avoir survécu en restant fidèle à son idéal premier”.
Retour à Alger (1963-1968)
Au lendemain de l'indépendance, il est appelé, en mars 1963, par le président Ben Bella et devient, le premier “directeur de l'Enseignement supérieur” en Algérie, charge qu'il assume jusqu'à décembre 1963. Il reprendre alors son poste de professeur de latin à l'université d'Alger jusqu'en 1968, date à laquelle il soutient une monumentale thèse à la Sorbonne sur “Saint-Augustin: l'aventure de la raison et de la grâce”.
Il reste attaché à l'Algérie, et y revient chaque fois que l'occasion lui est donnée: en 1975, première mission en Algérie à la demande du ministère de l'Information et de la Culture, il s'agissait de relancer des recherches sur l'Afrique et l'Antiquité. En avril 2001, une présence remarquable lors du Colloque international d'Alger sur “Africanité et universalité de Saint-Augustin”. 18-23 avril 2005, son dernier voyage en Algérie avec le groupe des “Amis de Témoignage chrétien” venus sur les “traces de Saint Augustin”.
Le 7 novembre 2006, le XIe Sila (Salon international du livre d'Alger) lui rendra hommage: coïncidant avec la célébration du 1er- Novembre, le Sila a proposé dans la collection Voix de l'anticolonialisme, une somme de textes réédités par l'Anep, et préfacés par le président de la République Abdelaziz Bouteflika. Parmi la floraison de textes (Albert Memmi, Ferhat Abbas, Aimé Césaire...) se trouve la Révolution algérienne par les textes d'André Mandouze.
Dans la préface, M. Abdelaziz Bouteflika prévient d'emblée que le projet de rééditer la Révolution algérienne par les textes est un projet déjà ancien qui lui tenait particulièrement à cœur, bien avant la disparition de l'auteur en juin 2006: “J'estimais de mon devoir de mettre à la disposition du public algérien ce magistral travail de choix de montage de textes produits par notre mouvement national au cours de la guerre de Libération nationale et dont le but était de ‘convertir' à l'indépendance de notre pays une opinion publique française encore largement parasitée par les miasmes d'un colonialisme délétère”.Par sa forte personnalité, son érudition, ses convictions, André Mandouze, le spécialiste de Saint-Augustin, aura marqué toute une génération. Intellectuelle engagé et libre à la fois, ce “catho de gauche” a marqué l'histoire du XXe siècle parce qu'il était lui-même un morceau d'histoire.
Sa devise tirée de Saint-Augustin, et qu'il aimait à me répéter se résumait en deux phases: “Aime, et fais ce que tu veux” et “La mesure d'aimer, c'est d'aimer sans mesure”.
M. E. K.
(*) Maître de conférences, Bouzaréah université Alger 2
Notes et références
1- Mandouze André: Mémoires d'Outre-Siècle, Tome 1, d'une résistance à l'autre. Paris, éd. Viviane Hamy, 1998.
- Entretiens avec André Mandouze, Paris 1989, Alger 2001.
- Témoignage de Claudine et Pierre Chaulet, le 7 novembre 2006, “Hommage à André Mandouze” XIe SILA.
- Son ouvrage sus-cité illustre son parcours personnel et professionnel, ouvrage très important qui enrichit l'histoire immédiate, à savoir les quarante-cinq premières années de sa vie au service des causes pour la défense des droits de l'homme. Ce premier tome s'arrête à l'indépendance de l'Algérie. Le deuxième tome sous-titré “à gauche toute, bon Dieu!” parait en 2003 aux éditions du Cerf.
- Préface de M. Abdelaziz Bouteflika à La Révolution algérienne par les textes : documents présentés par A.Mandouze- Voix de l'anticolonialisme, Alger.


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