Invité au Forum de Liberté, le délégué général de l'Association des banques et établissements financiers, (Abef), Abderrezak Trabelsi, a présenté, hier, les dernières mesures édictées en matière de facilitation de l'accès aux crédits d'investissement. D'après M. Trabelsi, il s'agit, à travers le nouveau dispositif, d'aller vers une plus grande dynamisation du marché financier, la mobilisation de l'épargne et la diversification des sources de financement de l'entreprise économique. Il rappelle que la circulaire du Premier ministre recommande d'alléger les procédures mais évoque aussi la nécessité de développer de nouveaux instruments et consolider la formule du leasing. Il est attendu également la redynamisation de l'activité du capital investissement, et des différents fonds d'investissement. Pour le délégué de l'Abef, le problème “récurrent" de financement de l'entreprise est en passe aujourd'hui d'être “dépassé". “L'Algérie est l'un des rares pays où les crédits ont connu une croissance à deux chiffres. Ainsi, même l'année 2012 s'est encore caractérisée par l'augmentation des crédits à l'économie. Dans ce contexte de crise économique mondiale, le taux de croissance des crédits à l'économie en Algérie s'élève pour les trois dernières années à plus de 13%". D'une certaine manière, M. Trabelsi a voulu démontrer que le problème de financement ne constituait plus en Algérie un obstacle à la création d'entreprises. Mais pourquoi donc les autorités ont-elles décidé maintenant de faciliter l'accès aux crédits d'investissement ? a-t-il été interrogé. Le privé domine désormais en Algérie “Il faut savoir que depuis 2005, le secteur privé a supplanté le secteur public dans ce domaine". D'après lui, “le secteur privé est déjà financé à 73% de fonds publics". Pour lui, cela n'est donc pas une “surprise" que le secteur privé soit ainsi dominant puisqu'il a été décidé d'édifier en Algérie une économie de marché. M. Trabelsi se refusera néanmoins de parler de “surliquidités" comme l'une des motivations à la circulaire de Sellal. “L'évaluation des politiques publiques nécessite souvent des ajustements pour répondre aux objectifs tracés et gagner en efficience et en efficacité", s'est-il contenté de répondre, reconnaissant la nécessité d'augmenter la couverture de la demande de services bancaires et des besoins de financement du développement du pays. D'abord, pour lui, “il n'y a pas suffisamment d'opportunités d'investissement comparativement aux capacités des banques". Et pourtant, de nombreux patrons d'entreprises privées continuent à se plaindre des réticences qu'affichent à leur égard les banquiers. Pour justifier le manque d'engagement qu'on prête à ses confrères notamment leur difficulté à transformer des liquidités en investissements, M. Trabelsi a plaidé, à leur décharge, l'insuffisance des fonds propres des entreprises concernées, le manque de garantie et le niveau de risque élevé présentés par certains “investisseurs". “L'absence d'un véritable marché financier en Algérie induit des pressions encore plus fortes sur les banques", a-t-il reconnu. L'entreprise algérienne est trop petite Par ailleurs, la taille même de l'entreprise algérienne ne plaide pas toujours en faveur d'une plus grande prise de risque de la part des banques. “95% du tissu économique national sont constitués de très petites entreprises (TPE) employant moins de neuf travailleurs". Du fait donc de sa petite taille, souvent la structure du capital de l'entreprise ne permet pas d'engager un volume d'investissements conséquent. D'après lui, le capital-investissement qui permet un financement en fonds propres semble très approprié à la taille de l'entreprise algérienne qu'il va falloir, selon lui, “faire grossir". S'agissant de l'évaluation technico-économique des projets d'investissement soumis, M. Trabelsi regrettera l'absence de véritables études d'opportunité ainsi que l'établissement d'études comptables parfois sommaires qui empêchent toute prise de décision “en connaissance de cause". Sur ce registre, il appellera à l'émergence en Algérie d'un réseau d'analystes financiers capables de donner non seulement une plus grande crédibilité aux porteurs de projets mais de rassurer aussi les banquiers. De même, M. Trabelsi verrait bien l'avènement à cet égard d'une banque d'investissement qui accumulerait alors une expertise en termes d'évaluation de projets. Mais quid alors des nouvelles dispositions énoncées et “déjà appliquées" par le réseau bancaire ? Il expliquera d'emblée que pour l'ouverture d'un compte bancaire d'une entreprise, il suffit d'un registre du commerce, de statuts, d'un numéro d'identification fiscale ainsi que d'une pièce d'identité du gérant. Le délai de 45 jours sera-t-il tenu ? Dorénavant, c'est l'institution bancaire et l'environnement institutionnel qui seront chargés de la mise en conformité et de l'authentification des pièces fournies par le requérant. Ce qui devrait permettre, selon lui, la réduction du délai de réponse aux demandes de crédits fixé, par le Premier ministre, à un délai de 45 jours “en fonction de la complexité du projet", tempère-t-il, toutefois. C'est là où réside, d'après lui, la principale nouveauté qui, grâce à la normalisation des procédures et à la mise en place d'une base de données entre les différentes institutions, devrait engendrer un appréciable “gain de temps". “Les nouvelles mesures visent également à promouvoir et à consolider la mise en place de nouveaux instruments financiers comme le leasing et le capital-investissement". Des formules qu'il considère comme “très adaptées aux besoins de financement de l'entreprise algérienne". Il révélera concernant ces instruments financiers l'existence d'un “avantage fiscal" prévu par le nouveau système comptable qui comporte un statut dérogatoire permettant aux banques d'agir pour le compte du bailleur de fonds. Ce traitement fiscal privilégié ayant expiré fin 2012, le délégué de l'Abef préconise tout simplement sa pérennisation. Il évoquera également l'amélioration du dispositif des garanties des crédits d'investissement par une modification du mode opératoire qui, selon lui, limite l'action des banques. Il reconnaît, toutefois, que ces instruments de garantie mis en place en vue de rassurer les banquiers contre l'insolvabilité des PME sont à même d'offrir une couverture du risque plus importante que celle fournie par les sûretés habituelles. Le banquier, un justiciable comme un autre... Pour le délégué de l'Abef qui qualifie la nécessité de relancer l'appareil productif national, d'“enjeu majeur", il s'agit de revoir non seulement la réduction des délais d'octroi de crédits d'investissement mais aussi “l'ensemble du système". D'après lui, pour vaincre définitivement les réticences des banquiers, il va falloir examiner, tôt ou tard, la question récurrente de la dépénalisation de l'acte de gestion pour laquelle il a longuement plaidé. “Le banquier ne veut pas être au-dessus des lois. Il n'exige pas de statut particulier. Il veut seulement être traité comme n'importe quel justiciable". Le délégué de l'Abef a annoncé ainsi qu'une démarche était engagée, impliquant différentes institutions, notamment le ministère de la Justice en relation avec la Banque d'Algérie. Pour une plus grande implication des banquiers dans l'octroi des crédits, l'Abef a émis des propositions concrètes en matière de risques liés à l'activité du crédit. Il s'agit notamment de définir “l'acte délictuel", clarifier la notion de “négligence manifeste", le “préjudice causé" et le rôle des organes de gestion. M C L