Un huissier de justice s'est présenté, hier, au siège social du journal, sis à Hussein Dey, pour faire procéder à l'évacuation des lieux et à la mise sous scellés. Ce représentant de la justice a entamé l'application de cette mesure suite à une décision du tribunal de Sidi-M'hamed, à Alger, prise le 15 juin dernier, en réponse à une requête des services des impôts. En réaction à cette décision, dont beaucoup estiment qu'elle est “venue dans un contexte répressif pour saper le moral du personnel du Matin”, ils étaient nombreux, hier, à venir à Hussein Dey exprimer leur protestation. Des confrères de la presse, des représentants du Mouvement citoyen dont Bélaïd Abrika, des associations féminines et des droits de l'Homme ainsi que des représentants de partis politiques ont tenu à dénoncer par leur présence la cabale en cours contre le journal Le Matin. “C'est fou comme le pouvoir se découvre des vertus contre des malversations préfabriquées, alors qu'il a de tout temps constitué la matrice et le promoteur de toutes les corruptions”, a déclaré un journaliste lors de ce rassemblement. Sur les balcons du bâtiment étaient accrochées des banderoles et des affiches sur lesquelles on pouvait lire : “Libérez Mohamed Benchicou et Hafnaoui Ghoul”, “Non à la répression”, “Liberté de la presse en danger”, ou encore “Journalistes en danger”. Aux environs de 14 heures, heure limite pour l'évacuation des lieux, l'administrateur du journal, qui venait d'avoir une entrevue avec l'huissier de justice, vient s'adresser aux nombreux présents à ce rassemblement. “Il est impossible de faire obstruction à une décision de justice qui est irrévocable et applicable, à tort ou à raison. Un délai supplémentaire nous est accordé pour vider les lieux, nous avons jusqu'à dix-sept heures ou peut-être jusqu'à demain matin pour ce faire”, lance-t-il à la cantonade. C'est alors que la foule, avant de se disperser, a tenu à exprimer sa réprobation avec force de slogans : “Assa azaka Benchicou yala”, “Djazaïr hora démocratia”, “Sahafa hora démocratia”, “Abat la répression”, “Libérez Benchicou et Hafnaoui” et “ulac smah ulac”. Face à l'intervention des policiers et de l'excès de zèle de certains d'entre eux, les présents ont scandé : “Où vous étiez quand nous faisions face aux terroristes ? La corporation a payé de plus de 120 âmes”. La foule s'est finalement dispersée vers 15 heures. Une société civile mobilisée Face à cette cabale contre la presse et les libertés qui ne dit pas son nom et surtout après le pas terrible franchi par le pouvoir — mettre en prison des journalistes —, il ne se passe pas un jour sans que des associations, organisations et citoyens entreprennent des actions et des manifestations à travers le territoire national ou sont relayés par nos concitoyens à l'étranger. C'est le cas de la section algérienne de Transparency International de lutte contre la corruption qui, dans un communiqué intitulé : “Pour la libération immédiate des journalistes Hafnaoui Ghoul et Mohamed Benchicou”, considère que “l'acharnement de la justice et le harcèlement de la police dont sont victimes les deux journalistes depuis plusieurs mois étaient annonciateurs des mesures répressives à leur encontre, sans que le pouvoir ne s'embarrasse d'un quelconque respect de la loi”. “Ces mesures ont aussi valeur d'avertissement pour tous ceux qui luttent pour les libertés, la citoyenneté et des droits de l'Homme”, affirme pour sa part le Rassemblement action jeunesse (RAJ) dans une déclaration rendue publique qui lance un appel “à la mise en place, par la concertation, des conditions nécessaires pour une forte mobilisation nationale unitaire contre toutes les injustices et pour la liberté de tous”. Enfin, hier, un communiqué du RCD, (bureau régional de Boumerdès) a révélé qu'un collaborateur du Soir d'Algérie a été poursuivi en justice “pour une obscure affaire de diffamation” à l'encontre des élus FFS de Chabet El-Ameur. Le RCD a condamné cette nouvelle mesure d'intimidation contre les journalistes. M. B. Collectif du matin appel à un rassemblement demain Face à la gravité de la situation que vit la presse nationale, en particulier le journal Le Matin, le collectif de la rédaction s'est réuni afin de réfléchir aux actions qui pourraient être entreprises. La condamnation des journalistes, Ghoul et Benchicou, est une grave atteinte à la liberté de la presse. Par ailleurs, la mise sous scellée du siège social du journal Le Matin augure de la disparition pure et simple du titre et de la mise au chômage de dizaines de travailleurs. Aussi, le collectif de la rédaction du Matin appelle à un rassemblement, mercredi 23 juin, à 14h, au niveau de la place de la Liberté de la presse à Alger. LE COLLECTIF DU MATIN