Les assurances de Naftal ne sont pas synonymes d'apaisement et d'un retour à la normale. Les stations-service sont encore prises d'assaut. Au cinquième jour de la pénurie de carburant, les pompes n'ont pas tellement "carburé". Virée dans quelques zones de l'Algérois. Stations-service Les Bananiers, à l'entrée est d'Alger, il est 7h45mn. La file des automobilistes est immense. De la bande d'arrêt d'urgence jusqu'à la deuxième voie du périphérique, camions, autobus et voitures de tourisme "se bousculent" pour faire le plein. Le plus rusés, les "marguine" comme on les appellent à Alger, slaloment entre les véhicules pour arriver à la caisse rapidement. En ce premier jour de la semaine, les images choquent, avec des enfants visiblement mal réveillés qui s'invitent à ce décor "d'économie de guerre". Après plus de 50 mn, nous atteignons, enfin, le fameux passage obligatoire pour faire commande. La tension atteint son paroxysme quand un père de famille descend de sa voiture et... sort de ses gonds. Il s'accrochera avec un autre automobiliste qui venait de le dépasser par la droite pour passer le premier. Il aura fallu l'intervention des présents pour que les antagonistes baissent le ton et retrouvent leur calme. Et, surtout, pour que cessent les propos de bas étage échangés devant des familles et des enfants. Nous quittons cet "enfer", direction Oued Roumane. Il est à peine 11h, la tension semble s'estomper. Cette station vient d'être ravitaillée, mais la file de voitures est déjà longue. Le gérant a pris ses précautions pour orienter les automobilistes et éviter de congestionner la circulation routière. À 12h15mn, nous poursuivons notre virée vers l'extrême ouest de la capitale, Zeralda. Sur l'autoroute, des dizaines de camions-citernes roulent à vive allure pour approvisionner les pompes. La fermeture de la station de Cheraga n'arrange pas les choses et les automobilistes sont contraints d'aller vers Bouchaoui pour revenir vers la station des Grands-Vents, attenante au groupe Sovac. Il est 12h30mn, nous arrivons à la station de Zeralda. Un jeune employé accueille les automobilistes à même l'autoroute pour leur éviter une perte de temps. Il les oriente alors vers la seconde pompe, moins visible, mais qui venait de faire le plein de ses citernes. "Je suis là pour orienter les automobilistes afin d'éviter les longs embouteillages sur l'autoroute. C'est très dangereux. Notre seul problème, c'est le gasoil. Il y a un manque. Même le comportement des automobilistes est pour quelque chose dans cette histoire. Il suffit d'annoncer une pénurie pour que nos stations soient prises d'assaut. Mais d'ici à vingt minutes, nous aurons droit à quatre citernes", témoigne-t-il. "La pénurie ? Ce n'est pas nous, c'est Naftal" Au même moment, un camion-citerne débarque avec 13 000 litres d'essence Super et 13 000 autres de gasoil. Notre interlocuteur quitte à nouveau la pompe et fait rentrer les camions et les autobus. Un jeune, visiblement excité, arrive à vive allure à bord d'une camionnette chinoise. Il demande qu'on lui remplisse quatre fûts de gasoil. Devant le refus catégorique du gérant, il quitte la pompe non sans lâcher des obscénités. Interrogé à ce propos, un employé nous révélera que des "instructions fermes ont été données afin de ne servir que les automobilistes". En face, en revanche, une queue interminable se forme en attendant que le camion remplisse les cuves. Là aussi, c'est la pagaille générale. Autrement dit, toutes les pompes situées sur l'axe menant vers l'entrée d'Alger sont submergées de monde. Un conducteur d'autobus se pointe avec un jerrican à la main. Il essuiera, lui aussi, le refus du pompiste. "Ce n'est pas normal. Tout le monde me connaît dans la région. Mon bus est à l'arrêt depuis hier soir. Je dois travailler. Moi aussi, j'ai des enfants à nourrir", clame-t-il pour plaider sa cause. À 13h30mn, nous arrivons à la station des Grands-Vents. Ici, quatre camions-citernes venaient d'approvisionner la pompe. Mais, les automobilistes ne quittent pas pour autant les lieux sans faire le plein, même si des restrictions sont données pour rationner les quantités de carburant pour servir tout le monde. En revanche, en milieu urbain, la colère des automobilistes est difficile à contenir. Y compris celle des gérants qui n'acceptent même pas de discuter avec nous. "Allez parler avec les patrons de Naftal. La pénurie, c'est Naftal, c'est pas nous. Les petits ne créent pas la pénurie et vous le savez bien !", crie un gérant qui, semble-t-il, n'est pas suffisamment approvisionné. Nous quittons ce décor avec cette dernière info : depuis le début de l'approvisionnement, samedi dernier, les stations-service sont ravitaillées, au quotidien, à hauteur de 54 000 litres d'essence et de mazout. F. B.