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"Pas de réponse solide aux problèmes de l'économie nationale"
M. Chérif Belmihoub, professeur en gestion, à propos du nouveau modèle de croissance
Publié dans Liberté le 23 - 04 - 2017

Dans cet entretien, le spécialiste des politiques publiques analyse la vision 2030 contenue dans le nouveau modèle économique. Son décryptage met en relief les limites de cette feuille de route du gouvernement Sellal.
Liberté : Le nouveau modèle de croissance économique apporte-t-il des réponses aux limites du système en place ?
M. Chérif Belmihoub : Depuis très longtemps, l'Algérie n'a pas disposé d'un document de projection des indicateurs économiques au-delà de l'année budgétaire qui se matérialisent par le cadrage de la loi de finances, elle-même souvent réaménagée en milieu d'année. L'Etat et ses institutions n'ont pas jugé utile d'avoir une projection dans le moyen et le long termes ; encore moins avoir une vision qui serait le référentiel pour les grandes orientations et surtout les grands choix en matière de politiques publiques. Avec le document "Cadrage budgétaire et nouveau modèle de croissance économique", le gouvernement veut se doter d'une vision à long terme (horizon 2030). Mais encore une fois, la culture ambiante dans le système politique et son instrument l'appareil administratif a focalisé l'intérêt sur la partie "cadrage budgétaire triennal", parce que ce dernier est vu comme un instrument de gestion de la crise budgétaire et non une démarche pour une politique économique orientée sur une croissance économique de qualité. En effet, depuis plus de 15 ans, les politiques mises en œuvre ont mobilisé d'énormes ressources en termes de dépenses budgétaires et fiscales pour une croissance modeste (entre 2,5 et 5% en moyenne quinquennale). Plus grave encore, cette croissance, faible, ne se maintient que par de nouvelles allocations de ressources budgétaires, c'est le cas notamment du BTPH qui reste fortement tributaire de la dépense publique, et chaque fléchissement de cette dernière entraîne immédiatement une réduction plus que proportionnelle de la valeur ajoutée. Donc, une croissance modeste portée par des ressources colossales. La question centrale est : "Peut-on faire plus de croissance avec moins de ressources ?" Sur cette question, il ne me semble pas que le document portant "Cadrage budgétaire et nouveau modèle de croissance économique" ait apporté une réponse solide. Pourtant, le document annonce, à juste titre, dans une note de synthèse préparée par ses promoteurs : "Notre pays est dans l'urgence absolue de bâtir un modèle de croissance qui passe par de profondes transformations structurelles et dont la finalité ultime est l'émergence d'une économie forte et diversifiée." Et de poursuivre : "La sortie de l'épisode 2016-2019 ne constitue pas une finalité en soi mais doit être considérée comme un commencement..." Il semble, pour les décideurs, que l'horizon 2019 est le seul pertinent, parce que la contrainte des ressources est là et il faut boucler des budgets annuels sans grands heurts et espérer le retour à la situation d'avant 2014, c'est-à-dire des prix de pétrole à 100 $.
Les objectifs ambitieux du nouveau modèle sont-ils compatibles avec les moyens préconisés ?
Les objectifs ciblés, annoncés dans la vision 2030, sont très ambitieux. On ne voit pas comment, de la situation macroéconomique de 2019, on peut passer à des résultats aussi ambitieux en termes de taux de croissance globale et surtout des taux de croissance des industries manufacturières auxquelles on a fixé un objectif soutenu de 9% en moyenne sur la période 2016-2030. Ceci semble complètement irréaliste dans les conditions de la structure de l'économie algérienne, car pour faire 9,5% dans l'industrie, il faut faire plus de 15% de croissance pour l'ensemble de l'économie. Les taux d'investissement affichés pour la période 2016-2030 sont surdimensionnés pour une économie introvertie et peu compétitive, c'est pourquoi on préfère "patrimonialiser" dans l'immobilier et les monnaies étrangères qu'investir dans la production. Les "profondes transformations structurelles" annoncées comme préalables par les concepteurs du "modèle" sont supposées intervenir au cours de la période dite de transition 2016-2019. Si on doit mettre en œuvre les paramètres du modèle pour commencer à voir des résultats en 2020, il faut lancer ces transformations aujourd'hui. On ne "renforce pas les capacités de gouvernance des administrations économiques de l'Etat" en trois mois ou même trois ans, tellement les vicissitudes du passé et les résistances organisationnelles sont considérables.
De même on n'institue pas "l'évaluation des politiques publiques" dans le contexte institutionnel en place. En plus, rien n'est dit sur l'organisation des différents marchés : le marché du travail reste dominé par l'emploi informel qui représente 50% de l'emploi global, alors que le marché financier, supposé prendre le relais du budget, n'a pas bénéficié d'un traitement conséquent. Comment faire de la croissance dans une économie caractérisée par une sur-dotation en capital infrastructure et un sous-investissement productif ? Le problème est celui de l'efficacité du capital ou des capacités de production.
Comment améliorer la productivité des facteurs en intégrant des facteurs technologiques additionnels ou par l'innovation ?
Pour une politique de sortie de crise, il faudrait plutôt un horizon qu'un catalogue de mesures. Ces dernières seront élaborées par les institutions économiques qui sortiront de la profonde transformation annoncée. Une politique ambitieuse a surtout besoin d'acteurs forts (institutions, entreprises publiques et privées fortes, laboratoires de recherche...) que de réaménagements des dispositifs en place.
Quelles sont les limites du nouveau modèle de croissance économique ?
Les nouveaux enjeux économiques et les leviers de croissance comme le numérique, l'innovation, les services financiers ne sont pas explicitement évoqués.
La vision proposée parait linéaire, c'est-à-dire extrapolée de la situation actuelle, en introduisant quelques mesures à caractère budgétaire. L'économie réelle n'a pas été analysée en profondeur, de même que les dérégulations produisant des effets pervers qui caractérisent aujourd'hui l'économie algérienne, comme l'économie parallèle, la tendance à la "patrimonialisation" des revenus au détriment de l'investissement productif. On ne peut pas atteindre les objectifs ciblés dans le contexte institutionnel en place et dans les conditions actuelles de fonctionnement de l'économie.
L'ambition des objectifs suppose une rupture avec l'état actuel du système économique. Le "nouveau modèle de croissance économique" a le mérite d'exister parce qu'il préconise dans sa première partie un ajustement budgétaire cohérent et salutaire et il affiche une ambition pour l'économie algérienne, néanmoins il reste prisonnier des logiques en place et n'ose pas proposer une rupture avec ces logiques dans une démarche graduelle et progressive.
La réforme de l'Etat et de son organisation, la valorisation des territoires par une véritable décentralisation et l'émergence de l'économie numérique, le système national d'innovation, le traitement de la question de l'économie informelle qui mine toute tentative de modernisation des instruments de régulation, etc., sont le SMIC d'une transformation.
Les concepteurs du modèle ont sous-estimé les archaïsmes du système économique et institutionnel en place et son incapacité à se transformer par une quelconque dynamique interne.
K. R.


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