En attendant une meilleure visibilité, les constructeurs automobiles devront se baser, et pour longtemps, sur le texte de loi datant de l'ère Bouchouareb. Annoncé par l'ex-ministre de l'Industrie et des Mines, Mah-djoub Bedda, pour le mois d'octobre prochain, le nouveau cahier des charges régissant l'industrie automobile vient d'être annulé, et ce, à la faveur du maintien de l'ancien et très controversé texte de loi datant de l'ère d'Abdeslam Bouchouareb. L'annonce de la décision de cette annulation a été faite lundi par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, en marge de l'ouverture de la session parlementaire ordinaire pour l'année 2017-2018 de l'Assemblée populaire nationale (APN). Si pour le moment M. Ouyahia n'a pas révélé les raisons de cette subite suppression d'un texte basé sur des audits diligentées par le Premier ministère et des travaux de synthèse du Comité interministériel (CIM) qui a, par ailleurs, franchi la première étape au mois d'août dernier, il est clair que l'actuel ministre de l'Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, aura du pain sur la planche pour faire face à un lourd contentieux. Comme première conséquence de cette décision, on relèvera le manque de visibilité dans le domaine de l'investissement dans ce secteur mis à mal par une politique industrielle suicidaire et non rentable. Sachant que les maisons-mères s'attelaient à s'adapter au nouveau paysage législatif algérien concernant le montage automobile et la sous-traitance, M. Ouyahia vient d'ouvrir une brèche aux tenants du montage SKD (Semi Knocked Down). On se souvient de l'épisode de l'année 2016 quand l'ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait exigé des constructeurs de s'allier à la stratégie du gouvernement. Rattrapé par le scandale de l'usine TMC (Tahkout Manufacturing Company) de Tiaret, M. Sellal avait alors instruit M. Bouchouareb d'envoyer une commission d'enquête, dont les résultats n'ont jamais vu le jour. TMC serait-il dans le tort ? On n'en sait rien, d'autant que M. Bouchouareb faisait la pluie et le beau temps, allant jusqu'à bloquer des projets viables et signer, avant son départ du gouvernement, des projets qui ne tiennent pas la route. À son arrivée à la tête du secteur, M. Bedda avait alors lancé un pavé dans la mare en affirmant que "les importations déguisées, c'est fini !" De concession en concession, le gouvernement sera vite contredit par les statistiques avancées par les services des douanes algériennes qui avaient révélé que l'Algérie avait importé, en 2017, pour plus d'un milliard de dollars, entre véhicules de tourisme, accessoires automobiles et pièces de rechange. Partant, le Premier ministère, sous la houlette d'Abdelmadjid Tebboune, avait alors exigé d'"apporter des modifications et de rectifier le texte en vigueur qui n'a pas permis d'atteindre les objectifs escomptés par les pouvoirs publics". C'est ainsi que la première phase du nouveau cahier des charges qu'a bloqué M. Ouyahia avait exigé des constructeurs d'exporter une partie de la production, une participation minimale du partenaire étranger dans le capital des sociétés algériennes créées, la mobilisation des sous-traitants et des équipementiers afin d'aider les entreprises nationales à augmenter le taux d'intégration et d'encourager la création d'une industrie de sous-traitance. Il avait même été proposé des mesures transitoires en concertation avec les concessionnaires et les constructeurs pour arriver à un texte consensuel. FARID BELGACEM