L'espace médiatique est très limité dans le monde arabe et les médias internationaux ont besoin de stars et d'une programmation de qualité. Après de longues discussions et concertations, ils se sont mis d'accord pour ne plus se marcher dessus. Ainsi, le bal de ces rencontres cinématographiques, qui ponctuent la fin de l'année, sera ouvert par celui de Marrakech du 11 au 17 novembre 2005 (au lieu du 6 au 12 décembre) et sera suivi par celui de Damas, du 20 au 27 novembre 2005, (au lieu du 6 au 13 décembre). Ensuite, c'est à la manifestation égyptienne de prendre le relais pour occuper la période allant du 29 novembre au 9 décembre 2005 (au lieu du 6 au 13 décembre). Enfin, la fête cinématographique sera clôturée par le Festival international du film de Dubaï qui se tiendra du 11 au 17 décembre (au lieu du 6 au 12 décembre). Cette sage décision ne manquera pas de servir l'intérêt du cinéma étant donné qu'une telle concentration lui nuisait sérieusement en installant une relation concurrentielle et conflictuelle qui mettait mal à l'aise les médias et les professionnels du cinéma qui sont amenés, à défaut de don d'ibiquité, à effectuer un choix crucial. Or, cela ne se faisait pas sans conséquence. On se rappelle les attaques et les propos acerbes qui ont fusé tous azimuts l'an passé et qui ont atteint le paroxysme au Caire où l'anathème a été jeté sur les stars égyptiennes pour avoir préféré les honneurs émiratis à ceux des Pharaons. Cela dénote la course à la visibilité de la part de ces festivals qui s'avèrent de puissants moyens de communication, de projection d'images positives des pays organisateurs et de séduction des investisseurs étrangers. En un mot, contrairement à nos décideurs, ils ont compris le pouvoir de l'image et s'en servent. Cependant, même en concordant les dates, ces manifestations resteront concurrentes pour plusieurs raisons. La première, c'est que la production cinématographique dite arabe est très faible pour satisfaire l'intérêt pour des “premières”. Certains, comme celui de Dubaï qui ne décerne pas de prix, peuvent s'en passer pour l'instant, mais difficilement pour d'autres comme celui du Caire qui jouit de la catégorie A. La configuration médiatique, espace de visibilité, en est la deuxième raison. L'espace médiatique est très limité dans le monde arabe et les médias internationaux ont besoin de stars et d'une programmation de qualité. C'est ce que cherchent ces festivals en s'éloignant ainsi de leur mission première, qui est, en principe, la promotion du cinéma de ces pays, afin de leur assurer un rayonnement international. Malgré les moyens financiers énormes qui sont mis à leur disposition, et ce pour des raisons politiques ou économiques, ces festivals, contrairement à ceux de Cannes, Berlin, Venise et Locarno, souffrent de la faiblesse de la production récente et surtout, plus grave, de l'absence d'espace de découvertes de nouveaux talents. Les jeunes qui n'ont pas encore fait leurs preuves en Occident peinent à s'imposer. Enfin, la censure qui est dans l'air en est la troisième. La liberté artistique est enchaînée. Tous ces festivals sont parrainés et sponsorisés par les pouvoirs en place. On n'ira pas jusqu'à dire qu'ils sont complètement contrôlés, mais on a beau chanter l'autonomie, l'indépendance et la liberté de programmation, il n'en demeure pas moins que personne ne peut garantir la présence des œuvres jugées “subversives”. En dépit de tout ce qui a été dit, loin de notre pensée, l'idée selon laquelle ces manifestations ne servent à rien. Au contraire, entre un désert et une oasis, le choix ne se pose même pas. Naturellement, ce genre de manifestations crée une dynamique cinématographique, artistique et économique pouvant conduire à plus de liberté. Comme l'Algérie ne sort pas du lot, il est légitime de se poser la question : à quand le Festival international du film d'Alger ? T. H.