Le cordon de policiers antiémeute qui s'est mis en travers de la route s'est vite retiré pour accompagner et encadrer les manifestants qui scandaient les slogans phare de la révolution du 22 Février. Alors que tout présageait d'une répression semblable à celle du vendredi 26 février, les Oranais ont pu marcher hier. En effet, le déploiement d'un dispositif sécuritaire impressionnant quadrillant les principaux carrefours de la ville, les barrages filtrants installés aux entrées Est et Ouest d'Oran et le contrôle systématique de tous les véhicules immatriculés hors wilaya, au niveau de la place du 1er-Novembre, ont laissé penser à l'empêchement de la marche hebdomadaire comme ce fut le cas la semaine dernière avec son lot d'interpellations, parfois violentes. La coupure de l'internet, enregistrée vers 13h, a même renforcé ce sentiment de confrontation directe. Pourtant, vers 14h20, un premier groupe s'est ébranlé de la place forte du Hirak et a vite rejoint un autre groupe qui s'était formé rue Larbi-Ben M'hidi. La jonction s'est faite vers 14h35 sous le regard d'un important déploiement de policiers en uniforme et en civil. Si, dans un premier temps, un cordon de policiers anti-émeute s'est mis en travers de la route, il s'est vite retiré pour accompagner et encadrer les manifestants qui scandaient les slogans phare de la révolution du 22 Février. Ils étaient près d'un millier à battre le pavé en revendiquant un Etat civil et démocratique, une justice libre et une presse indépendante. Parmi les manifestants déterminés, une vingtaine d'avocats qui ont tenu à marquer leur solidarité avec leurs confrères Ahmed Mebrek et Omar Boussag, interpellés lors de la marche de la semaine dernière. Il faut dire que la manifestation d'hier était très attendue avec l'arrivée d'activistes d'autres régions du pays, telles que Biskra, Tlemcen, Mostaganem, Kherrata, Alger, Mascara..., pour soutenir les hirakistes d'Oran. Cet apport a fait prédire à Hamid Amiri, hirakiste d'Oran de la première heure, qu'il y aura un engouement pour la marche. Pour Abdelkrim Zeghilèche, journaliste et ancien détenu venu de Constantine, sa présence est une réponse à ce qui s'était passé à Oran et "un simple réflexe de soutien aux militants locaux, un réflexe qu'on essaye de développer au niveau national". Le journaliste a également mis en exergue l'importance de la ville, estimant qu'il n'était nullement dans l'intérêt du Hirak de voir le mouvement s'affaiblir à Oran. Quant à une éventuelle répression de la marche, il a précisé que c'est le nombre qui la détermine. "S'il y a un nombre consistant de hirakistes aujourd'hui à Oran, il n'y aura pas de répression, c'est évident. On sait qu'en réalité, ce n'est pas la police qui décide de réprimer ou pas", dit-il. Arrivé au rond-point du lycée Lotfi, le cortège des manifestants s'est heurté à un barrage d'uniformes qui ont bloqué l'accès au siège de la wilaya où les hirakistes avait traditionnellement l'habitude de se retrouver avant de repartir vers la place du 1er-Novembre. Après une confrontation qui aura duré une vingtaine de minutes, les manifestants ont décidé de rejoindre la place d'Armes via le Front de mer.