Plusieurs arrestations ont été opérées par les services de sécurité dans les trois villes. Des centaines de citoyens ont tenté hier de marcher dans trois villes du pays, à savoir Alger, Oran et Annaba, à l'occasion de la commémoration du 32e anniversaire des événements du 5 Octobre 1988. Dans la capitale, quelques centaines d'activistes et des citoyens ont amorcé une marche, aux abords de la mosquée Errahma, dans le quartier Meissonier. Ils ont scandé les slogans phare des vendredis du Hirak : "Dawla madania, machi âaskaria" (Etat civil et non militaire), "Réveillez-vous habitants de la capitale", "O policier, tu es mon frère, yatnahaw gaâ dans notre République"... La procession s'est engagée dans la rue Didouche-Mourad en direction de la Grande-Poste, sans rencontrer vraiment de résistance des forces de sécurité. À l'approche de la place Audin, la situation s'est, néanmoins, compliquée pour les manifestants. Les fourgons cellulaires de la Sûreté nationale quadrillaient les lieux débordant sur le boulevard Mohammed-V et l'avenue Abdelkrim-El-Khettabi. L'endroit grouillait d'officiers de police en uniforme et en civil. Ces derniers n'ont pas tardé à faire la chasse aux protestataires. Des dizaines d'arrestations sont rapidement opérées. Parmi les personnes arrêtées des jeunes femmes (Nawel Laïb et Chahrazed Boumzir), des étudiants (Walid Abdelmoumen, Nazim Zaïdi, Abdeldjaber Banouna...), des activistes dont Sofiane Bakri, l'auteur du fameux "Yatnahaw gaâ" et... un journaliste. Mohamed Lamine Maghnine, fondateur du site électronique Tarik-News, est interpellé alors qu'il couvrait l'événement. Au moment où nous mettons sous presse, le sort des citoyens arrêtés — une vingtaine — restait inconnu. La foule a été dispersée, tantôt à coups de matraque et de Taser, tantôt par sévères injonctions verbales. Les agents de la Sûreté nationale restaient sur le qui-vive. Des citoyens, retranchés sur les terrasses des cafés ou sur les trottoirs aussi. Beaucoup de manifestants ont préféré se faufiler dans les ruelles menant à la rue Hassiba-Ben Bouali. Ils n'ont pas pu reproduire l'effet de masse. La marche n'a, certes, pas été imposante, mais elle a recréé, furtivement, dans la capitale, l'ambiance de la révolution du 22 Février. C'est une première tentative de réappropriation de l'espace public depuis le 17 mars 2020. Le Hirak avait suspendu, à cette date (mardi des étudiants), ses actions de rue, afin de préserver la population des contaminations massives par le coronavirus. À Oran, une centaine de jeunes hirakistes sont sortis, hier après-midi, pour commémorer les événements du 5 Octobre et réitérer leur attachement viscéral aux revendications portées par la révolution du 22 Février 2019. Scandant des slogans anti-pouvoir et anti-îssaba chers au Hirak, les manifestants ont choisi de prendre le départ depuis Seddikia pour tenter de marcher en direction de la cité des HLM, à l'est de la ville. À mi-chemin, ils ont été contraints de se disperser à la vue des forces de l'ordre, en s'engouffrant dans les ruelles de la cité Point du Jour. Aucune arrestation n'aurait été enregistrée. À Annaba, la police a procédé à l'arrestation d'une dizaine de personnes qui tentaient de marcher, hier, sur le cours de la Révolution, à l'occasion de la commémoration du 32e anniversaire de la révolte du 5 Octobre 1988, apprend-on de source sécuritaire. Un groupe d'une quarantaine de citoyens dont des femmes de tous les âges, qui s'était rassemblé à 15h sur le perron du théâtre régional Azzedine-Medjoubi, a tenté de traverser la place centrale de la ville côtière en direction du siège de la wilaya avant d'être encerclé, puis dispersé par les éléments des services de sécurité. Les policiers ne s'en sont pris qu'aux personnes qui ont opposé de la résistance à leur intervention, assure notre source. Des témoins affirment, au contraire, que les policiers ont fait preuve d'un zèle démesuré en bousculant, sans distinction, les participants à cette marche pacifique. Les personnes arrêtées ont toutes été libérées vers 17h après avoir été entendues au commissariat central d'Annaba. S. Hammadi/S. Ould Ali/A. Allia