À quelques jours de l'annonce officielle des résultats définitifs des élections législatives anticipées du 12 juin dernier, les spéculations vont bon train sur la future configuration de la majorité dont pourrait être issu éventuellement le gouvernement. Comme prévu dans la Constitution amendée en novembre dernier, la configuration du futur gouvernement dépend des résultats des élections législatives. A priori, l'arrivée en tête du FLN peut suggérer que le chef de l'Etat va choisir un Premier ministre (ou un chef du gouvernement) issu de l'ancien parti unique. Or, ce scénario semble être exclu. Des sources concordantes indiquent en effet qu'Abdelmadjid Tebboune ne donnera pas la primature au parti de Baâdji Abou El-Fadhl. "Il ne fera pas cette fleur au FLN pour deux raisons : la première est qu'il n'oublie pas le manque de soutien de ce parti lors de la présidentielle de 2019. La deuxième est qu'il ne veut pas donner l'impression de réhabiliter un parti qui a catalysé autant de rejet" dans la société, confie un cadre du FLN qui a requis l'anonymat. Compte tenu de la configuration actuelle de l'Assemblée populaire nationale, le chef de l'Etat ne sera pas tenu de choisir un chef du gouvernement parmi un des partis "vainqueurs" puisqu'aucune liste ne peut se targuer d'une majorité d'élus. Il jettera donc son dévolu sur une "personnalité indépendante", même si le scénario du maintien d'Abdelaziz Djerad n'est pas exclu. Il aura ensuite, le loisir de choisir ses soutiens. S'il est prématuré d'évoquer la configuration des alliances qui se noueront autour du chef de l'Etat, l'agitation qui anime, ces derniers jours, des "listes indépendantes" laisse à penser que ces députés non affiliés constitueront l'ossature de ce qui deviendra plus tard "la majorité présidentielle". Signe de l'allégeance : une réunion, regroupant des indépendants, s'est tenue samedi dernier à Zéralda pour annoncer un soutien franc au chef de l'Etat. Ces "indépendants" ont même lancé des appels à d'autres partis et forces politiques pour les rejoindre. S'y joindront des partis politiques comme El-Moustakbal, El-Bina et probablement le RND. Chacun de ces partis politiques pourrait avoir des représentants au sein du futur gouvernement. Mais comme il est de tradition, aucune de ces formations n'aura droit à un département de souveraineté. Des portefeuilles comme les Affaires étrangères, l'Intérieur, l'Education et la Justice devraient être naturellement confiés à des personnalités non partisanes. Il se dit même que certains ministres vont rester en poste. C'est le cas notamment de Sabri Boukadoum qui gardera la main sur le portefeuille de la diplomatie. En attendant la résolution de ce qui s'apparente à un "casse-tête", compte tenu du déficit de légitimité dont souffre la nouvelle Assemblée, mais également au regard des multiples défis qui attendent la nouvelle équipe, le chef de l'Etat s'emploie à renforcer son cabinet, particulièrement après s'être séparé de certains conseillers. Il est attendu ainsi qu'il nomme davantage de conseillers pour pouvoir gérer la situation économique et politique difficile que vit le pays. Après avoir rappelé un ancien ministre, Hamid Lounaouci, comme conseiller chargé des organisations non gouvernementales (ONG), d'autres personnalités pourraient rejoindre, dans les prochains jours, le palais d'El-Mouradia. Mais à l'heure actuelle, il est difficile de quantifier les changements que le chef de l'Etat compte opérer. Ce qui est, en revanche, certain, c'est que le chef de l'Etat sera amené à trouver une équipe en mesure de relever les défis et qui aura la lourde tâche de tenter de rétablir la confiance et de gérer des dossiers prioritaires, notamment ceux liés à la crise économique et la demande sociale pressante. Une équipe qui devra également préparer la tenue, avant la fin de l'année, des élections locales qui parachèveront "le processus institutionnel" entamé avec la présidentielle de décembre 2019. Ali Boukhlef