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“Le scénario irakien ne se reproduira pas en Syrie”
Nizar Mihoub, Directeur des relations extérieures au ministère syrien de l'information
Publié dans Liberté le 14 - 02 - 2006

Le Dr Nizar Mihoub est professeur de communication à l'université de Damas. Il occupe, par ailleurs, le poste de directeur des relations extérieures et des médias étrangers au ministère syrien de l'Information. Il en est, à ce titre, l'un des porte-parole.
Liberté : Une année après l'assassinat de Rafic Hariri, quelle appréciation faites-vous de la façon dont l'enquête sur cette affaire a été menée jusqu'à présent ?
Nizar Mihoub : Permettez-moi, avant de répondre à cette question, de revenir succinctement sur le parcours de Rafic Hariri. Quand Hariri est arrivé au pouvoir, au Liban, il a été entouré d'une grande attention de la part de la Syrie. Depuis son entrée dans les méandres de la politique, Hariri a toujours été un grand ami de la Syrie, et ce, jusqu'à sa tragique disparition. Les relations entre les deux parties étaient très bonnes. Hariri possédait une résidence en Syrie et ses enfants ont vécu dans les rues de Damas. Un différend l'opposait à la Syrie ? Soit ! La divergence des points de vue n'était pas de nature à entamer l'amitié qui nous liait à Hariri. Hariri avait eu des positions lourdes de sens, et que les médias ont occultées. Hariri a défendu le Hezbollah sur la scène internationale. Il était intervenu personnellement pour empêcher que le Hezbollah soit porté sur la liste des organisations terroristes en Europe. En outre, il faut savoir que Hariri est derrière la conclusion d'énormes contrats entre l'Arabie Saoudite et la Russie. Il a fait acheter à l'Arabie Saoudite du matériel militaire russe pour une valeur de 80 milliards de dollars. Moi je me pose la question : certaines parties qui avaient des rapports “historiques” avec l'Arabie Saoudite, que ce soit sur le plan de l'armement ou autre pouvaient-elles “pardonner” à Hariri d'avoir servi d'intermédiaire pour conclure des marchés d'une telle importance entre l'Arabie Saoudite et la Russie ? Par ailleurs, il faut noter que le nom de Hariri a été mis sur la liste des “agents de la Syrie” comme on les appelle, établie par le “gouvernement libanais en exil”, une organisation dont le siège est à Tel-Aviv. Sur le site de cette organisation, il vous est loisible de consulter ladite liste, avec les noms de Nabih Berri et d'autres. Ils sont désignés comme les agents de la Syrie, avec obligation de les éliminer. Tous ces éléments ont été occultés.
Comment vivez-vous toute cette pression suscitée par les retombées de cette affaire ?
Les Syriens vivent cette situation avec une sérénité extraordinaire. Je ne dis pas cela du fait que j'occupe un poste officiel mais il existe une réelle harmonie entre le peuple syrien et les dirigeants de ce pays. Vous savez, nous sommes habitués aux pressions et aux embargos. Dans les années 1980, nous avons connu le pire. Le peuple syrien est un peuple résistant. Dans les mosquées, j'entends les imams dire : “Nous attendons les Américains avec impatience.” L'intellectuel guette l'Américain dans les rues de Damas. J'ai entendu des docteurs d'université qui affirment vouloir laisser tomber l'enseignement et prendre les armes. La Syrie n'est pas l'Irak, monsieur ! En Irak, il y avait un schisme entre le régime et le peuple. L'Irak était divisé. Il y a eu, hélas, une histoire sombre dans la relation entre Saddam Hussein et son peuple. Ce n'est pas le cas en Syrie. Alors, que nos adversaires oublient le scénario irakien ! Chez nous, il existe une réelle entente entre le président et le peuple. Et le secret de cette harmonie est très simple : Bachar Al Assad représente réellement tous les segments et tout le spectre du peuple syrien. Il est porteur d'un projet de réformes très ambitieux. Certes, les réformes progressent lentement mais ceci est dû au contexte international. L'assassinat de Hariri a été un séisme qui a ébranlé toute la région. On l'a utilisé comme carte pour faire pression sur la Syrie. Si vous revoyez les images diffusées juste après l'assassinat, vous remarquerez que, dès les minutes et les heures qui ont suivi l'attentat, la campagne de dénigrement de la Syrie a tout de suite commencé. Les slogans étaient déjà imprimés. Ceci en soi est intrigant. Comment ces gens-là ont-ils pu identifier une demi- heure seulement après le crime celui qui l'a commandité ?!
Une machine de propagande anti-syrienne était, selon vous, préparée ?
Oui, cette machine était mobilisée avant même l'assassinat de Hariri. Cette campagne était fin prête au moment de l'assassinat. Les banderoles étaient déjà imprimées, les drapeaux, les portraits… On doit se poser la question pourquoi tout ce matériel de propagande a-t-il été préparé ? Voilà un détail parmi des dizaines d'autres que la commission d'enquête n'a pas pris en compte.
Vous estimez que la commission d'enquête internationale pèche par partialité ?
Si vous consultez le premier rapport d'étape de la commission Mehlis, vous allez constater que tout ce qui a été écrit dans ce rapport, on l'a entendu dans les médias libanais, notamment les médias anti-syriens. Le procureur allemand s'est trouvé au Liban au plus fort des campagnes médiatiques contre la Syrie et, manifestement, cela l'a beaucoup influencé. Le rapport n'est pas du tout objectif. L'enquête est politisée. Il y a des dizaines de magistrats et de juristes qui ont critiqué le rapport Mehlis et qui ont relevé des erreurs catastrophiques dans la conduite de l'enquête. Parmi eux, des magistrats allemands, français, britanniques… Ils ont relevé des lacunes flagrantes. Ajoutez à cela – et ça, c'est très grave –, qu'il s'est basé sur de faux témoignages. Il est évident qu'on veut faire pression sur la Syrie. On veut intimider la Syrie parce qu'elle soutient la résistance nationale au Liban, parce que la Syrie est au côté du peuple palestinien. En 2006, qui peut dire non aux Etats-Unis, qui peut dire non à Israël, qui peut dire non aux politiques de partition de la région ? La Syrie seule. Et donc, il faut la sanctionner. D'où la nécessité de trouver un prétexte pour mettre ce pays à genoux.
Ceux qui accusent la Syrie soutiennent que les services syriens étaient les plus renseignés sur l'agenda de Hariri, sur la topographie de Beyrouth…
Mais la Syrie était présente aussi lorsque les héros de la résistance libanaise soutenus par la Syrie sont tombés. Le fils d'Ahmed Djibril, quand il a été assassiné, pourquoi personne n'en a parlé ? Nous savons qu'il y a depuis des années au Liban des cellules dormantes de groupes qui ont agi pour le compte du Mossad israélien et qui traitent avec lui. Ces groupes possèdent des explosifs, ils ont des moyens de télécommunication et reçoivent leurs instructions de l'étranger. Il y a une règle qui dit : si l'auteur d'un crime n'est pas confondu, cherchez le bénéficiaire de ce crime. Examinons qui avait intérêt dans l'affaire Hariri. Le premier bénéficiaire à l'unanimité, c'est Israël. Et la Syrie est le plus grand perdant dans l'histoire. C'est la partie qui subit le plus grand préjudice. Depuis l'assassinat de Hariri, les dégâts n'ont fait que s'accumuler pour la Syrie.
Il y a cependant deux faits importants qui ont beaucoup nui à l'image de la Syrie dans le contexte très délicat que votre pays traverse en ce moment. Il s'agit tout d'abord du suicide de l'ancien ministre de l'Intérieur Ghazi Kanaan, ensuite les déclarations fracassantes de l'ex-vice-président Abdelhalim Khaddam. Quel impact ces deux scandales ont-ils eu sur le régime syrien ?
Laissez-moi commencer par Khaddam. Il est vrai que M. Abdelhalim Khaddam avait son poids au sein du régime. Il a été au pouvoir
35 ans durant. Mais il faut savoir que depuis l'an 2000 et même un peu avant, Khaddam n'avait plus aucune responsabilité politique. Il était maintenu pour la forme à son poste mais il était dépossédé de tous les dossiers sensibles, dont le dossier libanais. Il faut savoir que Khaddam est une personnalité impopulaire. Il était le symbole de la corruption aux yeux de l'opinion. Il était un frein au train des réformes en Syrie. Il était une entrave au Printemps de Damas. Les déclarations de Khaddam, c'est de l'agitation médiatique, sans plus. L'influence de Khaddam sur l'opposition syrienne est proche de zéro. Sa fortune personnelle est estimée à 1,5 milliard de dollars. Il est donc très mal placé pour parler du peuple syrien et de la souffrance du peuple syrien. Ni lui ni sa progéniture n'étaient proches du peuple.
Et qu'en est-il du suicide de Ghazi Kanaan ?
Cette affaire trahit un grand complot ourdi contre la Syrie. Il y a eu des manœuvres qui visaient à renverser le régime syrien. On suppute que Ghazi Kanaan avait une relation avec le projet de Khaddam mais ce ne sont que des rumeurs. Khaddam et d'autres corrompus de son acabit qui ont fait beaucoup de mal à ce pays, certains ont pensé que ces gens-là, avec un soutien américain et occidental, pouvaient renverser le régime. Et ils ont été surpris de constater la solidité de ce régime. Je vous le dis : personne ne détient quoi que ce soit. Personne ne détient une information qui prêtât à conséquence. Khaddam prétend que Bachar a menacé Hariri. C'est complètement ridicule. Bachar est un chef d'Etat et n'a pas besoin de proférer de menaces pour s'imposer. Son influence et son aura suffisent. Bachar Al Assad représente aujourd'hui le cœur de la rue arabe, de l'homme arabe. Il n'est plus limité dans le strict cadre syrien. Il semblerait que cet état de fait ne plaît pas à certains qui voudraient casser ce projet et diviser la région en cantons. Il y a un scénario qui dit que les chiites ayant pris le pouvoir en Irak, et attendu qu'ils sont en train de devenir majoritaires au Liban, alors, il faut que ce pouvoir soit contrebalancé par un pouvoir sunnite en Syrie.
Des pressions internationales assorties de résolutions onusiennes ne cessent d'exiger davantage de coopération de la part de la Syrie. Comment l'enquête est-elle menée sur le terrain, ici, à Damas ?
Eux, ils demandent la coopération et nous, nous demandons la coopération. La Syrie est prête à coopérer totalement mais dans le cadre de la légalité internationale et dans le respect de notre souveraineté. On a trop exigé de la Syrie. Et ce qui se cache derrière, ce ne sont guère les intérêts du Liban mais plutôt l'Irak. On a demandé à la Syrie de fournir des services gratuits. À titre d'exemple, on a voulu qu'elle fasse certaines choses en Irak et ailleurs. Nous sommes prêts à nous mettre au service de nos frères irakiens mais après le départ des forces américaines et seulement si le gouvernement irakien nous le demande. Et nous sommes prêts à coopérer jusqu'à la fin de l'enquête. Il y va de notre propre intérêt. Nous sommes les premiers à exiger la vérité sur Hariri. D'ailleurs, nous avons constitué une commission judiciaire pour donner plus de vitalité à l'enquête. À propos, je tiens à remercier l'Algérie pour ses prises de position au sein du Conseil de sécurité en faveur de la Syrie. Malgré la distance, l'Algérie a une place particulière dans le cœur de tout Syrien. Pour nous, l'Algérie et le combat du peuple algérien sont vraiment un exemple à suivre.
Comment se présentent aujourd'hui les relations syro-libanaises après le retrait de l'armée syrienne du Liban ?
Il faut savoir que le redéploiement de l'armée syrienne ne s'est pas fait en un jour. Au départ, il y avait 40 000 hommes au Liban dois-je signaler. Au moment de l'assassinat du chahid Rafic Hariri, il ne restait que 14 000 soldats syriens, ce qui est significatif de l'importance des retraits effectués auparavant. On veut susciter une “fitna” entre les deux pays. Mais ce complot est voué à l'échec. La Syrie s'est définitivement retirée du Liban et ne se mêle guère de ses affaires. Au contraire, la situation s'est inversée et il se trouve aujourd'hui des Libanais qui s'immiscent dans les affaires de la Syrie. Des politiciens perfides, des “résistants” dans les palaces 5 étoiles et les villas de luxe qui ne veulent pas de la tutelle syrienne mais qui ne voient pas d'un mauvais œil l'ingérence de n'importe quelle ambassade occidentale. La Syrie a perdu 13 000 hommes au Liban. Dans chaque maison un martyr. Alors, quand j'entends des expressions comme “ihtilal” (occupation) et “istiqlal” (libération), ça fait mal. Certains politiques libanais n'ont pas utilisé ces termes au moment du retrait de l'armée israélienne du Liban.
Le destin de la Syrie serait-il donc d'être le seul pays de la région à se dresser contre le projet du Grand Moyen-Orient de Bush ?...
C'est un fait : le destin de la Syrie est d'être la dernière citadelle debout de la région. Le destin de la Syrie est de déjouer ce plan de partition de la région et sa restructuration. C'est notre destin et nous en payons le prix avec fierté. Où se trouvent des terres occupées dans le monde ? Dans le Golan, au Sud-Liban et en Palestine. Et l'Irak dernièrement. Si la Syrie avait consenti à signer un accord de paix bilatéral avec Israël, la situation aurait été radicalement différente.
La Syrie milite pour une paix globale dans la région. Elle paye l'impôt de son indépendance, de ses positions honorables, et ce, à une époque où les peuples et les Etats se vendent au rabais. Encore une fois, la Syrie est le premier perdant et le dernier bénéficiaire de l'assassinat de Hariri. Elle n'y a aucun intérêt et l'Histoire le prouvera. L'enquête a été politisée et a été menée sur mesure pour enfoncer la Syrie. Et comme ils ont compris qu'ils ne peuvent pas déstabiliser le régime syrien, ils disent qu'ils n'ont aucune volonté de le changer. S'ils en avaient le pouvoir, ils l'auraient changé depuis longtemps. Le destin de la Syrie est d'être la dernière citadelle du Moyen-Orient. Si elle tombe, toute la région tombera.
M. B.


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