L'exécutif européen a engagé une profonde réflexion sur les raisons qui conduisent des jeunes d'origine étrangère à succomber au discours extrémiste et à devenir des terroristes. “Les terroristes sont des êtres sans pitié. Leur conduite peut sembler irrationnelle, mais ils ne sont pas dénués d'intelligence. S'ils font preuve d'un mépris absolu envers la vie humaine et tuent indistinctement, ils ne considèrent, cependant, ces meurtres que comme un moyen, pas comme une fin en soi. En effet, ils tuent des innocents afin d'atteindre leurs objectifs politiques ou, du moins, provoquer une certaine instabilité. Leurs actions sont soigneusement planifiées ; leurs objectifs, clairement définis. Mais, malgré leurs desseins politiques, ils ne restent pas moins des criminels.” Cette description émane de Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l'Europe. Il intervenait mercredi dernier à Strasbourg, à l'ouverture de la Conférence internationale “Le terrorisme, pourquoi ?”, organisée par son institution. Pour prévenir les attentats et mettre leurs commanditaires hors d'état de nuire, les membres de l'exécutif de l'UE ont pris l'initiative de “s'attaquer aux conditions propices à la propagation du terrorisme”. “Il n'existe pas de solution évidente pour vaincre le terrorisme ni de solution unique. En revanche, notre objectif, lui, est clair et unique : il s'agit de prévenir les actes terroristes. Et la seule politique qui permette de lutter efficacement contre ce fléau est celle qui met fin aux agissements des terroristes sans susciter de nouveaux recrutements. Aussi, pour mener notre combat à bien, nous devons nous organiser au niveau national et coopérer au niveau international”, observe M. Davis. Récusant la position selon laquelle l'explication des causes du terrorisme conduit à blanchir ses auteurs, il assure qu'un tel raisonnement est à la fois “erroné” et “dangereux”. Par ailleurs, il considère tout aussi périlleux et malvenu de faire porter la responsabilité des crimes sur un groupe ethnique ou religieux particulier. Selon lui, le terrorisme est un “phénomène complexe” qu'il ne faut “ni justifier, ni sous-estimer”. L'esprit du discours de Terry Davis et des débats qui l'ont suivi, pendant deux jours, ont inspiré les conclusions de la conférence. Dix-huit recommandations au total ont couronné les travaux de cette rencontre, la première du genre que le Conseil de l'Europe organise autour du terrorisme. Le renforcement du dialogue interculturel, la promotion du multiculturalisme au sein des sociétés européennes, la lutte contre la ghettoïsation des communautés immigrées, la mise en œuvre de politiques d'intégration efficaces, la lutte contre les groupuscules extrémistes disséminés sur le Vieux Continent et le respect de la liberté de culte… font partie des conclusions. Les attentats de Londres ont heurté les certitudes des Européens. En se rendant compte que les terroristes sont de jeunes Britanniques, des enfants d'émigrés, ils ont compris que leurs propres sociétés sont des terreaux propices à la violence. Aussi, la messe de Strasbourg s'inscrit-elle dans une vaste remise en cause. Comment empêcher les jeunes gens d'origine étrangère de tomber dans les filets d'Al-Qaïda et de devenir des kamikazes ? La note de présentation de la conférence exprime clairement cette préoccupation. “Sur notre continent, les attaques les plus graves ont été perpétrées non par des ennemis extérieurs, mais par des individus qui vivent, travaillent et ont leur famille en Europe. Il s'agit d'une petite minorité de la société qui, pour des raisons diverses, se rallie à des idéologies extrémistes, et d'une minorité plus petite encore qui bascule de l'extrémisme vers l'injustifiable et se livre à des actes terroristes ignobles. Aussi les autorités se doivent-elles, lorsqu'elles cherchent à intercepter et à poursuivre les terroristes et leurs réseaux, de scruter très attentivement la société qui les entoure en tentant de comprendre pourquoi ces quelques individus ou groupes d'individus se tournent vers l'extrémisme et le terrorisme”, est-il écrit en guise d'introduction. Il est à noter que la conférence a été tenue à l'initiative du Comité d'experts sur le terrorisme (Codexter) du Conseil de l'Europe. 250 participants y ont pris part, dont une quarantaine d'experts des Etats de l'UE. Dick Marty, eurodéputé suisse et rapporteur du Conseil de l'Europe sur les activités illicites de la CIA sur le Vieux Continent, s'est distingué au cours de la plénière en déplorant l'établissement par l'ONU d'une liste noire de 362 personnes soupçonnées de liens avec les groupes terroristes. Ces individus de confession musulmane sont fichés à leur insu. Leurs avoirs sont gelés et n'ont aucune possibilité de faire appel. Selon M. Marty, cette procédure illustre “une grave érosion des droits et des libertés fondamentales”. Samia Lokmane