Les élèves de terminale de plusieurs lycées d'Alger sont en grève. Ces adolescents dénoncent une surcharge de programme rendue nécessaire par la réforme… de la réforme. “Nous sommes un pur produit du système de l'école fondamentale et nous refusons d'être des cobayes”, dit un lycéen, avant de prévenir : “Finies les expériences !” La pertinence de l'objet de la révolte est affaire de pédagogues, de vrais si possible. Mais l'attitude des élèves en grève procède d'un esprit de responsabilité. Tout en convenant que l'école fondamentale, dont ils sont victimes, les a handicapés, ils refusent de l'être une seconde fois parce que la réforme en cours les oblige à rattraper le déficit quantitatif des réformes précédentes. Le cycle du moyen a été amputé d'une année pour cause de combinaison avec le primaire, et voilà qu'il faut récupérer les lacunes en chargeant les classes “réformées” du secondaire pour les mettre au diapason du nouveau cursus. Des générations sont ainsi régulièrement entravées dans leurs études ainsi jalonnées de rattrapages et de réajustements qu'exigent les essais et les régressions dont ils sont l'objet. Les autorités, plus soucieuses de contenir la protestation que de l'enregistrer, et plus enclines à l'étouffer qu'à l'écouter, envoient la police pour disperser les contestataires, sinon pour les renvoyer à l'intérieur de leurs lycées. La hantise de l'expression publique a développé un réflexe du pouvoir : réprimer et discuter ensuite. Même manifester dans la cour de lycée reste tolérable. Tant que les signes de la crise ne sont pas manifestes, on peut s'accommoder et de la crise et de ses symptômes. Pourvu que ne s'impose jamais le principe de la contestation visible et audible. Alors, pour que tout ait l'air d'aller bien même si tout va mal, on réprime. Si l'on réprime les harragas qui ne revendiquent pas, mais qui se jettent à l'eau parce qu'ils n'ont plus d'espoir sur terre, on peut bien tabasser et interpeller des lycéens qui veulent exporter le chahut de bahut vers la rue ! Des institutions s'investissent dans des communiqués repris par la presse nationale pour annoncer, non pas que les garde-côtes ont sauvé, mais qu'ils ont “intercepté” — terme généralement réservé à la lutte contre la contrebande — des harragas. Ensuite, un avis est publié qu'ils ont été présentés au procureur. Au plan du message, le pouvoir veut transformer le sauvetage de ses désespérés en arme de dissuasion contre les candidats à l'aventureuse traversée. Au lieu de chercher à tarir la source du désespoir, il s'emploie à étouffer, par la répression, ses symptômes. Au lieu de repenser sa manière de réformer, brusque, improvisée, tatillonne et contradictoire, il se cherche à contenir par la coercition les répercussions sociales de sa gestion. On ne peut indéfiniment poursuivre les gens qui protestent, partis, syndicats, collectifs, quartiers ou citoyens isolés, tout en continuant à ignorer leurs demandes. Dans cette propension à la maîtrise forcée de l'expression citoyenne, on ne semble pas se rendre compte que cela commence à faire un peu trop de monde à mater. M. H. [email protected]