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«Mon film est un hommage aux Algériens de Montréal»
Publié dans La Nouvelle République le 02 - 04 - 2012

De Toronto à Locarno, de Namur à Los Angeles, en passant par Sudbury, Goteborg, Hambourg, Abu Dhabi, Los Angeles, Turin, Halifax, Park City, Alger et on en oublie encore, Monsieur Lazhar du réalisateur québécois Philippe Falardeau, interprété par l'Algérien Mohamed Fellag, a été ovationné dans plus d'une cinquantaine de festivals et récompensé de plus d'une trentaine de trophées. Projeté à Alger, jeudi dernier, à l'ouverture des Journées d'expression francophone d'Alger, le film a été, une fois de plus, très applaudi par le public algérois qui retrouvait ainsi un Fellag toujours au sommet de son talent et découvrait un réalisateur au fait de son art. Dans cet entretien exclusif accordé à la Nouvelle République, Philippe Falardeau revient sur les raisons qui l'ont amené à faire cette adaptation, à la fois intelligente et réussie, du monologue de la dramaturge Evelyne de la Chenelière, sur sa rencontre avec Fellag, sur les messages véhiculés et les questions posées tout au long des 94 minutes que dure le film mais aussi sur son intérêt pour l'Algérie. Philippe Falardeau se confie avec beaucoup de simplicité et de sympathie. Lisons.
La Nouvelle République : Avant tout, un grand bravo pour ce film et pour sa superbe moisson de prix. Vous attendiez-vous à un tel succès ? Philippe Falardeau : (D'abord, un sourire et, ensuite, un grand non de la tête !) Quand on tourne un film, on fournit des efforts tels qu'on espère toujours un succès ou, du moins, qu'il trouve son public. Mais on ne s'imagine jamais un tel triomphe pour un film intimiste qui se passe dans une classe. Vous savez, Fellag n'était jusqu'à présent pas connu du public québécois, il l'était plutôt dans la communauté maghrébine. Et vu que ce n'était pas une vedette au Québec, il n'y avait pas d'ingrédients qui fassent en sorte qu'on imagine un tel succès. La première réussite a été son lancement dans les festivals, un peu partout. Ce film a été bien accueilli, ce qui nous laissait croire à de belles choses pour la maison. Et, à mon grand étonnement, il y a eu environ trois à quatre fois plus de gens qui sont allés voir Monsieur Lazhar. Ce que j'étais loin d'espérer. Puis, la touche finale a été la nomination aux oscars. C'est quelque chose que personne ne peut prédire. Et donc, rétrospectivement, quand on regarde le film, je pense qu'il est difficile d'expliquer son cheminement jusqu'aux oscars. Avez-vous une estimation du nombre de personnes qui a déjà vu Monsieur Lazhar au Canada ? Je n'ai pas les chiffres pour tout le Canada mais dans la province du Québec, dans le territoire francophone, on parle d'environ 300 000 personnes, ce qui équivaut, si on reporte le film à un pays européen comme la France, par exemple, à quelques 30 millions d'entrées. C'est fabuleux ! En effet, oui ! Qu'est-ce qui vous a le plus touché dans la pièce d'Evelyne de la Chenelière et qui vous a poussé à l'adapter au cinéma ? Sur la base du travail de la dramaturge, c'était la grande humanité du personnage qui évolue seul sur scène. J'ai, pour ainsi dire, été touché par la complexité mais aussi par la richesse du personnage. Le fait qu'il soit immigrant n'est pas le focus ou le sujet principal de la pièce, ça allait bien au-delà. Je pense également que c'est dû au fait que j'ai toujours été intéressé par le domaine de l'émigration et par l'Algérie. Vous savez, je voulais y aller, il y a 20 ans. C'était dans le cadre de la «Course destination monde» où je faisais des courts métrages. Je devais atterrir en Algérie en décembre 1992 mais il y avait eu un attentat à l'aéroport d'Alger et j'ai dû annuler mon séjour là-bas. Quand j'ai vu la pièce, il y a cinq ans, c'était comme le rappel d'un rendez-vous manqué et c'est, comme si, le personnage algérien, dans la pièce de théâtre, m'invitait à compléter ce voyage que je n'avais pas pu faire, à travers le cinéma. Mais vous avez, finalement, fait ce voyage en Algérie, en 2007 ! Je suis rendu en Algérie en 2007 pour présenter d'autres films et j'en ai profité pour rester quelques jours de plus pour faire un peu de recherche sur le background pour mon personnage principal. J'avais, en effet, déjà commencé à travailler sur le scénario, même si, dans mon film, il n'y a aucune scène tournée en Algérie. Votre visite en Algérie, en 2007, vous a-t-elle quelque part influencé ou orienté dans l'écriture de votre scénario ? Oui, mais c'est surtout pour des détails matériels. J'y ai pris des photos que l'on voit dans le film. Ensuite, je suis allé visiter deux écoles pour m'imprégner de l'aspect du quotidien à Alger, même s'il y a très peu d'éléments du passé du personnage, un personnage extrêmement pudique et qui est en rupture avec un passé qu'il ne peut dévoiler. Il y a, tout de même, quelques éléments de son passé qui sont révélés dans le film donc il était nécessaire pour moi de m'inspirer de détails matériels et concrets du quotidien de la vie à Alger. Qu'est-ce qui a motivé le choix du comédien Mohamed Fellag pour le rôle de Monsieur Lazhar ? N'était-ce pas risqué de votre part de confier le premier rôle à un acteur méconnu au Québec, même s'il est très talentueux ? Mon amie, Evelyne de la Chenelière, l'avait vu en représentation à Bruxelles, au début des années 2000 où il donnait un de ses spectacles. Fellag faisait alors une lecture publique unique de la pièce, donc, je savais qu'il connaissait l'œuvre théâtrale. Je suis allé sur internet et Youtube pour voir qui il était et j'ai visionné des extraits de ses spectacles. Même si ce qu'il fait sur scène est très différent du film que je voulais produire, j'ai tenu à le rencontrer car je savais que c'était un homme de lettres, un homme cultivé qui connaissait l'exil. Donc tous ces éléments-là m'ont aidé à me décider. Nous nous sommes rencontrés à Bruxelles et je suis allé voir son spectacle Tous les Algériens sont des mécaniciens. Le lendemain, je lui ai fait faire un petit essai à la caméra et voilà, on s'est lié d'amitié assez rapidement et c'est comme cela que je l'ai choisi. J'avais fait des auditions avec d'autres acteurs algériens en France, mais au final, c'est lui que j'ai retenu. Comment s'est déroulé le tournage ? Etait-ce difficile de diriger des enfants ? Les enfants demandent plus de travail que les adultes mais ce n'est pas nécessairement plus difficile. Il suffit seulement de s'ajuster à leur rythme. Ce n'est pas ma première expérience avec des enfants. J'en avais déjà réalisé en 2008, Ce n'est pas moi, je le jure, sur l'histoire d'un jeune garçon de 10 ans. Je trouve que les enfants apportent plus de lumière et de spontanéité au film, il faut savoir bien les choisir et leur donner la chance de se faire valoir en audition et quand arrive le moment de tourner, il faut que ça soit un moment ludique pour qu'ils puissent s'amuser dans le travail. Je leur fais comprendre qu'ils ont ma confiance et que cela doit être réciproque. C'est ce qui leur permet d'être confortables en jouant des scènes difficiles et d'aller puiser à l'intérieur d'eux-mêmes pour camper des rôles dramatiques. Certains détails rendent le film très crédible, tels que les gâteaux algériens à la fête de l'école, le journal en arabe enveloppant le cadre de la photo de famille de Monsieur Lazhar, le colis qu'il reçoit livré dans un carton de pots de confiture algérienne… C'est une particularité, chez vous, de ne rien laisser au hasard ? Oui, c'est quelque chose que j'ai appris au fil des ans, au cinéma, rien ne doit être laissé au hasard, de la couleur du mur, à l'arrière-plan jusqu'aux petits objets et je pense que le film prend toute sa richesse et sa vérité à travers des objets. Quand on entre chez quelqu'un qu'on ne connaît pas, on scrute ce qu'il y a dans la bibliothèque pour voir les livres, les biblos et les autres objets et je crois que la personnalité se révèle comme ça et c'est pareil pour le cinéma, la personnalité des personnages se dévoile à travers les objets. Nous avons, par conséquent, fait une recherche très minutieuse. J'avais déjà ramené quelques objets de mon voyage en Algérie et notre directeur artistique — qui s'occupait des décors — est entré en contact avec des Algériens de Montréal et d'Alger. On s'est fait envoyer toutes sortes de choses comme par exemple cette boîte de confiture ou bien des biscuits… On est même allé dans des épiceries maghrébines à Montréal pour acheter tout ce qui fait le quotidien de Bachir. Monsieur Lazhar évoque la question du choc des cultures. Etait-ce important pour vous d'aborder cette question ? Oui, c'est important d'aborder cette question, avec un langage humoristique, sauf peut-être pour l'idée d'évoquer la mort. Bachir vient d'un pays qui a connu une période de violence. Il a donc l'instinct de dire qu'il faut en parler ouvertement, que ce n'est pas quelque chose qu'on doit balayer sur le tapis. Cela entre un peu en conflit avec la culture nord-américaine où la mort est un sujet tabou. Mais avant cela, je pense que le choc des cultures est abordé avec un petit sourire, car ce n'est pas l'intérêt central du film quoique cela amène les québécois à réfléchir sur qui nous sommes. Parce que l'intérêt pour moi d'avoir un personnage étranger, c'est de revisiter qui nous sommes à travers ses yeux. Alors, est-ce qu'il a des yeux candides ? Est-ce qu'il a des yeux neufs sur nous, sur qui nous sommes ? Et avoir un personnage étranger, ce n'est pas seulement explorer qui est l'Autre mais c'est aussi savoir, aux yeux de l'étranger qui nous sommes pour l'Autre ? Quels sont les autres messages que vous avez voulu faire passer en filigrane, à travers Monsieur Lazhar ? Je pense que si l'on pose votre question aux spectateurs, chacun aura sa propre réponse. Pour certains, ce sera le suicide, ensuite le deuil et comment le communiquer, ce sera aussi le sentiment de culpabilité que les survivants peuvent ressentir quand quelqu'un se suicide. Mais pour moi, l'axe fondamental, c'est l'enseignement. En ce qui me concerne, l'acte d'enseigner va au-delà du fait d'apprendre à lire et à écrire et je pense que le personnage de Bachir sait cela d'instinct. Le film, souvent, critique le système d'éducation et le sous-texte est, quelque part, de dire, laissez chaque enseignant investir sa propre classe. Il ne faut pas trop contraindre chaque enseignant à suivre mot pour mot le curriculum vitae, mais plutôt laisser chaque professeur exprimer sa propre façon d'enseigner. Quel débat espérez-vous voir relancé au sein de la société québécoise, après la diffusion de ce film ? En fait, j'espère en toile de fond que soit véhiculé un message de tolérance, surtout auprès des immigrants. Je voulais aussi que ce film soit un hommage à l'acte d'enseignement, aux enseignants dans un système souvent très contraignant, très difficile et que si la société doit ériger des règles, on finit par dénaturer les rapports, surtout à l'école. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas trop du genre à passer des messages dans mes films, je préfère soulever des questions. Donc, c'est autour de ces questions que je voulais lancer le débat. Lorsque vous avez reçu «le Jutra» du meilleur scénario, vous l'avez dédié à tous les réfugiés algériens qui ont
refait leur vie au Québec. Pourquoi cette pensée ? Oui, parce que moi, je ne suis pas Algérien. J'avais deux craintes principales quand le film est sorti : la réaction des enseignants et celle des Algériens, forcément. Je ne voulais pas faire fausse route ni avec des termes, ni avec des détails de la vie d'un Algérien à Montréal. Bien-sûr, tous les Algériens ne sont pas des Bachir Lazhar. Je le comprends très bien mais c'était, pour moi, important de rendre hommage aux Algériens qui sont à Montréal, qui ont fait un effort d'intégration et qui nous ont apporté aussi beaucoup de richesse. La communauté algérienne installée au Québec s'est sentie «froissée» à la fin de la cérémonie des «Jutra», car le nom de Fellag n'a pas été mentionné dans les remerciements même s'il porte le rôle sur ses épaules et qu'il a gagné le prix «Génie» de l'interprétation masculine dans un premier rôle masculin. Quel est votre commentaire sur cette réaction ? Oui, je me suis déjà exprimé sur ce sujet. J'avoue que c'était un oubli de ma part et je m'en suis excusé, même auprès de Fellag. D'ailleurs, il n'avait pas pu être présent à la cérémonie, vu qu'il était en tournée pour son spectacle. Mais c'était un oubli, ça n'avait rien de voulu. Qu'est-ce qui attend Monsieur Lazhar dans les prochains mois ? La promotion continue. Il sort d'abord aux Etats-Unis, dans certaines grandes villes américaines. Après, ce sera l'Australie, le Japon et la France en septembre. Je suis très impatient. La sélection de votre film aux Oscars vous a certainement honoré. Que gardez-vous de cette expérience ? Les Oscars, c'est le gala le plus ostentatoire de la planète. Aux Oscars, on célèbre le cinéma et les amoureux du cinéma. J'y ai fait de belles rencontres. Et même si Monsieur Lazhar n'a pas été primé, c'était une très belle expérience. Dans son film L'ange de goudron, le réalisateur Denis Chouinard raconte l'histoire d'une famille algérienne établie au Québec. Il a récolté des prix «Génie» et «Jutra» comme Monsieur Lazhar. Est-ce que l'Algérie porte chance aux réalisateurs québécois ? (Rires) Peut-être que l'Algérie et les Algériens sont des sujets riches et complexes pour le cinéma québécois, et s'il y a des prix, c'est très bien. Vous planchez déjà sur un autre projet de film ? Même s'il est difficile d'écrire, je suis actuellement sur une comédie politique qui se passe au Québec. N. B. : Remerciements particuliers à Djazia G., Algérienne de Montréal, qui nous a aidé à prendre contact avec le réalisateur.


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