Quatre personnes au moins ont été tuées et six autres grièvement blessées samedi soir par balles lors de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre en Tunisie. Trois morts en Algérie sans oublier les centaines de blessés. En Tunisie, c'est le bouleversant suicide de Bouâziz qui le plus crûment a représenté le cri puissant de millions de citoyens pauvres et malheureux, contre le joug de systèmes politiquement et économiquement répressifs. Son acte a été un acte d'un désespoir extrême. Mais il n'est pas seul. Lahcen Naji, un autre jeune Tunisien, l'a suivi -s'électrocutant à mort- et au moins cinq autres personnes ont tenté de se suicider mais en ont été empêchées. En Algérie, la vague a enflé, suite aux premières protestations à propos de la distribution de logements, pour enfin déboucher sur l'irréparable : une épidémie pas des moindres puisqu'elle a entraîné des jeunes, force facilement manipulable, à commettre des actes de vandalisme dont ils semblent incapables de mesurer les conséquences. Sont-ils à plaindre ou à blâmer ? Que peuvent-ils espérer de mieux que cette «anarchie» pour donner libre cours à leurs «fantasmes» : un exutoire pour libérer leurs frustrations ? Pour mieux comprendre la situation, ne perdons de vue cette réalité qui sévit dans le monde arabe. Quoiqu'on en dise, elle est là, toute crue. Les chiffres officiels situent le chômage dans le monde arabe à 15 % mais beaucoup d'économistes estiment que le véritable taux est bien plus élevé que ce que suggèrent les statistiques fournies par les gouvernements. Une étude commune de la Ligue arabe et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) indique que dans la plupart des pays arabes, les jeunes représentent 50 % des chômeurs, le taux le plus élevé au monde. Selon le même rapport, les taux de pauvreté restent élevés «atteignant jusqu'à 40 % de la population en moyenne, ce qui signifie que presque 140 millions d'Arabes continuent à vivre sous le seuil de pauvreté». Encore plus grave, l'étude a relevé que la région n'a vu aucune diminution de ces taux de pauvreté durant ces 20 dernières années. Le rapport a été soumis au Sommet arabe qui s'est réuni au Koweït en 2009, mais il n'a obtenu aucune vraie réponse de la part des officiels arabes, qui ont continué à appliquer les politiques économiques qui, dans leurs principaux aspects, ont été imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Dans la plupart des pays arabes, une corruption endémique, le népotisme et l'incompétence ont encore aggravé l'impact des politiques -inspirées par le FMI- de privatisations, de mesures d'austérité et de réduction ou de suppression des subventions gouvernementales sur les carburants et les produits alimentaires de base. Et pourtant, octobre 1988 est là pour nous rappeler les fameuses «manifestations du couscous» qui ont occasionné des centaines de morts et près d'un millier de blessé. De ce fait, sans une politique clairvoyante, faisant obstacle à toutes sortes de manipulations, les mêmes erreurs risquent d'entraîner les mêmes conséquences.