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LA REVOLUTION ALGERIENNE 1954-1962: Le FLN et la communauté algérienne en France
Publié dans Réflexion le 09 - 04 - 2011

Créé par des anciens de l'Organisation spéciale, bras armé du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), un mouvement nationaliste dirigé par Messali Hadj, le FLN qui se distingue par une stratégie insurrectionnelle, se trouve en conflit frontal avec le Mouvement national algérien (MNA), nouveau parti des Messalistes.
A la fin de l'année 1960, le MNA n'aurait plus disposé que de 6 000 cotisants contre 120 000 pour le FLN.La communauté algérienne en France connait une forte expansion : 211 000 personnes en 1954 et 350 000 en 1962. Une grande partie de cette communauté, 150 000 personnes, dont 8 000 femmes et 29 000 enfants en 1961, est concentrée dans le département de la Seine. Les travailleurs algériens, souvent manœuvres, parfois ouvriers qualifiés, vivent souvent dans des bidonvilles comme à Nanterre, Aubervilliers, Argenteuil ou Bezons ou dans les quartiers les plus miséreux de Paris comme la Goutte d'Or ou Ménilmontant .
L'organisation militaire du FLN en France:
Jusqu'en 1958, le FLN est organisé selon une structure pyramidale classique qui permet aux cadres un bon contact avec la base, mais qui rend l'appareil perméable à l'investigation policière. De fait, en septembre 1958, après des attentats spectaculaires, la police parvient à démanteler l'appareil du mouvement. Le FLN se réorganise alors en s'adaptant aux règles de sécurité basée sur de petits groupes de trois ou de six. Le FLN peut ainsi compter sur environ 450 hommes en région parisienne pour former ses groupes de choc en marge desquels il faut rajouter 8 katibas (compagnies) de 31 hommes chacune, constituant l' « Organisation spéciale », organisation de combat formée de tireurs confirmés et de techniciens des explosifs, chargée des missions difficiles et de l'élimination des « traîtres »7.
Force de police auxiliaire : la FPA:
C'est à cet appareil militaire du FLN que la préfecture de police de Paris dirigée par Maurice Papon à partir de 1958, doit faire face. Le 30 novembre 1959, le premier ministre Michel Debré décide de constituer une Force de police auxiliaire (FPA) composée de musulmans algériens volontaires qui sera commandée par le capitaine Raymond Montaner.
L'objectif des FPA:
L'objectif des FPA est de disloquer l'organisation du FLN en arrêtant les responsables et en empêchant le prélèvement des cotisations. Ils parviennent à rallier les Algériens menacés de mort par le FLN et à recruter des indicateurs parmi les commerçants8. La méthode utilisée par les hommes de Montagner est invariable: occupation d'hôtels habités par les travailleurs algériens, infiltration et recueil de renseignements, violences policières, tortures8. Dans les archives policières, Linda Amiri a retrouvé une plainte déposée par un breton au teint mat, torturé pour qu'il avoue. Autrement dit, conclut Linda Amiri, toute personne au teint mat est soupçonnée de cotiser au FLN et susceptible de donner des informations.La première compagnie de FPA implantée dans un quartier du XIIIe arrondissement parvient à disloquer l'organisation frontiste dans cet arrondissement. Ce succès amène le préfet de police à implanter une deuxième compagnie dans le quartier de la Goutte d'Or. Dès lors, les patrouilles en file indienne de ces hommes en calots bleus, mitraillette à la ceinture, fait partie du paysage des XIIIe et XVIIIe arrondissements. Dans la lutte que mène la préfecture de police de Paris contre le FLN, les FPA sont en première ligne.L'efficacité de la FPA, conclut Jean-Paul Brunet, a eu pour contrepartie l'emploi de moyens illégaux et moralement condamnables comme les arrestations et détentions arbitraires et la pratique systématique de la torture. Ces méthodes sont dénoncées dans la presse de gauche, et ce sont peut-être ces protestations, mais aussi l'ouverture des premiers pourparlers d'Evian entre le gouvernement français et le GPRA à la fin du mois de juin 1961. L'effet des FPA conduit rapidement le FLN à déclencher avec eux une guerre sans merci. Le poste de la Goutte d'Or est attaqué par deux groupes armés le jour même de son installation, le 20 novembre 1960, puis le 4 décembre. D'une façon générale, les postes et les cafés tenus par la FPA dans le XVIIIe arrondissement sont la cible de commandos qui y subissent de lourdes pertes.
Les attentats FLN contre la police française:
Les supplétifs de la FPA ne sont pas les seuls à être visés par le FLN, il y a également des victimes parmi les policiers français depuis le début de la guerre. Dans certains cas, il s'agit de ripostes lorsqu'un suspect refuse d'être interpellé et tire sur ses poursuivants, mais dans d'autres cas, il s'agit d'attentats à l'initiative du FLN.
Ces attentats connaissent une recrudescence en 1961 et plus particulièrement à partir du mois de septembre. Parmi les 47 tués, on compte 15 FPA, 3 contractuels de la SATFMA (Services d'assistance technique aux FMA), 23 gardiens de la paix de la police municipale et 4 officiers de police judiciaire. Au total, depuis 1957, les services de la police ont dénombré 2124 attentats imputés au FLN. Dans la plupart des cas, il s'agit d'attentats visant des Algériens qui contreviennent d'une façon ou d'une autre à la loi du FLN. 1252 morts et 1291 blessés ont été enregistré..Les premières négociations d'Evian entre le gouvernement français et le GPRA débutent le 20 mai 1961. 15 jours après, on observe une suspension des attentats et cette trêve se poursuit pendant les pourparlers de Lugrin qui se tiennent à la fin du mois de juillet et pendant le mois d'août. Le 29 août, les attentats reprennent subitement. On en compte 5 à Paris et dans la proche banlieue. La vague d'attentats de septembre et octobre 1961 sera d'une ampleur que l'on avait jamais connue. La cause de la reprise des attentats n'est pas claire : il est peu probable qu'elle ait été décidée par le GPRA vis-à-vis duquel de Gaulle a fait une concession le 5 septembre en reconnaissant le caractère algérien du Sahara.
VEritable psychose chez les policiers:
Les attentats dont ils sont victimes engendre chez les policiers une véritable psychose. Il apparaît que le corps des policiers, excédé par les attentats, est prêt à se faire justice lui-même. Dans le bimensuel du syndicat de la police parisienne, syndicat le plus représentatif des policiers, l'un de ses dirigeants, Paul Rousseau, se croit obligé d'écrire pour raisonner ses troupes : « Camarades du SGP, ne vous laissez pas aller à des actes qui ne sont pas en accord avec votre manière de penser; groupez-vous autour de vos cadres syndicaux, ».
L'exaspération des fonctionnaires de police s'exprime en effet au cours des semaines qui précèdent le 17 octobre, par une pratique de sévices de plus en plus généralisée. À l'occasion des divers contrôles d'identité et formalités administratives auxquelles devaient se soumettre les algériens, le passage à tabac devient de plus en plus fréquent. La hiérarchie se montre souvent incapable de tenir ses hommes. Outre les passages à tabac, les sévices peuvent consister en destruction de papiers d'identité ou en vols purs et simples, d'argent ou de montre. Encore le vol reste-t-il relativement rare, tandis que le bris volontaire des montres lors des passages à tabac est beaucoup plus répandu.Parmi les 93 homicides du mois d'octobre, 55 ont été commis avant la manifestation du mois d'octobre. Quelle part faut-il imputer aux policiers ou groupes parapoliciers opérant après les heures de service ?
Le couvre-feu:
Le 5 octobre, le préfet de police Papon diffuse un communiqué de presse qui institue un couvre-feu pour les Nord-Africains. « Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin. » Officiellement, il s'agissait « de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes algériens ». En fait, il s'agit pour Papon de riposter au FLN pour prendre un avantage définitif dans la « Bataille de Paris » qui oppose depuis 1958 le FLN qui entend contrôler toute la population algérienne vivant dans la région parisienne à la police parisienne dirigée par Papon. Le couvre-feu est effectivement une gêne considérable pour les activités du FLN .Le 15 novembre, sur les 90 000 travailleurs algériens du département de la Seine, 14 000 auront obtenu un laisser-passer.


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