L'armée française a systématiquement pratiqué l'assassinat et la torture sur ses adversaires. Un débat public à ce sujet est en cours en France depuis des mois. Trente-huit ans après les accords d'Evian – qui ont permis l'accession de l'Algérie à l'indépendance, en 1962 , la mémoire de la guerre d'Algérie ressurgit en France pour les témoins et les acteurs de ce drame qui a duré de 1954 à 1962. L'APPEL DU 18 MAI 2001 : Extrait du quotidien "L'Humanité": Le quotidien communiste "L'Humanité" a publié, le 31 octobre 2000, un "appel à la condamnation de la torture durant la guerre d'Algérie", signé par douze intellectuels, parmi lesquels Henri Alleg, auteur de "La Question", et les historiens Madeleine Rebérioux, Pierre Vidal-Naquet et Jean-Pierre Vernant. Les signataires demandent au président de la République, Jacques Chirac, et au premier ministre, Lionel Jospin, "de condamner ces pratiques par une déclaration publique". Le 18 mai 2001, les "Douze" ont rendu public un second appel, toujours publié par "L'Humanité", qui réitère leurs demandes après la publication du livre du général Aussaresses.Ils réclament de nouveau "que toute la vérité soit dite sur la torture" et "que les plus hautes autorités françaises condamnent la responsabilité du gouvernement d'alors". "Sans cela, ajoutent-ils, demeure une équivoque sur la raison d'Etat dont se recommandent toujours les tortionnaires". ”Des deux côtés de la Méditerranée, la mémoire française et la mémoire algérienne resteront hantées par les horreurs qui ont marqué la guerre d'Algérie tant que la vérité n'aura pas été dite et reconnue.”Ce travail de mémoire appartient à chacun des deux peuples et aux communautés, de quelle qu'origine que ce soit, qui ont cruellement souffert de cette tragédie dont les autorités françaises portent la responsabilité essentielle en raison de leur obstination à refuser aux Algériens leur émancipation. ”Aujourd'hui, il est possible de promouvoir une démarche de vérité qui ne laisse rien dans l'ombre. En France, le nouveau témoignage d'une Algérienne, publié dans la presse, qui met en accusation la torture, ne peut rester sans suite ni sanction. Le silence officiel serait ajouter au crime de l'époque une faute d'aujourd'hui. En Algérie, se dessine la mise en cause de pratiques condamnables datant de la guerre et surtout lui ayant survécu commises au nom de situations où "tout serait permis". Il reste que la torture, mal absolu, pratiquée de façon systématique par une "armée de la République" et couverte en haut lieu à Paris, a été le fruit empoisonné de la colonisation et de la guerre, l'expression de la volonté du dominateur de réduire par tous les moyens la résistance du dominé.”Avec cette mise à jour il ne s'agit pas seulement de vérité historique, mais aussi de l'avenir des générations issues des diverses communautés qui vivent avec ce poids, cette culpabilité et ce non-dit. Les intellectuels français condamnent:” Pour nous, citoyens français auxquels importe le destin partagé des deux peuples et le sens universel de la justice, pour nous qui avons combattu la torture sans être aveugles aux autres pratiques, il revient à la France, eu égard à ses responsabilités, de condamner la torture qui a été entreprise en son nom durant la guerre d'Algérie. Il en va du devoir de mémoire auquel la France se dit justement attachée et qui ne devrait connaître aucune discrimination d'époque et de lieu.”Dans cet esprit, et dans cet esprit seulement, tourné vers un rapprochement des personnes et des communautés et non vers l'exacerbation de leurs antagonismes, nous demandons à M. Jacques Chirac, président de la République, et à M. Lionel Jospin, premier ministre, de condamner ces pratiques par une déclaration publique. Et, nous invitons les témoins, les citoyens à s'exprimer sur cette question qui met en jeu leur humanité”. L'exigence de vérité: La publication, le 20 juin 2000, dans le quotidien "Le Monde" du témoignage de Louisette Ighilahriz, militante indépendantiste torturée en 1957 à Alger [alors âgée de vingt ans, elle fut atrocement torturée à l'état-major de la 10e division parachutiste du général Massu], a relancé un débat éteint depuis les années 80. Mais l'histoire enfouie de la torture pratiquée par l'armée française a ressurgi véritablement, à la fin du mois d'octobre, à la suite de l'appel lancé par douze anciens militants de la cause algérienne qui demandaient à l'Etat français de reconnaître les crimes commis et de s'en excuser, comme il l'a fait pour ceux de Vichy. Interrogé par "Le Monde", le général Massu, à l'époque investi des pouvoirs de police à Alger, reconnaît que le recours à la torture n'était "pas indispensable" et se déclare favorable à une condamnation officielle de la torture. Si la plupart des anciens acteurs de la guerre entre la France et l'Algérie semblent aujourd'hui admettre l'existence de la torture au long du conflit, ils sont en revanche divisés sur la question de savoir si l'on doit reconnaître ces actes comme une faute dont il faut se repentir ou comme la conséquence inévitable des combats. Les partisans d'une enquête et d'une "repentance" se heurtent au front de tous ceux qui, anciens acteurs engagés de la guerre, présentent la torture comme un "mal nécessaire" et ne sont pas disposés à faire leur mea-culpa face à ces atteintes aux droits de l'homme. A suivre