Depuis le lancement de la campagne ?lectorale, le journal t?l?vis? de l?ENTV fait un carton en termes d?audimat, apr?s avoir ?t? d?laiss? par la majorit? du public alg?rien qui d?couvre, dans les interventions des candidats ? la pr?sidentielle, une libert? de ton in?dite. Habitu?s ? zapper d?s les premi?res informations aussi protocolaires que soporifiques dispens?es depuis des ann?es, les Alg?riens se sont remis, depuis jeudi dernier, premier jour de la campagne, ? ?attendre? le JT de 20 heures. Finis Al Jazeera, Al Arabya ou Medi1Sat, le public se tourne vers l?ex-unique, dont il ne s?attarde plus sur les d?fauts. La raison est simple: l?ENTV a surpris tout le monde en diffusant les propos tels quels, parfois les plus crus et les plus durs ? l??gard du ?pouvoir?, du ?pr?sident?, des ?autorit?s?, etc., lanc?s par les adversaires du candidat Bouteflika. C?est tout simplement du jamais vu. Pour beaucoup de t?l?spectateurs, il n?y a pas d?autres mots pour qualifier ce qu?ils voient et, surtout, ce qu?ils entendent de la bouche des candidats ? travers la couverture par l?ENTV des meetings de campagne. Se distinguant par ses tourn?es dans les caf?s, ses propos au vitriol, son humour noir et une libert? de ton qui va trop loin pour ne pas ?tre cr?dible, Ali Fawzi Reba?ne est d?j? le plus suivi des candidats. Certes, le contenu de son discours ?lectoral n?est pas celui d?un programme extr?mement ?labor? ni d?une force de proposition d?un haut niveau, mais il a le m?rite d??tre le premier ? avoir tir? la campagne de la morosit? dans laquelle certains redoutaient qu?elle s?y enfonce irr?m?diablement. Tout passe: ses critiques contre Bouteflika, le bilan de deux mandats, ses attaques contre le syst?me ou la corruption. Le pr?sident de Ahd-54 va m?me jusqu?? critiquer l?ENTV (qui, contre toute attente, ne le censure pas) et sur laquelle il dit ne pas ?tre pass? depuis la pr?c?dente pr?sidentielle. M?me chose pour Djahid Younsi qui se permet, sur le m?me m?dia lourd, de chasser sur les terres de Bouteflika et de dire que la r?conciliation nationale, le fer de lance du programme politique de ce dernier, est pleine d?insuffisances, de critiquer la lev?e de la limitation des mandats et qu?il est temps ? la g?n?ration qui gouverne de passer le flambeau. Louisa Hanoune ne se prive pas, non plus, de monter les ench?res en termes de promesses ?lectorales, en r?duisant ? presque rien les efforts du gouvernement pour am?liorer les salaires et le pouvoir d?achat. Moussa Touati et Mohamed Sa?d, avec un ton moins agressif, trouvent par exemple que les valeurs patriotiques ne sont pas suffisamment d?fendues et critiquent, m?me avec des mots bien choisis, les lacunes en mati?re de gouvernance. Somme toute, les Alg?riens assistent, presque m?dus?s, ? un contenu auquel ils n??taient ni habitu?s ni en attente de voir; l?ENTV s??tant depuis longtemps astreinte ? son fameux cahier des charges de couverture sans plis des activit?s officielles. Et c?est justement parce que le fait est inhabituel que le public alg?rien semble d?j? divis? sur l?opinion ? se faire ? l??gard d?une telle ligne ?ditoriale - qui rappelle la belle ?poque du d?bat politique ouvert et des fameuses confrontations t?l?vis?es des ann?es 1990. Des contents et des sceptiques Pour certains, cela confirme que cette ?lection est, on ne peut plus, cr?dible, que le pr?sident sortant est consid?r? comme un candidat au m?me titre que les autres, que l?affaire n?est pas entendue d?avance et que la r?vision de la Constitution ne veut pas dire que l??lection de Bouteflika est assur?e. Pour les autres, il s?agit plut?t d?une d?cision politique dont la port?e n?ira pas au-del? du 10 avril. En d?autres termes, il ne serait question de rien d?autre que de d?mentir les partisans du boycott et les analyses qui pr?voient une forte abstention des ?lecteurs. Cette partie de l?opinion ne va chercher les raisons du scepticisme que dans les programmes m?mes de l?ENTV, dont le journal est, en sus des meetings des candidats, fourni en manifestations ?lectorales des forces identifi?es comme soutiens au candidat Bouteflika. Ils en veulent pour preuve aussi que, depuis quelque temps, le JT et le carnet de campagne sont imm?diatement suivis de reportages ou ?missions ?voquant les r?alisations dans les wilayas du pays et les multiples projets de d?veloppement local, que beaucoup interpr?tent comme des allusions ? peine voil?es au bilan positif du pr?sident sortant. Mais, en tout ?tat de cause, l?ENTV a r?ussi son pari de renouer avec son public et c?est en soi une bonne chose, bien qu?il y ait des raisons de redouter que cela ne soit une arme ? double tranchant. Certes, les images et les discours retransmis jusque-l? sont de nature ? sortir les ?lecteurs de leur suppos?e h?sitation ? aller voter. Mais, il ne faut pas omettre que cela risque de pousser les candidats, qui n?ont pas de forces ?quivalentes aux moyens et troupes dont dispose Abdelaziz Bouteflika, de concentrer tous leurs efforts sur le canal de la t?l?vision et, donc, de tomber plus ou moins rapidement dans une surench?re aux cons?quences incertaines. C?est pour cela, n?est-ce pas, que le candidat d?El-Islah, premier ? constater l?impact retrouv? de ce m?dia lourd, s?est empress? de demander un d?bat t?l?vis? avec le candidat Bouteflika.