Il y a souvent de ces moments où, pour ce qui concerne des événements majeurs et donc des thérapies adéquates que cela implique, on procède un peu hâtivement à l'emploi de concepts dont on fait volontiers l'économie de l'explicitation de leurs contenus. Les contenus ne sont pas du tout explicités. Savons-nous seulement la signification des mots que nous utilisons et leurs portées ? On parle souvent de rétablissement de la paix, ou de retour de la paix. Mais, on parle également de lutte contre le terrorisme. Continuer la lutte veut signifier que la paix n'est pas encore de retour. Dire que la paix est revenue dispense de la posture de vigilance, mais on ne parle plus non plus de vigilance à faire observer par les populations. Alors, il y a beaucoup encore de brouillard. Pourquoi répéter que la paix est revenue ? Lorsqu'on parle de paix, on admet que l'enjeu est politique et, lorsqu'on parle d'amnistie générale, on reconnaît encore plus que l'enjeu est politique, le problème étant que chacun de son côté lutte pour ce qu'il croit être une cause politique. Dès lors que nous parlons de terrorisme, nous devons expliquer quelles sont ses motivations, la matrice qui l'avait porté en tant que fœtus, et comment il est né, a grandi, a été couvé pendant sa période de maturation, comment il est passé à l'action, pourquoi il n'a pas été détecté et anticipé si on veut bien admettre que ses inspirateurs, ses relais, ses encadreurs n'avaient pas été intégrés dans une stratégie d'élimination des forces dites progressistes ou de gauche ou d'équilibre neutralisateur de ces derniers. Dans le cas où on ne reconnaît pas qu'il s'agit d'une lutte pour une cause politique, on n'a plus à parler de rétablissement ou de retour de la paix, mais plutôt de rétablissement de l'ordre public. Lorsque la lutte est menée exclusivement par les forces de l'ordre, on criminalise les auteurs de ladite violence, mais, lorsque c'est l'armée qui intervient, on décriminalise la violence pour lui conférer le caractère politique. L'amnistie elle-même décriminalise la violence car il ne peut pas y avoir d'amnistie pour les criminels. Par Rochdi Ould Yahia