Le président du Front des forces socialistes (FFS), M. Hocine Aït Ahmed, s'est prononcé mardi pour l'élection d'une Assemblée constituante en Algérie, dans la perspective des réformes politiques évoquées récemment par le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika. Dans un long "message" adressé au peuple algérien, M. Aït Ahmed reprend ainsi une vieille revendication de son parti, fondé en 1963, et se dit favorable à une "refondation institutionnelle" basée sur une Constitution "digne de ce nom" et issue d'une Assemblée constituante "librement élue". "C'est seulement au terme d'une remobilisation citoyenne et politique des Algériens que nous pourrons aborder l'ensemble du processus électoral devant aboutir à une refondation institutionnelle, qui remette les droits des citoyens, leur sécurité et leur développement, ainsi que ceux du pays, au coeur d'une Constitution digne de ce nom, parce qu'enfin issue d'une Assemblée constituante librement élue par des Algériens libres", écrit le leader du FFS. Pour lui, "il serait léger de croire qu'il suffirait de dissoudre des institutions ou des partis pour que sortent de leurs décombres d'autres institutions et d'autres partis tout prêts pour un usage démocratique". "Nous croyons, pour notre part, que les contradictions se gèrent par la construction d'un rapport de force politique, basé sur les discussions, la négociation pacifique, l'arbitrage, et non réductible par la manipulation, la ruse et la violence". M. Aït Ahmed, qui fait un bilan sans complaisance de la situation politique, économique et sociale du pays depuis l'indépendance, plus particulièrement les années du terrorisme (1990), préconise, dans ce contexte, une "construction politique" pacifique. "C'est pour que l'Algérie n'ait plus jamais à payer un tel prix, pour la maîtrise de son destin, qu'il incombe aux Algériens, dans la diversité de leurs convictions et de leurs appartenances, d'indiquer clairement la voie de la construction politique, en alternative à la voie de la confusion et de la violence", déclare le président du FFS. Se disant convaincu que "le combat pour l'indépendance nationale et le combat pour la démocratie sont indissociables", il insiste: "A chaque fois que cela sera nécessaire, il faudra apporter les clarifications indispensables à une véritable construction politique nationale, démocratique, populaire et pacifique". Pour M. Aït Ahmed, la finalité est d'assurer au peuple ses besoins sociaux fondamentaux et d'édifier "un Etat de droit, des institutions fortes de leur légitimité, une justice indépendante, des contre-pouvoirs efficaces, une vie politique démocratique réglée par un contrat national, social et politique qui garantisse les libertés individuelles et collectives au même titre qu'il se porte garant de la justice sociale". L'Algérie, à son avis, n'a cependant "jamais été aussi proche (...) des prémisses, portés par des pans entiers de la société, d'une construction démocratique de la nation et de l'Etat algériens". Le leader du FFS préconise, d'autre part, l'ouverture d'une "dynamique de débat national portant sur les préoccupations quotidiennes des citoyens (...) avec l'éclairage des intellectuels, des universitaires et des experts engagés auprès de leur société", pour que "le lien politique et le lien social soient de nouveau tissés". Ouvrant son message sur la situation en Libye et sur l'évolution des changements politiques en Tunisie ou en Egypte, il estime que si la "crise" algérienne "s'inscrit naturellement dans le cadre des crises en cours" dans le monde arabe, il n'y a pas lieu, pour autant, de comparer des situations différentes. "Il n'est pas question de céder à une quelconque "contagion démocratique" dans l'explication et le traitement de chaque situation nationale", écrit-il.