Le paysage médiatique à l'ère numérique, dans le Sud du pays, a commencé à porter ses fruits, grâce à certaines initiatives pionnières ayant réussi à relever le challenge de réaliser un contenu de qualité destiné au grand public. Un véritable challenge relevé, en dépit des contraintes liées notamment à la faiblesse des ressources publicitaires, la concurrence des médias traditionnels, la désinformation et les "fake news" sur les réseaux sociaux, ainsi que les conditions de travail difficiles pour les journalistes de la presse en ligne. Des professionnels de la presse numérique approchés par l'APS ont indiqué que la presse électronique constitue "une évolution exceptionnelle" en matière de consolidation des médias de proximité appelés à fournir au public un produit médiatique ciblé et utile, contribuant au désenclavement de cette région qui souffre encore d'une faible couverture médiatique. Ils considèrent aussi la presse en ligne comme étant chargée d'assurer une information correcte provenant de sources crédibles, en évitant les polémiques et les questions épineuses qui provoquent des troubles, afin de préserver la sécurité et la paix sociale. Nos interlocuteurs estiment ainsi que le décret exécutif fixant les modalités d'exercice de l'activité d'information en ligne a tracé le cadre juridique du journalisme électronique, et il représente, selon eux, "une véritable avancée vers l'organisation de cette activité, permettant de répondre aux aspirations des journalistes en matière de consécration de la liberté d'expression, conformément à la loi en vigueur et l'éthique professionnelle. Evoquer le développement de la presse électronique au Sud amène à citer, entre autres expériences, celle de "Djanoubcom" à Ouargla, une initiative incubée entre 2017 et 2019 par la pépinière d'entreprises d'Ouargla pour aider les jeunes journalistes à produire des contenus multimédias innovants dans le respect des principes de rigueur professionnelle et de qualité rédactionnelle, grâce au coaching de journalistes expérimentés, a affirmé à l'APS Houria Alioua, directrice de cette micro-entreprise, spécialisée dans les médias, le web et l'audiovisuel. Lire aussi: Ouverture des candidatures pour la 7ème édition du Prix du président de la République du Journaliste Professionnel "Une nouvelle expérience a germé chez de jeunes journalistes arabophones issus de l'université Kasdi Merbah d'Ouargla (UKMO) et d'instituts de formation, qui aspirent à pratiquer un nouveau journalisme et qui ont sollicité notre aide et expérience pour développer un média innovant, entièrement digital et porté sur les nouveaux formats destinés aux réseaux sociaux, en présentant le territoire et ses acteurs sous un nouveau jour", a-t-elle affirmé. Djanoubcom est concocté par de jeunes journalistes en apprentissage du métier et des bonnes pratiques journalistiques à l'heure où les usagers de l'information sur le web et le Smartphone se réinventent chaque jour et sont de plus en plus jeunes, a ajouté Mme. Alioua. Elle précise que les productions faites par des jeunes et pour les jeunes "reflètent la réalité locale et l'information de proximité par excellence, dans une langue arabe, en Derdja, arabe dialectal, ou en dialecte amazighophone ouargli, accessible vu que nous sommes basés dans une région essentiellement arabophone mais aussi berbérophone". "L'objectif est de montrer des facettes méconnues de Ouargla et de sa population, de motiver le public à prendre l'initiative en montrant des actions constructives via des articles cross médias et des vidéos inspirantes d'acteurs du changement, surtout féminin", a-t-elle souligné. S'agissant du développement de l'internet en Algérie, Mme.Alioua a fait savoir que la numérisation a gagné la presse papier, donnant lieu à l'émergence de journaux en ligne d'aura nationale très appréciés par le public et qui ont ouvert la voie ces dernières années à l'apparition de nouveaux titres géographiquement basés en dehors de la capitale, même si la plupart d'entre eux revendiquent une couverture nationale. "C'est en cela que la presse numérique dans le Sud, à l'instar du Djanoubcom est de proximité et s'inscrit dans une dynamique positive et dans l'air du temps qui s'améliore de jour en jour, d'autant plus qu'il se situe dans une zone d'ombre, médiatiquement parlant", a-t-elle dit. Par ailleurs, les nouvelles dispositions règlementaires édictées par les pouvoirs publics, ont suscité beaucoup de critiques, car jugées coercitives, mais elles ont aussi eu le mérite de reconnaitre pleinement la presse en ligne et de susciter beaucoup d'espoirs ravivés par l'éventail de nouvelles possibilités offertes au journalisme dans les régions, a indiqué la même interlocutrice. Et d'ajouter que l'autre levier pour booster la presse en ligne est l'appui à l'émergence d'une presse électronique équitablement présente sur l'ensemble du territoire national ce qui aura un impact positif sur la visibilité médiatique des territoires et des terroirs. La radio en ligne une autre expérience prometteuse L'expérience de la Radio électronique El-Djadid à El-Oued figure aussi parmi les initiatives prometteuses dans le Sud du pays. Selon le directeur général du groupe El-Djadid, Ahmed Rezzag Labza, cette radio, lancée le 20 février 2020, fonctionne avec un staff jeune et a pour mission d'informer par la diffusion sur web et Facebook de programmes radiophoniques, notamment éducatifs, culturels et artistiques, se rapportant à la vie quotidienne locale et nationale. Elle est chargée d'assurer le service public de proximité, de promouvoir le patrimoine local social et culturel ainsi que de préserver l'identité nationale, indique M. Labza, en signalant que la presse en ligne a commencé à chercher sa place "méritée" face à la concurrence des réseaux sociaux. Concernant le décret fixant les modalités d'exercice de l'activité d'information en ligne, publié l'an dernier au journal officiel, M. Rezzag Labza a salué cette démarche, notant qu'il constitue un pas en avant qui s'ajoute à la loi organique 12-05 du 12 janvier 2012 relative à l'information. Il s'agit d'une véritable avancée, comparativement à la loi organique précitée, qui reconnaissait l'existence pour la presse électronique en Algérie, pour la première fois, a-t-il dit. Il a insisté, dans ce sillage, sur l'importance de faciliter les procédures aux porteurs de projets désireux d'investir dans l'audiovisuel, en garantissant les moyens nécessaires au profit de la presse en ligne, l'ouverture de l'espace publicitaire et la formation spécialisée notamment. Une série de conventions de partenariat ont été signées ces dernières années par le groupe El-Djadid avec des confrères tunisiens, à l'image de "Jawhara-FM", "Shems-FM" et "Tozeur-FM", dans le but de mettre en œuvre une collaboration dans différents domaines d'intérêt commun, poursuit-il. L'essor de la presse numérique dans les wilayas du pays sera réalisé notamment à travers l'ouverture de l'espace publicitaire digital au profit des annonceurs, la reconnaissance du statut de journaliste exerçant dans ce domaine et les protéger, et leur donner les facilités nécessaires pour accéder à l'information, selon nos interlocuteurs.