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Obama : après le rêve, la réalité
Publié dans El Watan le 14 - 12 - 2008

Tout le monde — pas uniquement aux Etats-Unis, mais dans tous les coins du globe — s'accorde à reconnaître que Barak Obama a non seulement réalisé « The American Dream », mais l'a surpassé. En effet, d'autres « Obama » avant lui aussi, d'origine africaine — Collin Powell, Condoleeza Rice, dans le domaine politique, Oprah Winfrey dans le monde de la télévision, Tigger Woods et Michael Jordan dans le monde des sports — ont réalisé ce rêve, mais aucun, avant Barak, n'a atteint le rêve extrême : la magistrature suprême du pays le plus puissant du monde (tout au moins jusqu'à l'été 2008).
Sur ce plan, Obama et son pays — son deuxième pays, puisqu'il est lui-même d'origine kenyane — vont servir de modèle à d'autres Obama et d'autres « Amériques » dans le monde. Cependant, Obama hérite de tout le passif de l'ère Bush, notamment de deux éléments très lourds de ce passif : le double déficit de confiance à l'intérieur des Etats-Unis et à l'extérieur. Ce sont là deux déficits qu'Obama aura pour charge de combler et deux « challenges » qu'il aura à relever. Sera-t-il en mesure d'opérer cette double restauration dans le cadre d'un mandat ou deux ? Il est trop tôt pour le dire. Ce que l'on peut faire aujourd'hui, c'est mesurer l'ampleur de ces deux déficits et défis.
Restaurer la confiance à l'intérieur
L'un des défis majeurs qu'Obama aura à affronter, c'est de combler le déficit de confiance des Américains vis-à-vis de leur gouvernants sur les deux plans économique et politique. Cela passe par l'adoption de stratégies offensives, voire agressives et douloureuses, dans les domaines de l'économie, du social, et de l'environnement. Sur le plan économique, Obama aura d'abord à trouver un remède efficace à la crise financière actuelle qui a déjà eu des effets désastreux non seulement sur le système financier mais aussi sur l'économie réelle. La crise a eu, en effet, pour résultat la faillite de plusieurs banques américaines et étrangères et de plusieurs entreprises de production de biens et services. Pour réduire les effets de cette crise, le gouvernement Bush a adopté le plan Paulson consistant à injecter 700 milliards de dollars dans la machine financière pour la remettre en marche. Ce plan applique, ce faisant, la théorie économique dite de « Supply-Side Economics », c'est-à-dire agir sur l'offre de monnaie (en recourant à la fameuse planche à billets) mais en oubliant complètement l'autre côté du marché : la demande. Il ne faut pas oublier, en effet, que la crise financière actuelle a son origine dans le secteur immobilier avec ce qu'on a appelé la crise des subprime et dans une utilisation abusive des crédits par les consommateurs américains (ce qu'on pourrait appeler la « planche à crédits »). Le plan Paulson ne vise donc à soigner que le côté de l'offre — et pas forcément d'une manière efficiente — laissant intouché le côté de la demande. Obama aura donc pour tâche de regarder des deux côtés du marché pour le remettre en équilibre. Aura-t-il le courage et les moyens de le faire ? Cela reste une question et cela en dépit des rumeurs selon lesquelles il envisage de prendre comme conseillers économiques les meilleures têtes pensantes américaines, y compris Paul Krugman, le prix Nobel d'économie 2008. Sur le plan social, les défis auxquels aura à faire face Obama sont aussi gigantesques. Près de 50 millions d'Américains n'ont pas de couverture sociale et médicale. Il faut rappeler que l'assurance sociale telle qu'elle existe dans des pays comme l'Algérie, la France et le Canada, n'existe pas aux Etats-Unis. C'est ainsi que si un Américain n'a pas un emploi à plein temps et n'occupe pas un poste d'un certain niveau dans une entreprise ou une administration, il n'est généralement pas assuré. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, c'est le travailleur qui contracte sa propre assurance et qui choisit la compagnie et le plan d'assurance qu'il peut se payer selon ses moyens. Cela signifie généralement que si l'on occupe un « part-time job » ou si l'on est au chômage, et qu'on est malade, on ne peut tout simplement pas se soigner. Bien sûr, il y a les « Welfare Programs » tels que Medical Care et Medical Aid, mais ils représentent une goûte par rapport au nombre de citoyens sans assurance médicale. Obama a promis de s'attaquer à ce problème, mais la question est de savoir d'où il va tirer les ressources pour offrir une assurance médicale minimale aux 50 millions d'Américains non assurés. L'autre problème social majeur qu'Obama aura à affronter — et qui a peut-être en partie une solution au problème précédent — c'est celui du chômage. Il y a, en effet, un « gap » entre les discours des politiques tels que Bush et McCain qui affirment que « the fundamentals of our economy are good » — et cela a été utilisé comme argument par Obama dans sa campagne — d'une part, et la « real economics » d'autre part, notamment celle du chômage sur le terrain. Le problème du chômage a commencé, bien sûr, avant la crise actuelle, mais cette dernière a exacerbé et continuera à détériorer les chiffres du chômage si bien sûr Obama ne fait rien pour changer ce « trend ». En effet, avec les faillites récentes des banques et surtout des entreprises et les suppressions d'emploi déjà faites et celles annoncées, il est permis de douter qu'à court terme le « trend » à l'augmentation du chômage sera renversé. Cela passe par une politique offensive d'investissement visant à la création d'entreprises et au redémarrage de celles existantes aussi bien aux Etats-Unis qu'à l'extérieur, ce qui pose la question du volume et de l'origine des fonds nécessaires à ces investissements. En se rappelant que l'investissement, surtout aux Etats-Unis, vient en majorité de l'épargne des personnes et que cette dernière a été gravement entamée avec la crise actuelle, il y a encore une fois un doute sur la possibilité de manœuvre d'Obama à court terme de trouver les ressources nécessaires à cette politique d'investissement. A cela, il faut ajouter l'autre question sociale qui est aussi sur l'agenda d'Obama : la question de l'éducation. Les crédits à l'éducation ayant été par définition fortement réduits par la crise actuelle, faire des études notamment supérieures aujourd'hui aux Etats-Unis est un challenge avec les « tuition fees » qui augmentent annuellement. Les étudiants sont souvent obligés de faire 2 ou 3 « jobs » pour pouvoir payer leurs études. Obama a promis de s'attaquer à ce problème qu'il considère comme vital, mais trouvera-t-il les moyens pour le faire ? Le troisième problème majeur— qui a des répercussions aussi bien sur l'économie que la société — est la question de l'environnement. Jusqu'à maintenant, les Etats-Unis, qui sont, notamment à travers leurs entreprises, le pays le plus pollueur, n'ont pas signé le Traité de Kyoto. Le résultat est qu'à l'intérieur et surtout à l'extérieur, les Etats-Unis sont décriés comme le pays le plus « nocif » pour l'environnement physique et pour la santé de la planète. Obama pourra-t-il sortir son pays du statut de « hors-la-loi » dans le domaine environnemental et le fera-t-il entrer dans le Traité de Kyoto, et surtout pourra-t-il faire qu'il respecte les règles de Kyoto sur le terrain, voilà un autre challenge qui ne sera pas facile à relever.
Restaurer la confiance à l'extérieur
L'autre grand défi auquel Obama aura à faire face est celui de restaurer le capital confiance — l'image de marque — de son pays à l'extérieur. Si les Etats-Unis sont toujours regardés comme le « Dream Country » par le reste du monde, pour preuve, les millions d'intellectuels et manuels qui font la queue devant les ambassades américaines et bien sûr aussi les « harraga » qui risquent leur vie pour se retrouver dans ce pays de toutes les chances, il faut reconnaître que depuis les récentes guerres — guerre du Golfe et surtout la guerre en Irak qui, en fin de compte, s'est avérée une guerre sans « motif » (le motif étant les armes de destruction massive) — le monde, et en particulier le monde arabe et musulman, ne voit plus les Etats-Unis du même œil. L'image que le monde aujourd'hui se fait des Etats-Unis est celle d'un pays « arrogant/agresseur/provocateur » et agissant unilatéralement (sans passer par les Nations unies), au point que certains ont parlé des Etats-Unis comme étant les « United States Nations », c'est-à-dire un substitut aux « United Nations ». L'autre reproche que le monde fait aux Etats-Unis est qu'ils ne sont pas suffisamment impliqués dans le développement économique des pays dits du « Tiers-Monde » et qui sont aujourd'hui le « Second Monde », le monde communiste ayant disparu en tant que tel. Il est reproché aux Etats-Unis, en particulier, de ne pas avoir eu de stratégie de relance des pays africains, qui restent, personne ne le conteste, le continent le plus pauvre de la planète et le plus instable sur le plan politique (voir les conflits régionaux et tribaux endémiques dans ce continent). Obama se trouve donc affronté ici aussi à deux défis : effacer la mauvaise image perçue de son pays comme un pays « guerrier » et d'en faire un partenaire privilégié du développement économique du second monde. Concernant le premier défi — effacer la mauvaise image de l'Amérique dans le monde —, Obama a promis de désengager son pays de l'embourbement irakien en retirant les troupes américaines dans un délai de 16 mois après son investiture. Le pourra-t-il ? Cela n'est pas une question de décision politique. ll faut faire un diagnostic des dégâts humains et économiques provoqués par la guerre en Irak pour voir, si compte tenu de ces dégâts, les Etats-Unis peuvent se retirer sans l'obligation de réparer et de reconstruire. Obama doit trouver les moyens de relancer le développement économique de l'Irak et de le ressouder politiquement, car l'un ne va pas sans l'autre. Le plus dur, en effet, pour Obama est de ressouder les Irakiens entre eux, notamment les chiites et les sunnites. Sinon, le retrait aurait pour effet de laisser un volcan capable d'entrer en irruption à n'importe quel moment. Comment Obama va-t-il faire face à ce double défi en Irak ? C'est encore une question ouverte. A cela, il faut ajouter les autres volcans tels que l'Afghanistan, le Pakistan, la Corée du Nord, Cuba, etc. Obama devra privilégier, comme il l'a promis, la parole à l'épée et ne recourir à cette dernière que dans le cadre des Nations unies.
Il restera à Obama de montrer — non seulement dans les discours mais aussi sur le terrain — que son pays est prêt à être le partenaire privilégié en matière de développement économique, un rôle que les Etats-Unis ont toujours voulu jouer et qu'ils ont, dans une certaine mesure, joué dans le passé. En particulier, Obama doit faire comprendre au « Second Monde », et en particulier aux leaders africains, que ce dont ils ont besoin ce n'est pas d'une « Aid » (de poisson) mais d'un « Partnership » (d'apprendre à pêcher). En d'autres termes, il doit convaincre les leaders du « Second Monde », notamment les Africains qu'ils doivent prendre la destinée de leurs pays et de ne pas toujours quémander une « aide » ( qui ne peut qu'atténuer les choses à court terme), et que les Etats-Unis sont là pour partager leur expérience avec eux. Obama ne devrait, en théorie, pas avoir de problème à le faire étant lui-même originaire du continent le plus pauvre et qu'il est lui-même le modèle d'un « self-made man ». Le hic — et c'est un hic de taille — c'est qu'il est président des Etats-Unis et que s'il adoptait un partenariat privilégié en faveur de l'Afrique, il risque d'être vu comme menant une politique de favoritisme en faveur du continent d'où il vient. Il faudra donc à Barak Obama convaincre aussi les Américains que c'est dans leur intérêt et celui de la planète que le « Second Monde » et surtout l'Afrique se « relèvent ». Le pourra-t-il ? C'est encore une question qui reste posée en sachant que son africanité est à la fois une « opportunity » et une « threat » pour utiliser le language marketing. En résumé, on peut dire qu'Obama a réalisé un rêve, mais il reste à réaliser un autre : la réalité. Il est conscient lui-même de l'ampleur des difficultés et des défis lorsqu'il dit, dans son discours d'acceptation de Chicago : « The Road Ahead of Us will be long. We will not be able ta deliver in one term and even in two terms. But 1 will be honest with you and will Iisten even ta those who do not agree with my ideas. » Cet avertissement atténuera-t-il les attentes des Américains et du reste du monde ? Seul l'avenir nous le dira.


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