Le décret présidentiel du 20 juin dernier interdisant la cession des villas, bungalows, terrains et commerces de l'EGT Sahel, communément désignée sous l'appellation de résidence du Club des Pins et qui englobe aussi la zone annexe de Moretti, dans la banlieue ouest d'Alger, a suscité un vent de panique au sein des personnalités du sérail qui ont jeté leur dévolu sur ce patrimoine de l'Etat, en prenant possession de tout ce qui avait un attrait immobilier ou commercial. Des propriétés qui n'ont pas de prix sur le marché de l'immobilier eu égard au statut particulier de ce site décrété résidence d'Etat ont été cédées au dinar symbolique, au prix de l'OPGI sans que cela ne choque les ordonnateurs de cette opération éhontée de bradage de ce patrimoine national. Lequel était pourtant naturellement destiné à être classé pour son historicité en ce qu'il témoigne du riche passé diplomatique de l'Algérie à son âge d'or lorsque notre pays était considéré comme la Mecque des révolutionnaires et un carrefour des grandes conférences et rencontres internationales qu'avait abritées le mythique Palais des nations où la voix du tiers-monde et des peuples en lutte pour leur dignité et liberté résonnait avec force. Cet héritage mythique a vécu avec la disparition de feu le président Boumediène livrant les lieux, sous les régimes qui lui ont succédé, à la rapine et à l'accaparement par les privilégiés du système. La promotion du site au statut de résidence d'Etat où ont élu domicile durant la décennie noire et jusqu'à aujourd'hui les hauts dignitaires de l'Etat, les ministres et les hauts cadres de l'Etat et autre clientèle du régime, chefs de parti, hommes d'affaires, a nourri bien des fantasmes dans l'esprit de la nomenklatura du système qui se sont fait à l'idée que résider ou détenir un bien dans ce cette principauté très prisée est devenu un signe d'appartenance au système et un attribut de pouvoir. Des sommes colossales financées sur le budget du contribuable ont été englouties dans ce site d'hébergement et de villégiature des pontes du régime et leurs proches, déclaré zone interdite d'accès pour les citoyens, y compris pour s'offrir une furtive baignade en été. L'entretien des villas et du cadre bâti, l'ameublement renouvelé au goût et à la demande du «locataire» sans raisons valables pour les biens qui n'ont pas fait l'objet de cession et qui sont occupés par des personnalités influentes ou des résidents officiant dans des secteurs stratégiques ayant le bras long et auxquels l'inamovible PDG de l'EGT Sahel, Melzi, veille personnellement à leur confort et à celui de leurs familles. C'est dire le profond soulagement ressenti par les Algériens par la décision du président de la République de rendre ce lieu à son propriétaire légal : l'Etat. Si la mesure est appliquée, le président Bouteflika, qui cherche des coups d'éclat pour soigner son image à défaut d'un bilan de gestion de ses mandats successifs vivement contestés, aura incontestablement frappé fort les esprits des Algériens à la faveur de cette opération de récupération des biens de la collectivité. Rien ne doit s'opposer ni contrarier cette décision qui, au-delà de son sous-bassement politique indéniable, s'inscrit parfaitement dans la légalité. Le juridisme de mauvais aloi derrière lequel s'empressent de s'abriter tous ceux qui sont propriétaires et qui pourraient faire les frais de cette mesure de justice sociale en mettant en avant la non-rétroactivité et l'inviolabilité des lois et règlements est inapproprié et sans fondement légal. En vertu de la Constitution, le peuple est la seule source du pouvoir. Et ce n'est pas parce que des décisions iniques ont été prises en son nom par un pouvoir autocratique qu'il faille accepter le fait accompli en question. Dans quel pays qui se respecte a-t-on déjà vu une voie de fait commise lors des gouvernances précédentes non sujettes à un réexamen si le préjudice causé à la collectivité est dûment prouvé ? Bien évidemment, les formes légales de la restitution doivent être scrupuleusement respectées pour éviter l'arbitraire.