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Arthur Rimbaud, ombres et lumières
Publié dans El Watan le 08 - 12 - 2005

Tous ses biographes, à commencer par son compagnon d'infortune poétique, Paul Verlaine (1844-1896), en passant par Henry Miller (1891-1980) et jusqu'au dernier en date, Alain Borer, s'accordent à dire, à quelques différences près, la même chose sur son compte : sa poésie ne se livre à nous dans toute sa plénitude sans avoir fait, au préalable, un jumelage heureux entre elle et les différentes étapes de sa vie. Peut-on, à titre d'exemple, apprécier, à sa juste valeur, son fameux poème «le bateau ivre», sans entreprendre un voyage imaginaire à ses côtés et à pied de sa ville natale, Charleville, à destination de Paris au moment où la guerre faisait rage entre la France et la Prusse ?
Côté sombre de Rimbaud : il s'interdit de parler de son père ! Ce faisant, il donne l'impression d'avoir honte de son propre géniteur. Il ne prend pas tout à fait le parti inverse d'Al Moutanabbi, (915-965) autre négateur du sentiment paternel, toutefois, il évite d'évoquer ce côté de sa vie ou ce qu'il appelle «mauvais sang», dont il est question dans son poème fulgurant Une saison en enfer. «Souvent, les veines jouent de mauvais tours, en ce sens qu'elles sont à l'origine des pires méfaits», dit un dicton populaire de notre ère culturelle. Rimbaud, lui, ne veut pas voir ses veines, car il ne veut pas aller au bout de ses peines. Et c'est là, justement, où l'ordre poétique nous autorise à voir en lui ce que ses biographes ont passé sous silence pour une raison ou pour une autre. L'Algérie a été dès le départ présente dans le monde poétique et familial de ce poète «aux semelles du vent». Déjà, à l'école il fit montre de son trait de génie précoce en composant en latin un long poème sur Jugurtha. Même si cette composition se termine sur une note politique qui n'est pas en l'honneur de ce guerrier qui a combattu les armées romaines durant 15 ans, elle constitue le prélude à sa grandeur poétique ultérieure. Le sang a toujours rattrapé Rimbaud, entendez la souche, celle qui campe derrière son moi physique et poétique à la fois. Déjà, avant d'abandonner sa femme et ses enfants, son père était un guerrier chevronné dans l'armée d'occupation, de ce qu'on avait appelé alors campagnes de pacification de l'Algérie. Rimbaud avait dans ses veines quelque chose, sinon beaucoup de choses, de ce père habitué à voir du sang, à le faire couler. La dose, est-elle forcée ? Peut-être ! Mettons la chose sur le compte de la lecture poétique qui nous y autorise. Ce même sang, qui ne pouvait être que mauvais sur le plan de l'examen sérologique, était encore derrière lui, en lui, et peut-être même dans ses rêves. L'un de ses deux oncles maternels n'a-t-il pas guerroyé en Algérie à la même période ? Les biographes de Rimbaud rapportent à propos de cet oncle, un détenu de droit commun, que celui-ci s'était engagé dans l'armée coloniale pour échapper à une condamnation à mort. El la liste pourrait se révéler longue si l'on s'amusait à fouiner dans l'histoire de la famille Rimbaud. Ce «mauvais sang» a dû, inévitablement, se réveiller dans les veines de Rimbaud, à lui donner des escouades de temps à autre. Avant lui, Al Moutanabbi avait déjà pris le parti inverse des choses, et d'une manière encore plus violente. Lui, qui avait tant chanté la grandeur d'âme ne fit aucune allusion à son père dans toute sa poésie.
C'est comme s'il avait honte d'évoquer le nom de son géniteur. Celui-ci, dit-on dans l'histoire de la littérature arabe, était colporteur d'eau dans les environs de Bassora, au sud de l'Irak. Dans son monde filial, c'est sa mère qui a retenu son attention en tant que poète, puisqu'il lui a rendu hommage après sa disparition. Al Moutanabbi a tant parlé de la mort au point de s'identifier avec elle en quelque sorte. Rimbaud, lui, a évité à chaque fois d'en parler. Mais, pour quelle raison ? Est-ce pour avoir vu le sang éclabousser les ruelles de Paris lors des émeutes de la Commune en 1871 ? Ou pour avoir vu des corps de militaires, çà et là, à la suite de la défaite de la France devant les Prussiens dans la bataille de Sedan ? Dans ses déambulations à travers l'Europe, Arthur Rimbaud se retrouva un jour comme mineur à Chypre. Ses biographes n'avancent rien sur ce séjour quelque peu flou. Pourtant, il a causé la mort d'un mineur chypriote, ce qui lui fit prendre la fuite sans être inquiété par la suite. On le vit quelque temps après à Aden, puis dans les steppes désertiques du Harrar, en Abyssinie. Le «mauvais sang» n'avait de cesse de le poursuivre là où il allait. Rimbaud, avait-il quelque chose à voir avec le monde du crime ? Depuis sa mort à Marseille en 1891, il a bénéficié d'une bonne presse parmi les poètes, les lecteurs et les spécialistes de la littérature française à travers le monde. A-t-on donc le droit d'émettre quelque doute à son endroit ? C'est, dit-on, la faute à la littérature, c'est-à-dire le monde imaginaire, et à la réalité en même temps. On ne peut rendre quelqu'un responsable d'un crime commis par son propre géniteur, ou par un membre de sa famille. Dans ce même esprit, n'a-t-on pas écrit qu'Isabelle Iberhardt, (1877-1904), l'aventurière de la littérature, serait la fille illégitime d'Arthur Rimbaud ? Un grand poète français contemporain n'a-t-il pas cru reconnaître la silhouette de Rimbaud dans un tableau, non signé, où celui-ci aurait figuré aux côtés de son ami Paul Verlaine, dans une ruelle parisienne ? N'a-t-on pas dit encore que notre poète se serait converti à l'Islam quelque part à Aden, au sud du Yémen ? L'écrivain Philippe Sollers ne voit-il pas, à sa manière, que Le Mariage de Figaro de Mozart est truffé d'allusions érotiques ? Faut-il donc maudire la littérature pour s'être toujours montrée si bienveillante pour toutes les lectures possibles et imaginables ? Dans ce cas de figure, Arthur Rimbaud a, lui, une relation spécifique avec l'Algérie, directement ou indirectement. Et l'Algérie finira toujours par le rattraper.


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