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L'Algérie ne veut plus jouer le gendarme de l'Europe
Publié dans El Watan le 02 - 06 - 2009

Ce sera, d'après lui, la seule plateforme de discussions entre le continent africain et les partenaires européens et internationaux. L'Algérie n'entend donc plus jouer le gendarme de l'Europe qui plus est sans contrepartie. «Désormais, notre priorité est que la question du développement soit au centre du règlement et de la solution des problèmes migratoires.» C'est le message que M. Messahel a voulu transmettre au patron de l'OIM venu s'informer de la position des pays de cette région, comme il le fait avec d'autres parties du monde. Ainsi, après avoir privilégié l'approche strictement sécuritaire telle que dictée par l'Union européenne à travers notamment les centres d'accueil et les lois répressives contre les candidats à l'immigration clandestine, l'Algérie et les pays du Maghreb surtout renvoient la balle aux Occidentaux pour apporter leur contribution. Abdelkader Messahel est en tout cas convaincu que «le développement des pays pourvoyeurs de l'immigration est la clé de voûte du règlement de la question de la migration». D'où ce dialogue multilatéral engagé «avec nos partenaires du Nord autour de l'importance du développement dans la solution de la problématique de la migration». Si les pays occidentaux, européens surtout, voudraient continuer à dresser en Méditerranée les pays du Sud comme bouclier pour refouler les candidats à l'immigration, ces derniers veulent désormais qu'il y ait un partage des rôles. «Il s'agit pour nous de faire le lien entre la migration et le développement», explique M. Messahel, invitant ainsi les pays du Nord à mettre la main à la poche pour aider les pays du Sud à subvenir à leurs milliers de desperados qui bravent la mer à la recherche de l'eldorado.
Harraga ? «Non, c'est marginal»…
C'est ce que le ministre des Affaires maghrébines et africaines appelle s'attaquer aux «racines du phénomène». Quid des harraga algériens ? Abdelkader Messahel a réduit la question à sa plus simple expression, invitant même les journalistes à ne pas céder à la «manipulation».
«C'est un épiphénomène, les harraga algériens ne sont pas nombreux (…), à peine 48 personnes sont signalées en Italie… Faites des investigations et vous trouverez que les chiffres sont exagérés.»
Visiblement courroucé par l'insistance des journalistes, le ministre lance : «Je me demande pourquoi les médias focalisent sur ce phénomène, alors que le problème de la migration de manière globale est beaucoup plus important. Les harraga sont devenus la seule préoccupation de l'Europe.» M. Messahel n'a pas pour autant expliqué pourquoi l'Algérie a été amenée à pondre une loi criminalisant l'acte de harrag, puisque le phénomène est à ce point marginal, surtout qu'il a justifié cet exode par «des politiques de restriction et d'interdiction d'entrées» !
Pis, le ministre a reconnu que notre pays est passé du statut de pays de transit à celui de «producteur» puis d'«exportateur» d'immigrés légaux ou clandestins. Et c'est dans cette veine que M. Messahel a plaidé la défense des droits des immigrés et déploré le fait que seulement une quarantaine de pays sur 125 membres de l'OIM ont ratifié la convention internationale sur la gestion des travailleurs migrants et de leurs familles adoptée en 1992.
Les pays occidentaux restent, en effet, réfractaires à ses dispositions pendant qu'ils réclament aux pays du Sud de faire le sale boulot. Le DG de l'OIM, William Swing, qui ne semble pas en mesure d'imposer quoi que ce soit aux puissants de ce monde, a promis, sans trop de conviction, de «veiller au respect de la réglementation en matière de protection des droits des migrants, là où ils sont». Il faut croire que l'Algérie, qui reçoit des milliers de travailleurs chinois, de clandestins africains en partance vers l'Europe et qui «produit» ses propres «harraga», est devenue un pays intéressant à surveiller. L'OIM est, en tout cas, décidée à planter son étendard prochainement à la faveur de l'ouverture de son bureau à Alger.


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