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Une histoire de vision
Publié dans El Watan le 02 - 10 - 2010

L´annonce par la ministre de la Culture d´un projet de création de studios de cinéma est à saluer avec enthousiasme. Elle augure de la volonté de rattraper le temps perdu et de mettre fin à l´absurdité qui a consisté à vouloir créer un cinéma national sans jeter les fondations matérielles de son essor. Faut-il répéter que si le cinéma est un art, c´est aussi une industrie ?
Jusqu´à présent, nous ne disposons d'aucune industrie, d'aucune base technique digne de ce nom. Cela tient à plusieurs facteurs dont l´absence de volonté jusque-là de promouvoir une industrie cinématographique, indépendante de la gestion par à-coups, c´est-à-dire des commandes occasionnelles de l´Etat.
La plupart des productions algériennes relèvent de cette catégorie. Cette situation est aussi induite par l´étroitesse du marché et l´absence d´ambition pour développer celui-ci. C´est ainsi que l´Algérie s´est trouvée, en dépit de son potentiel, bien loin de la Tunisie qui disposait des studios de Gamarth, puis du Maroc qui a rattrapé son retard en très peu de temps en matière de studios et de production. Négligeant ses atouts, l´Algérie a tourné le dos à la mise en valeur de ses capacités, tant au profit de ses propres cinéastes que des réalisateurs étrangers souhaitant tourner sous nos cieux et exploiter notamment des décors naturels divers. De ce fait, nous avons perdu l´occasion de créer des emplois, d´améliorer la formation de nos techniciens et d´offrir à nos cinéastes les conditions qu´ils envient à leurs confrères.
Il y a eu certes des conditions objectives (désengagement de l´Etat, terrorisme, faibles revenus publics) qui ont empêché ces vingt dernières années l´éclosion d´un tel projet. Il faut toutefois rappeler qu´au cours de la décennie soixante-dix, période faste du cinéma algérien, aucun projet de studios n´a vu le jour. Cela tenait essentiellement à l´absence de politique volontariste et à l´étroitesse de vue. A ce propos, je me souviens d´une conversation avec le défunt Abderrahmane Laghouati, directeur général de l´Oncic, au cours de laquelle il m´apprit (1) que Belaïd Abdesslam, ministre de l´Industrie, lui avait proposé de créer des studios de cinéma.
Laghouati, craignant de subir les foudres du ministre de la Culture et de l'Information dont il dépendait, ne donna pas suite à la proposition. Il est vrai que la création d´une telle infrastructure relevait du ministère de tutelle. Mais existait-il un tel projet dans les cartons d´un ministère dont la priorité absolue était le développement et le contrôle de l´unique chaîne de TV ? En 1975, Houari Boumediène ordonna à l´Oncic de livrer gratuitement ses films aux pays africains qui souhaitaient les diffuser. Je proposais alors d´acheter des salles en Afrique et particulièrement en Egypte, d´accroître les coproductions et de ne pas rapatrier les revenus pour les réinvestir sur place afin d´acheter des salles, sachant que leurs prix, en Afrique subsaharienne notamment, étaient dérisoires. Cette idée supposait la création d´un réseau de distribution indépendant des circuits détenus par les firmes françaises et américaines par lesquelles il fallait absolument passer pour diffuser le moindre film.
A l´époque, même un pays «frère et ami» comme l´Union soviétique refusait d´acheter les films algériens. Le prétexte était qu´ils n´étaient pas doublés ou sous-titrés alors que nous achetions les navets de ces pays comme ceux d´autres régions, en raison du boycott imposé par les sept sœurs, les grandes sociétés de distribution américaines, appliquées à faire payer à l´Algérie la nationalisation de la distribution cinématographique en 1967. Mais la véritable raison du refus des Soviétiques d´acquérir nos films se situait ailleurs. Selon leur lecture de la théorie marxiste, les films algériens faisaient l´apologie du terrorisme, comme me le déclara le représentant à Alger de Sovexportfilm ! C´est pourquoi, ils refusaient de projeter La Bataille d´Alger sur leurs écrans.
Après lui avoir fait longuement la leçon sur la révolution algérienne, je lui annonçais qu´il ne mettrait plus les pieds dans l´immeuble de l´Oncic tant que son pays n´achèterait pas de films algériens. Joignant le geste à la parole, je lui glissais sous les yeux la liste de nos productions à vendre. Cet incident me valut une démente campagne de dénigrement de la part de certains cinéastes et d´autres, moins cinéastes, convaincus que je portais «atteinte à l´amitié algéro-soviétique» et oubliant que je ne faisais que défendre les intérêts de l´Algérie et donc les leurs.
Pour en revenir à l´idée de créer notre propre réseau de distribution, je reconnais qu´elle était en avance par rapport à nos capacités, limitées par une gestion bureaucratique. A l´époque, la Banque centrale exigeait, comme elle le fait toujours, le rapatriement des bénéfices de toute vente dans les quatre-vingt-dix jours (2). De leur côté, les dirigeants se gargarisaient de mots sur le rayonnement de l´Algérie sans jamais mettre en place le moindre outil permettant de le concrétiser. Nos propres chaînes de radio n´étaient pas audibles sur l'ensemble du territoire national, sans parler de leur diffusion à l´étranger ! Nos ambassades étaient tout aussi démunies qu´elles le sont aujourd´hui en films, livres et même cartes postales.
Comment alors imaginer que la voix de l´Algérie puisse atteindre les coins les plus reculés de la planète ? La politique suivie exigeait de squatter tous les strapontins, de présider tous les machins, commissions et autres comités, sans que jamais il ne fut question d´examiner sa portée, ses résultats et les bénéfices politiques, culturels ou économiques que le pays pouvait en tirer. C´est ainsi que l´Algérie, hérault du tiers-monde, se retrouva isolée lorsque survint le conflit du Sahara occidental. L´absence de vision à long terme faisait que les plus belles actions n´avaient aucune chance de se transformer en initiatives stratégiques, en raison de la mainmise de l´Etat des bureaucrates sur l´ensemble des secteurs.
Pour ne parler que du sujet qui nous préoccupe, l´Etat aurait pu s´associer, dans le cadre de sociétés mixtes, avec des entrepreneurs nationaux pour créer des réseaux de distribution en Afrique ou en Europe et encourager la production nationale par divers mécanismes. Il ne l´a jamais fait, par manque de confiance en ses propres nationaux. Le souci de tout régenter a handicapé durablement tout le secteur. Et lorsqu´il s´est agi de libéraliser, on a tout bradé, tout lâché, passant d´un extrême à l´autre, comme si c´était l´unique politique à suivre.
Mais revenons à cette idée de création de studios. En dehors de l´épineuse question de leur localisation, de celle de leur dimensionnement, la grande interrogation est évidemment celle de l´investissement. Sera-t-il totalement public ou le produit d´un partenariat public-privé national ou encore une association tripartite réunissant des capitaux nationaux publics et privés et des partenaires étrangers ? Et dans tous les cas de figure, comment seront-ils gérés ? Il faudra bien répondre à ces questions pour imaginer l´éventualité d´un tour de table bien que l´investissement, assez lourd, ne risque pas de générer des retours de fonds rapides.
Il y a quelques mois, un quotidien rapportait qu´un investisseur comptait fonder des studios, mais depuis, c´est le silence radio. Il serait intéressant de creuser dans cette voie. Pourquoi ne pas imaginer non pas un seul, mais plusieurs studios dans différentes régions du pays pour encourager l´émulation, la concurrence. Nous y parviendrons j´en suis sûr, dans quelques années. L´audiovisuel algérien, appelé forcément à briser les chaînes qui le briment, a besoin d´infrastructures et d´une logistique à la hauteur de ses ambitions. Mon plus cher désir c´est qu´il arrive dans quelque temps à concrétiser une partie de cette attente.
*Journaliste et écrivain
(1) Chassé, en compagnie de Ahmed Bessol, Abdelkader Djemaï et le défunt Abdelmalek Ouasti du quotidien La République, à la suite du départ forcé de notre directeur, le regretté Bachir Rezzoug, j´occupais à cette période, grâce à l´entregent de Ahmed Bedjaoui, le poste de chef de département des relations publiques de l´Office. Le ministre, Taleb Ahmed, exigea de Laghouati qu´il mette fin à mes fonctions.
(2) Nous n´avons pas progressé depuis. La même exigence est formulée à l´égard des éditeurs qui ne peuvent, ainsi, diffuser leurs livres sur les réseaux internationaux. Résultat : les livres produits en Algérie sortent par la valise ou sont vendus dans des librairies spécialisées. Les montants en jeu sont minimes certes, mais l´Algérie perd encore une fois l´occasion de valoriser sa production intellectuelle comme aucun autre pays ne saurait le faire.


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