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Le business juteux des chambres froides
Publié dans El Watan le 22 - 08 - 2009

Ils utilisent des climatiseurs ou du gaz nocif pour la santé, exercent sans registre de commerce et louent leur matériel en toute illégalité. Les spéculateurs des chambres froides ont des ressources. Il faut dire que l'Etat ne les inquiète pas beaucoup. Enquête brûlante dans les frigos qui dictent l'offre et la demande.
« Vous cherchez du citron ? N'y comptez pas… Ils sont importés du Maroc et d'Espagne et dorment dans les chambres froides. Si vous arrivez à en trouver avant le Ramadhan, vous les paierez plus de 250 DA le kilo. » La semaine dernière, trouver des citrons à Alger était mission quasi impossible. « Ce sont les chambres froides qui sont à l'origine de la spéculation sur la pomme de terre, les oignons ou le citron ! », s'énerve un agriculteur de Khemis El Khechna. Au marché de gros de Rovigo, près de Blida comme au marché de Clausel, en centre-ville d'Alger, les commerçants ne mâchent pas leurs mots. Chambres froides ? « Mafia ! », répondent-ils spontanément. Curieusement, en juin dernier, Rachid Benaïssa, ministre de l'Agriculture et du Développement rural, a incité, lors de sa visite de travail dans les wilayas de Tlemcen et Sidi Bel Abbès, les investisseurs privés à s'intéresser aux chambres froides dans le cadre de la création des microentreprises soutenues par l'Ansej. Le gouvernement souhaitait alors renforcer le dispositif de régulation des produits de large consommation pour protéger le marché intérieur contre la rareté et la spéculation, notamment à l'approche du mois du Ramadhan. Problème : bon nombre de chambres de stockage privées échappent à tout contrôle.
Pour enquêter, nous nous sommes rendus à Baraki, à quelque 50 kilomètres d'Alger. Depuis quelques années, la ville se développe sous la pression démographique en villas à étages et en locaux commerciaux appelés « hangars », très prisés par les « réseaux » des chambres froides articulés par des agriculteurs ou des importateurs stockant fruits, légumes ou viande en toute illégalité. « Pour tous ces mafieux, nous sommes situés idéalement, expliquent les agriculteurs de la région. Baraki se trouve à 10 kilomètres environ du marché de gros de Bougara. Ensuite, nous sommes en pleine région agricole, depuis Khemis El Khechna jusqu'à Boufarik. A elle seule, cette région couvre tous les besoins de l'Algérois. Et enfin, le contrôle de la région reste difficile compte tenu de la menace terroriste encore réelle. » Fayçal, la trentaine, y est justement propriétaire d'une chambre froide. Sa spécialité : le citron d'importation. Sa chambre n'est pas déclarée et il exerce sans aucun registre de commerce. « Je suis moi-même importateur, confie-t-il sans embarras. J'achète l'équivalent de 1 euro des champs d'Espagne, je le stocke ici, et je le revends au moment opportun… » Moment opportun. Derrière l'expression, qui revient souvent, comprendre « spéculation ».
Rachid, un jeune entrepreneur, a lui aussi ouvert une chambre froide il y a plus de deux ans. Etendue sur 200 mètres carrés, elle comprend quatre frigos de fabrication italienne, loués à un importateur peu regardant. Le prix de la location est de 200 000 DA par mois. Un tarif bien moins cher que ceux pratiqués pour la viande, qui exige une technique de réfrigération différente et beaucoup plus de puissance. « Business oblige, il m'arrive même d'acheter des produits agricoles comme la pomme de terre pour ensuite la revendre en cas de pénurie », confie-t-il, sourire discret au coin des lèvres. Et de nous expliquer qu'il y stocke « aussi des oignons car d'après les rumeurs, il y a aura une pénurie pendant le Ramadhan… » La multiplication des chambres froides réglementaires ou « illicites » a coïncidé avec la pénurie de la pomme de terre et de la viande rouge de 2004. Le ministre de l'Agriculture, Rachid Benaïssa, avait bien promis, depuis Tipasa, la réouverture des chambres froides étatiques afin de stocker le surplus de la production nationale et inciter les investisseurs à s'intéresser au créneau dans le but de mettre fin à la spéculation. « Mais personne n'a attendu l'appel du ministre puisque les affairistes ont déjà investi ce secteur juteux ! », ironise un agriculteur. Autre technique, plus douteuse encore : la réfrigération par climatiseur. Changement de destination. A Larbâa, dans la wilaya de Blida, aami Ali, très modeste producteur d'oignons, évoque les chambres froides « spéciales » dont il est aussi propriétaire. Leur « spécialité » tient dans le procédé utilisé : la gazéification. Après de rudes négociations, il accepte de nous faire visiter les lieux. Son hangar est équipé d'un tapis roulant sur lequel sont versées d'importantes quantités d'oignons. La tête, d'où surgissent les racines, est coupée à l'aide d'un couteau puis arrosée de gaz « comme celui utilisé dans les frigo ménagers », précise-t-il. Autrement dit : du CFC ou chloro-fluoro-carbone, un gaz à effet de serre, dangereux et nocif pour la santé. Objectif : frigorifier l'aliment sans l'installation d'équipements coûteux.
A Médéa, certains locaux sont ainsi équipés de climatiseurs allumés 24/24, les mêmes que les climatiseurs d'usage domestique. Le prix de la location est de 150 000 DA. « Ces gens-là ne se soucient de rien ! La santé des consommateurs ne leur importe pas, s'énerve un médecin de la région. Cette pratique s'est généralisée cette année, et la prolifération de ces chambres m'inquiète. De grands barons des fruits et légumes seraient derrière, mais ce n'est tout de même pas à nous d'alerter les pouvoirs publics ! C'est aux différents services de l'Etat de surveiller ces pratiques ! » Nous avons tenté sans succès de rencontrer l'un de ces barons, qui par message interposé a expliqué ne pas vouloir parler « aux intrus ». Avec la complicité d'un gardien de ces chambres « climatisées », nous réussissons enfin à en visiter une. Nous y découvrons des tonnes de produits alimentaires stockés aux côtés de pommes de terre, tomates et piments. Cerise sur le gâteau : l'électricité est prélevée illicitement d'un poteau électrique à proximité du hangar…
-Et en cas de coupure ?
Kamal Araba, directeur de la Caisse nationale de Mutualité agricole, a convenu avec la société de gestion des participations SGP-Proda d'équiper les chambres froides publiques de groupes électrogènes à condition que cette société stocke les produits agricoles stratégiques. 80% de ces chambres ne sont pas équipées de groupes électrogènes…
En recensement
L'Algérie compte 21 unités de stockage publiques dont 12 opérationnelles, les autres étant en cours de réalisation. Elles sont chapeautées par la société publique SGP Proda. Le projet s'inscrit dans le cadre de Syrpalac, système de régulation des produits agricoles de large consommation. Ces unités se trouvent notamment à Mostaganem, Mascara, Alger, Tipasa. Hormis la SGP qui est une société publique, il existe d'autres unités privées. Leur recensement est en cours.
Consignes d'hygiène
Le ministère du Commerce, dans un communiqué à l'intention des importateurs de fruits et légumes, tient à leur faire savoir qu'ils sont tenus d'écouler leurs marchandises au niveau des marchés de gros, une manière au ministère de mettre un terme à la spéculation. Dans un autre avis aux bouchers et aux consommateurs, le ministère leur rappelle que les viandes hachées doivent être préparées sur-le-champ, à la demande et à la vue du client, ainsi le découpage à l'avance, en menus morceaux, de pièces de viande destinées à être hachées, est strictement interdit.
Pas de pénurie sur la viande blanche
Le marché de la viande blanche devrait être approvisionné de manière régulière durant le Ramadhan, a promis le ministère de l'Agriculture. Une convention a été signée, il y a quelques mois, entre le ministère et les abattoirs privés et publics, dans laquelle ces derniers s'engagent à stocker la surproduction dans des chambres froides qu'ils ont à leur niveau.


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