Interpréter une touchia zidane sans instruments à cordes est un défi. Mieux : une prouesse. Le groupe français Fanfaraï, mené par le franco-algérien, Samir Inal, à la derbouka, a osé jouer ce morceau du patrimoine arabo-andalous rien qu'avec la percussion et des cuivres. Dimanche soir, au théâtre de verdure Said Mekbel à Riadh El Feth à Alger, à l'ouverture du cinquième Festival international du Diwane, Fanfarai, qui visite l'Algérie pour la première fois, a montré ce qu'il pouvait faire sur scène. Avec Mehdi Chaïd Benhadou, au saxophone soprano, Yvan Djaouti, à la trompette, Gaël Fajeau au soubassophone, Dominique Fiant, aux congas, Antoine Giraud au trombone, Hervé Lebouché à la batterie (il a joué avec Cheikha Rimitti et Gâada Diwane Béchar), Patrick Touvet à la trompette et à l'arrangement, Olivier Combrouze au saxophone ténor et Abdelkader Tab au chant et aux percussions, Fanfaraï a présenté une palette colorée des styles musicaux algériens et maghrébins. Cela va du châabi au rai et la musique berbère et diwane. On y retrouve aussi des sonorités parfumées de Jazz, de salsa, de rumba… « Zerga ou mesrara », « Wida nzor nebra », « El Hmama », « Achdah a taous » sont parmi les chansons interprétées, toutes extraites du dernier album du groupe, « Raï cuivré », qui sort ces jours-ci chez Belda Diffusion à Alger. « L'album est sorti en Europe et au Japon. Il fallait qu'il soit disponible aussi en Algérie à l'occasion du premier passage. Fanfaraï prépare un autre album », a précisé Ourida Yaker de Tour'n'sol Prod, productrice du groupe. « Pour notre album, nous avons repris des standards de la chansons algériennes pour la représenter autrement et la mieux faire découvrir. En fanfare, cela ne s'est jamais fait. Les gens ont une autre écoute. Pour notre prochain album, il y aura nos propres compositions », a indiqué, pour sa part, Samir Inal. Aux cuivres, Fanfaraï ajoute parfois le gumbri et le violon. Selon Ourida Yaker, les titres repris du répertoire musical algérien représentent un travail important de réécriture. « Cela ouvre au public maghrébin une nouvelle écoute de ce qu'ils connaissent. Cela permet aussi à des publics autre que Maghrébins, notamment en France, de pénétrer par le jazz et la salsa dans notre musique », a-t-elle souligné. Patrick Touvet a relevé, pour sa part, que Fanfaraï est une fanfare qui joue autant sur scène que dans la rue. « Nous avons orienté le répertoire de sorte à ce que cela ne sonne trop fanfare mais plus orchestre d'où la présence d'un chanteur, d'une batterie, d'un gumbri… », a-t-il dit. Samira Brahmia, une « gnawia camouflée », pour reprendre l'expression de Ourida Yaker, a accompagné Fanfarai pour trois chansons Gnawi, une reprise d'un titre de Youcef Boukela, « Chilet laâyani » de Abdelhamid Garami et « Zina » de Raina Rai. Samira Brahmia a rencontré la bande joyeuse de Samir Inal à Paris dans un endroit appelé L'usine où tous les artistes maghrébins s'y retrouvaient. L'endroit a malheureusement disparu il y a six ans. C'était à l'Usine que Samira Brahmia a connue Cheikh Sidi Bémol, ONB, Gâada Diwane Béchar, Ziara… « Fanfaraï, qui n'ont pas de voix féminine, m'ont invité à interpréter une chanson dans leur album. Après, nous avons fait plusieurs dates ensemble. Le 21 juillet, on sera en concert à l'Hôtel de Ville à Paris pour la soirée du Ramadhan. Pour moi, c'est un défi. Ce n'est pas ce que je fais d'habitude. C'est une expérience », nous a expliqué Samira Brahmia qui sera bientôt à Londres pour un concert à la faveur des jeux olympiques. La sortie de son prochain album est prévue pour le 8 mars 2013. « J'essaie avec Ourida Yaker d'organiser autour de cette journée des débats, des événements et des ateliers en invitant toutes les femmes que j'ai croisé durant ma carrière dont la chanteuse algérienne Kawthar qui un talent exceptionnel à mettre en lumière. Mon travail artistique ne doit pas être dissocié de l'action de proximité avec les jeunes », a annoncé Samira Brahmia. En ouverture, Samira Brahmia est montée en solo sur scène avec sa guitare pour interpréter trois chansons : « La yalaha ila Allah », « Fabuleux destin » et « Jdoudna ». Quelques goûtes de pluie ont accompagné le chant. « Il y a une très belle énergie », a lancé l'artiste au public. Ba Cissoko, le chanteur franco-guinéen, a assuré la deuxième partie de la soirée. Accompagné de Sékou Kouyaté à la kora, Kourou Kouyaté à la basse, Abdoulayé Kouyaté à la guitare, D'Artagnan à la batterie et Laurent Rigaud, il a repris des titres de ses quatre albums dont Sabolan (2003) et Nimissa (2012).