La triste nouvelle est tombée tel un couperet à l'annonce du décès de cette mémoire prodigieuse du patrimoine musical andalou le 5 septembre 2016 à l'âge de 86 ans. Qui ne connaît pas cette silhouette emblématique, avenante et discrète de la scène de la nouba traditionnelle de l'école algéroise qui a consacré toute une existence à son rayonnement et à la formation de jeunes générations devenues de talentueux musiciens qui ont séduit les mélomanes de l'ancestral trésor de l'ère zyriabienne. Memed Benchaouch est né le 3 mars 1930 à La Casbah d'Alger, vivier prolifique culturel d'artistes, de chanteurs, de musiciens, d'écrivains, de comédiens et de poètes de référence universelle. Dès sa prime enfance, son ouïe est profondément pénétrée par la mélodie, la musique et le rythme «mizane» qu'il découvre avec émerveillement pour éveiller en lui une vocation innée d'un parcours qui sera riche et fécond dans l'univers de la musique classique algérienne. Au commencement de son itinéraire, ce fut l'instrument à percussion plus précisément le tar qui l'attira et pour lequel il avait une préférence de sensibilité prononcée qui fera de lui avec sa géniale dextérité un virtuose de cet art instrumental d'accompagnement des enchanteresses noubas d'extase.La kamentcha l'a ensuite captivé à travers ses notes d'évasion euphoriques qui le menèrent à l'apprentissage du violon, l'instrument fidèle qu'il maîtrisera avec brio pour s'affirmer en virtuose de réputation de l'archet. C'est en 1946 qu'il adhéra ainsi à la pionnière association El Hayat puis à El Mossilia pour intégrer une année plus tard en élève le Conservatoire d'Alger qui était à l'époque un pôle d'excellence de musique où professaient les sommités pédagogiques de l'art musical qu'étaient les frères Fekhardji Mohamed et Abderezzak, dont il fut le disciple admiratif et studieux de ce duo de dimension monumentale. En ami et sympathisant de notre association, nous avions tenu à lui rendre visite en son domicile lors de l'Aïd El Fitr, le 6 juillet dernier, où bien qu'affaibli par la maladie, il nous reçut avec un élan d'enthousiasme de retrouvailles pour agrandir le cercle d'intimes déjà présents à cette conviviale communion traditionnelle des jours de fêtes religieuses. Comme d'habitude, affable, accueillant et courtois avec son sourire familier, il a déroulé en la circonstance à ses hôtes du moment des fragments de mémoire de son parcours d'artiste accompli qu'il fut pendant plus d'un demi-siècle au service de la culture poétique et musicale algérienne. A la faveur de cette amicale rencontre, Memed Benchaouch a évoqué l'hommage d'apothéose qui lui a été consacré par l'association des Amis de la rampe Louni Arezki Casbah le 30 décembre 2014 avec la contribution de l'association Les Rossignols d'Alger de Chéraga au Palais de la culture, dont l'impact lui est toujours resté en souvenir, nous a-t-il chaleureusement affirmé avec sa bonhomie coutumière. C'est lors de ses funérailles au cimetière de Sidi M'hamed que nous avons pu constater l'audience de considération et d'affection réelles dont jouissait le défunt, et ce, à travers la présence nombreuse de ses élèves, de ses amis et de la communauté culturelle représentée par ses repères de réputation, à l'image de Mohamed Kheznadji, un pilier de célébrité de la musique andalouse, Nouredine Saoudi, une autre notoriété de ce patrimoine et l'ensemble des présidents des prestigieuses formations tels que Nacer Benmerabet d'El Mossilia et fils d'une figure de prestige en la matière, le défunt Sid Ali Benmerabet, Abdelwahab Nafil d'El Fakhardjia, Zerrouk Mokdad un esthète de la sanâa algéroise et également des interprètes de la chanson chaâbi de réputation et professeurs au conservatoire Nacer Mokdad, Hacène El Decjaoui et le chanteur Kamel Ferdjallah. Le monde du théâtre et de la comédie était représenté dans la symbolique de la doyenneté en la personne de Taha Lamiri, une notoriété du quatrième art. Abdelhakim Meziani, un mélomane impénitent du hawzi, auteur d'un ouvrage sur la musique andalouse, était également présent. Ce fut un vibrant hommage de reconnaissance, de considération, d'affection et de gratitude qui a ainsi été célébré à l'endroit du regretté Memed Benchaouch pour ses qualités humaines très appréciées de rectitude, de simplicité et de générosité. Le défunt a également été un exemple de dévouement et d'abnégation pour l'épanouissement pérenne du patrimoine musical andalous. Affligés, en cette pénible circonstance, par sa brutale disparition, l'ensemble des membres de l'Association des amis de la rampe Louni Arezki Casbah et ses nombreux sympathisants et sympathisantes, parmi lesquels le docteur Nachida Kaoua-Soufi de Kouba, sa conseillère, thérapeute et médecin traitant, tout en s'inclinant pieusement devant la mémoire du défunt, tiennent à réitérer à l'ensemble de sa famille leurs condoléances attristées accompagnées de leur soutien et sympathie. Qu'Allah le Tout-Puissant l'accueille dans la rahma éternelle de son Vaste Paradis. «A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons».