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Le châabi ne veut aucunement dire chanter comme El Anka !
Publié dans El Watan le 24 - 02 - 2017

– Votre première sortie publique à Alger a été à la faveur de «La nuit des idées », événement organisé par l'Institut français d'Alger (IFA, ex-CCF) avec d'autres partenaires. Comment s'est déroulé ce contact avec le public ?
Effectivement, c'était la première apparition publique de Zaki Project à Alger. On ne peut pas faire de la musique seul mais la dynamique de groupe ne marche pas à tous les coups. Rares sont les groupes qui tiennent en Algérie. Je me suis dit pourquoi ne pas lancer un projet ouvert à tous les styles, bref, à toutes mes influences. Tout d'abord, le gnawa (diwane), qui est ma première école musicale. Et, le chaâbi dans lequel j'ai baigné.
Comme nous sommes des mélomanes à la base, avant d'être des musiciens, nous avons toujours tendance à composer avec ce que nous avons écouté encore enfants ou adolescents. La vie, c'est d'abord des rencontres. Idem pour la musique. Avec le temps, nous apprenons beaucoup de choses avant de tomber sous le charme d'un style ou d'une tonalité nouvelle. Plus on avance, plus on rencontre d'autres styles et d'autres couleurs musicales.
– Et comment s'est passée la première soirée à Alger en présence des artistes et des musiciens que vous avez invités pour l'occasion ?
Le premier contact était pour le moins féerique. Au début, je devais préparer une brève intervention sur la musique diwane. Après, l'IFA m'a proposé d'animer un petit concert hadra dans le salon de la médiathèque. Un salon aménagé d'une manière traditionnelle. J'ai fait appel aux musiciens qui m'ont initié à la musique gnawie, comme Maâlem Allal Benberka et Chafik Bouzidi d'Ifrikya Spirit, disciple de Maâlem Benaïssa, Allah yarhmou.
– Chafik Bouzidi est l'un des rares musiciens algériens à maîtriser parfaitement les instruments africains…
C'est vrai. Lors de la soirée, Chafik Bouzidi a joué du djembé, apportant une touche africaine. A un moment donné, il a joué du gumbri en hommage à son maître Maâlem Benaïssa. J'ai invité aussi Amine Chibane du duo Meziane et Chibane. Amine est l'un des fondateurs du groupe Gnawa Riht Lebled qui m'avait accueilli les bras ouverts en 2006 et grâce à qui j'ai tout appris. Meziane Amiche m'a fait l'amitié d'assister au spectacle aussi. Une spectacle acoustique.
– En fait, Zaki Project démarre de deux bases : chaâbi et diwane. A partir de là, vous êtes dans un projet ouvert à toutes les influences musicales africaines, arabes, maghrébines, européennes…
La musique, pour moi, n'a pas de limite, n'a pas de frontières. Elle n'a pas de conditions fixes, non plus. Pour faire du chaâbi, il aura fallu que j'achète un mandole et m'entoure de gens spécialisés. Je cite Cheikh Mohamed Louda de Koléa. Je le visite souvent chez lui pour voir sa manière de jouer du mandole. Je prenais note.
Et comme je suis un homme de radio, j'enregistrais du son. J'écoutais les enregistrements à la maison. Je lui ai dit que je voulais apprendre à jouer le mandole qui est différent du gumbri. Le conseil de Mohamed Louda était toujours de jouer simplement. Avec mon ami Mohamed Amine Tamache qui évolue dans un monde du chaâbi quelque peu à part, j'ai également appris des choses.
– Mohamed Amine Tamache est fils du chanteur Mehdi Tamache, pour rappel…
Le disciple d'El Anka. Je dis souvent à Mohamed Amine Tamache qu'il est le petit fils d'El Hadj M'hamed El Anka. J'ai notamment appris le texte avec lui. Il m'a poussé à aller vers Mahboub Bati sans peur. Jusqu'à présent, je trouvais les textes de Mahboub Bati difficiles à interpréter. Il faut être Amar Zahi, Hcen Saïd, El Hachemi Guerouabi ou Boudjemaâ El Ankis pour pouvoir chanter ces textes. C'est très élaboré. Mahboub Bati était mon voisin dans le quartier à Alger. Il m'a toujours inspiré respect et sérieux.
Je l'ai connu vers la fin de sa vie (décédé en 2000). Il s'occupait de son jardin et n'aimait pas beaucoup qu'on joue au foot à côté de sa maison. J'ai gardé donc une certaine image de lui. Ses textes sont des chefs-d'oeuvre. Je n'ai qu'à citer Ma hajti b'dhay el chmaa (Je n'ai pas besoin de la lueur de la bougie), écrite pour Amar Zahi et Hakmet, pour El Hachemi Guerouabi. Je me dis que l'Algérie a finalement sa vraie musique classique qui ne se perdra jamais avec des chansons éternelles.
– Et que représente pour vous Amar Zahi, justement ?
Zahi ne cessera jamais de m'inspirer. Et je ne suis pas le seul. Il nous a appris à faire les choses d'abord pour le plaisir de soi. Il disait toujours à ses disciples de jouer les qcid comme ils le sentaient. Je crois qu'il est l'un des rares à avoir désacralisé la musique chaâbie. Il l'a mise à la portée de tous. La preuve, je me suis aventuré dans le domaine musical. Je le dis consciemment : c'est grâce à Amar Zahi.
– Comment le Zaki Project va-t-il évoluer après la première prestation à Alger ?
Actuellement, je suis en train d'enregistrer un deuxième single qui sortira le plus tôt possible. Je travaille avec un arrangeur exigeant.
– Ce nouveau single va-t-il ressembler au premier, El Bandi, une reprise du célèbre titre de Cheikh Sidi Bemol ?
Cheikh Sidi Bemol m'a contacté après avoir vu sur Facebook la vidéo dans laquelle j'interprétais El Bandi. Il m'a écrit pour me féliciter. Je lui ai demandé l'autorisation de reprendre le morceau avec un vrai cover avec clip et arrangement à la sauce châabie. Il m'a donné son ok, à condition de ne pas changer les paroles.
C'était le contrat établi entre nous. Pour le prochain titre, ça sera un titre à la tonalité chaâbie aussi, Bnat el lyoum, de René Perez (chanteur algérien décédé en 2011, célèbre par, entre autres, Mchat aliya et Elyoum ritt ezzine), une chanson du patrimoine algérien interprétée dans les années 1950. J'ai revisité la chanson avec un arrangement différent.
– Le diwane algérien, qui porte d'autres appellations ailleurs, gnawi au Maroc, stambali en Tunisie, stomboli en Libye et zar en Egypte, semble évoluer rapidement en terme musical ces dernières années. Comment cette évolution se fait actuellement tant pour les textes chantés que pour les mélodies ?
Le musicien Yousri Tamrabet dit Toto a concrétisé l'idée de créer une école gnawie en Algérie ouverte aux profanes. Cela veut dire qu'il y a forcément une évolution. Il y a dix ans, par exemple, seuls wlad gnawa pouvaient accéder aux karkabou (crotales), je ne parle même de gumbri. Il faut être fils de maâlem pour pouvoir toucher cet instrument.
Cela vous donne une idée sur la sacralité de la chose. Avec le temps, et grâce à Maâlem Benaïssa, Amazigh Kateb et Gnawa Diffusion, ONB (Orchestre national de Barbès), Karim Ziad, Hasna El Bacharia, les gens ont compris qu'il n'y a pas que le raï, le châbi, le malouf ou l'andalous en Algérie. Ils ont compris qu'il existe une nouvelle dynamique incarnée par le style gnawa.
Jusqu'à 2006-2007, gnawa, pour moi, s'arrêtait à Zendji Baba Salem, qui sillonne la ville avec son tbel et son karkabou. Du pur folklore. Avec la rencontre des Mâalem Benaïssa et Allal ainsi que de Chakib Bouzidi, je me suis mis à m'intéresser à cette musique. J'assistais aux soirées diwane (hadra). Je découvrais le côté thérapeutique de cette musique. Une musique traditionnelle qui a ses règles et qui existe bien avant les textes, melhoun ou chaâbi.
– Les textes ou lebradj du diwane-gnawi, chantés souvent en bambara ou en haoussa, ne sont toujours pas écrits pour la plupart. Les chanteurs interprètent les textes de mémoire avec le risque de détérioration avec le temps…
Au Maroc, ils sont dans la tradition gnawa depuis très longtemps avec l'existence de textes protégés par les droits d'auteur. Etre gnawi au Maroc, c'est un statut. Ce n'est pas encore le cas en Algérie. Il y a à peine trente ans, le chanteur de la hadra diwane, le koyo bango, n'est pas l'interprète qu'on écoute aujourd'hui.
C'était la personne qui était en transe. Le chanteur danse accompagné de choeurs et de karkabou assurant la boucle rythmique. Il y a de la beauté. Nous sommes dans le mysticisme le plus profond. C'est-à- dire qu'en pleine thérapie, le jedab, chanteur en transe, mène lui aussi les autres en transe.
– Une fusion musicale entre diwane et chaâbi est-elle possible ?
Dans une fête de mariage, j'ai accompagné au karkabou Mohamed Amine Tamache lors de l'interprétation de la chanson d'El Ankis, Men hou li blak ya lala. Amine m'a fait un sourire timide et réprobateur. La musique, encore une fois, se fait de rencontres.
– Les puristes du chaâbi n'aiment pas qu'on évoque les rafraîchissement ou les influences extérieures…
Le châabi, c'est qui ? C'est bien El Hadj M'hamed El Anka. S'il n'avait pas cassé des tabous, introduit la banjo américaine et el qanoun qui nous vient de Baghdad, on n'aurait pas eu le chaâbi. L'histoire est là pour nous rappeler certaines vérités. El Anka a lui-même créé une fusion entre le melhoun et le madih.
On ne peut pas être fanatique d'El Anka sans reconnaître cela. Il faut laisser les gens donner ce qu'ils ressentent. C'est pour cela que Zahi est une personnalité centrale dans ma vie artistique. Il avait bien compris que chacun ressentait les choses différemment. D'où la différence dans l'interprétation. Pourquoi alors créer des moules dans lesquels on met les artistes.
Sincèrement, je n'aime pas voir des jeunes, qui n'ont pas connu El Anka dans la vraie vie, chanter comme lui. Ils essaient de faire comme lui, n'ont pas compris que c'était la voix d'El Anka, il n'y avait aucun effet. C'était sa manière tout à fait naturelle de chanter. Le châabi ne veut aucunement dire chanter comme El Anka ! Le chanter, c'est jouer du mandole et interpréter un qcid à sa manière. Peu importe après, si le chant est accompagné de basse, de piano ou de batterie. On reconnaîtra toujours la tonalité chaâbie.


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