La société algérienne a donné l'une des plus belles leçons de mobilisation et de militantisme. Les démonstrations populaires ont suscité l'espoir que le régime a longuement voulu étouffer. En solidarité avec le mouvement de révolte citoyenne contre le 5e mandat de Bouteflika et son régime d'une manière générale, la communauté algérienne établie à l'étranger renoue avec une nouvelle journée d'actions protestataires unitaires, initiées conjointement par des personnalités publiques, des organisations de la société civile et des partis politiques. Ceux-là ont appelé à travers un communiqué les Algériens en exil, notamment en Europe et aux Amériques, à une mobilisation coordonnée pour demain, dimanche 3 mars. «C'est avec une admiration et une immense fierté que nous avons observé les marches populaires pour exiger le départ du système. Ni casse, ni violences, ni agressions. La société algérienne a donné l'une des plus belles leçons de mobilisation et de militantisme. Les démonstrations populaires ont suscité l'espoir que le régime a longuement voulu étouffer. Cet espoir nous rassemble toutes et tous, et nous interpelle quant à notre devoir de citoyens à soutenir nos compatriotes», lit-on dans le document signé par une quinzaine d'associations indépendantes et de mouvements politiques dissidents. Pour ce faire, ils considèrent qu'il est de leur devoir citoyen, même très loin du pays, de contribuer à l'expression des aspirations légitimes du peuple algérien, niées selon eux par un «système prédateur», qui «pousse à l'exil, dilapide les richesses, gère par la corruption et les passe-droits, empêche le développement, creuse les inégalités». Par cette énième journée de manifestions en France, bien singulièrement à Paris mais aussi dans plusieurs autres grandes villes où réside une forte communauté algérienne (Marseille, Toulouse, Lyon, etc.), et au Canada (Montréal), nos compatriotes se solidarisent et appuient le choix d'une grande majorité de la société algérienne de dire, particulièrement depuis le 22 février, «oui au changement radical, oui à un Etat de droit, oui à la démocratie, oui à une justice indépendante». En évoquant cette date désormais symbolique, notre rédaction a reçu une déclaration de constitution d'un «Collectif de soutien et de vigilance au mouvement du 22 février en Algérie». En plus de participer aux manifestations en Algérie et à l'étranger, cette structure citoyenne non partisane se veut comme un socle de défense d'«un mouvement de dignité qu'il nous faut soutenir, accompagner, renforcer, où que l'on se trouve» Tout en mettant en garde le pouvoir contre le recours à la répression et à la manipulation, qui pourront «mener à une explosion sociale dangereuse», le collectif soutient et souhaite la poursuite du mouvement protestataire «courageusement, pacifiquement, avec un grand civisme». Et ce, jusqu'à l'entame du «mandat du peuple» grâce auquel l'Algérie pourra «entamer un véritable processus démocratique, où le débat soit ouvert à tous, où l'expression citoyenne et politique soient libres, où toutes les libertés soient respectées». Par ailleurs, Appel-Egalité, association féministe algérienne établie en France, a annoncé la tenue d'un rassemblement le 8 mars prochain à Paris, toujours Place de la République. Cette date coïncidant avec la célébration de la Journée internationale de la femme 2019 sera l'occasion de rendre hommage à la forte implication des femmes algériennes dans les manifestations populaires qui secouent le territoire national depuis plusieurs jours. «La lutte pour la dignité et un Etat de droit les concerne particulièrement, qu'elles vivent au pays ou à l'étranger», souligne l'organisation dans un communiqué adressé au bureau parisien d'El Watan. Et de rappeler également : «Depuis des décennies, elles luttent pour l'égalité de droits entre femmes et hommes en inscrivant ces luttes et leurs revendications dans la construction démocratique de l'Algérie : pour les libertés de s'exprimer, de s'organiser, de manifester».