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Feux de forêt : Après les flammes, les multiples conséquences
Publié dans El Watan le 19 - 08 - 2021

Les feux de forêt causent ce que nous appelons un pic de pollution», affirme Sabri Ghazi, enseignant-chercheur à l'université Badji Mokhtar d'Annaba. Ses recherches se concentrent sur l'utilisation de l'intelligence artificielle et des techniques de data dans le domaine de la modélisation environnementale, notamment la simulation de la pollution de l'air et des énergies renouvelables.
C'est une situation durant laquelle la concentration des polluants est supérieure aux normes recommandées. Selon le chercheur, la durée de ces pics peut varier de quelques heures à plusieurs jours, et ce, selon la situation météorologique, à savoir : une faible vitesse du vent, pluviométrie, ce qui favorise la stagnation des nuages de polluants. C'est pourquoi, le chercheur estime que les incendies que connaît le pays sont préoccupants car ils durent longtemps et touchent plusieurs régions. «D'ailleurs, et selon les images satellitaires publiées, on constate clairement que les régions affectées et celles à proximité connaissent des périodes de pics de pollution très graves», explique-t-il.
Ainsi, lors de ces incendies, d'importantes quantités de polluants sont émises dans l'atmosphère. Les concentrations de ces derniers vont alors augmenter dans l'air et devenir problématiques pour la santé mais aussi pour l'environnement. A cet effet, M. Sabri Ghazi explique que les feux de forêt dégagent un nuage de fumée composé de plusieurs éléments chimiques, principalement les oxydes de carbone (CO2 et CO) qui est un polluant extrêmement toxique. «On y trouve aussi les PM2.5 et le PM10. D'ailleurs, selon une étude effectuée en Australie après les feux de forêt des deux dernières années, il a été constaté des taux de PM2.5 100 fois le seuil toléré», ajoute-t-il. Il faut savoir que la qualité de l'air est estimée en incluant les concentrations de plusieurs polluants, à savoir : le dioxyde d'azote (NO2), le dioxyde du soufre (SO2), l'Ozone (O3) et les particules en suspension notées PM (particulatematter). Ces dernières sont catégorisées selon leur diamètre : Les PM10 dont leur diamètre est de 10 micromètres et les PM2.5 dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres.
Ozone
Et justement, «un incendie de forêt dégage des particules fines et ultrafines mais aussi de nombreux composés chimiques comme le monoxyde de carbone, les composés organiques volatils ou les oxydes d›azote», assure Dr. Farid Rahal, du laboratoire des sciences technologie et génie des procèdes de l'université d'Oran et maître de conférences A au département d›architecture. Selon lui, le dernier composé est un précurseur qui contribue à l'apparition de l'ozone au niveau du sol. Ajoutant que les feux de forêt génèrent des émissions du dioxyde de carbone, le plus emblématique des gaz à effet de serre. «Une étude datant de 2020 a montré que les micro-organismes tels que les bactéries ou les spores fongiques font partie de la composition des particules présentes dans la fumée d'un incendie de forêt», précise-t-il.
Ce dernier assure que cet air pollué peut se retrouver rapidement en zone urbaine, car selon le type des végétaux, un incendie de forêt peut dégager plusieurs composés organiques volatiles qui s'accumulent et forment un nuage de fumée. «Avec mon collègue, le Pr. Benabadji, nous avons développé un système de mesures des principaux polluants de l'air basé sur des micro-capteurs et géré soit par micro-controleur, soit par nano-ordinateur», confie-t-il. Il s'agit du système APOMOS (Air Pollution Monitoring System) qui a démontré une augmentation de 35% des taux de particules dans l'air au centre-ville d'Oran par rapport à une journée ordinaire, lors de l'incendie de la forêt de Madagh qui a eu lieu le 6 novembre 2020. Il est à noter que lieu de l'incendie est situé à vol d'oiseau à une trentaine de kilomètres du centre d'Oran. Assurant que l'air pollué peut parcourir de plus grandes distances encore. A cet effet, M. Farid Rahal assure que les incendies de forêt ne polluent pas seulement l'air local. Les polluants émis peuvent être transportés sur de longues distances et polluer des régions lointaines. «Des particules issues d'un feu de forêt ont été détectées à une distance de 8000 km de leur lieu d'émission», affirme-t-il.
Les suies
Précisant que le transport des polluants dépend de deux paramètres essentiels : la météorologie et la durée de vie du polluant. L'ozone au niveau du sol qui a une durée de vie suffisamment longue peut polluer, selon le chercheur, des zones lointaines si les conditions météorologiques sont favorables. La molécule de dioxyde de carbone dont la durée de vie avoisine les 100 ans peut faire plusieurs fois le tour de la terre. De son côté, M. Ghazi Sabri partage l'avis de M. Farid, confirmant que la pollution de l'air a un impact local à l'échelle régionale et des effets planétaires. Selon lui, avec l'ensoleillement, des interactions photochimiques ont lieu dans les nuages de polluants, certaines génèrent de l'Ozone O3 dont la présence dans la couche troposphérique à forte concentration cause des effets très nocifs à l'écosystème et à la santé. En plus de la génération des oxydes de carbone, un gaz à effet de serre, les suies engendrent de la chaleur car elles captent la lumière du soleil, et vont plus haut dans l'atmosphère et cela n'est pas sans conséquences sur le changement climatique. «Les suies affectent le climat localement, elles participent à la création de ce que les climatologues dénomment un microclimat ; des conditions climatiques spéciales limitées à la région affectée», assure M. Sabri Ghazi.
De son côté, M. Farid Rahal affirme que les suies tendent d'accroître l'absorption du rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre, stockant cette chaleur dans les basses couches de l'atmosphère au lieu de l'évacuer vers l'espace. C'est également le cas des gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone dont des quantités phénoménales sont émis chaque année à cause des feux de forêt. «Ces phénomènes affectent le climat sur l'équilibre énergétique du système couplé Terre/atmosphère», explique le chercheur. L'équilibre radiatif de la Terre est ainsi en train d'être déstabilisé. «Il s'agit alors d'un forçage radiatif selon la terminologie du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)», ajoute-t-il.
Nappes phréatiques
D'autrepart, M. Farid Rahal soutient que le réchauffement climatique contribue à l'élévation des températures, ce qui favorise la transpiration des plantes et la diminution de l'eau contenue dans les sols. Le risque de départ de feu devient alors plus fort au sein d'une végétation asséchée. Finalement, les feux de forêt sont à la fois une cause et une conséquence du réchauffement climatique. Par ailleurs, les polluants composant les fumées des incendies de végétation peuvent se déposer, se distribuer et subir des modifications chimiques au niveau du sol et des plans d'eau.
La qualité des nappes phréatiques est donc mise en jeu par ces incendies. Si généralement, lors d'un incendie de forêt, les pluies sont accueillies avec soulagement, le ruissellement des eaux de pluie et le lessivage des sols génèrent, selon M. Farid Rahal, une présence massive de cendres, de sédiments, de métaux lourds et de toxines dans les cours d'eau. Une analyse confirmée par M. Sabri Ghazi qui explique : «Le vent déplace les nuages de polluants, et avec le temps, par gravités ou en se fusionnant avec les gouttelettes de pluie, les polluants finissent par tomber et affecteront par la suite la qualité du sol et celle des eaux. Ce qui cause des pluies acides.»
Ce phénomène conduit donc à la contamination des eaux douces dans les retenues en surface ainsi qu'au niveau des nappes phréatiques. L'analyse de la qualité des eaux est donc nécessaire, selon M. Farid Rahal, et ce, afin d'éviter les risques induits par cette pollution hydrique. Par ailleurs, le chercheur assure les incendies contribuent à la diminution de la quantité d'eau en provenance des forêts. Il est certain qu'une augmentation de la fréquence et de l'intensité des feux de forêt pose de nouveaux défis aux gestionnaires des ressources hydriques.
C'est pour toutes ces raisons que M. Farid Rahal estime qu'il est nécessaire de faire le suivi de la pollution atmosphérique avec un réseau de mesure mais aussi avec des outils de la modélisation afin d'en prévoir le comportement et ainsi procéder par anticipation avec la prise de décisions adéquates dans le but d'atténuer les risques des polluants émis lors des incendies.
Selon lui, il s'agit pour l'Algérie de renforcer la politique de prévention par des moyens technologiques modernes alliant l'imagerie satellitaire, la photographie aérienne par le biais de drones, l'analyse des données par les techniques de l'intelligence artificielle et enfin, l'utilisation de moyens d'intervention efficaces. Cependant, l'ensemble de ces moyens technologiques n'auront de sens sans une participation citoyenne active et effective.
Une plateforme numérique participative pourrait permettre de recueillir les informations et les signalements ainsi que de fédérer les initiatives afin de lutter efficacement contre les feux de forêt en Algérie.

Par Sofia Ouahib
[email protected]
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