Les habitats précaires, qui en plus du fait qu'ils ternissent outrageusement l'image de marque de la reine des Ziban, sont devenus le passage obligé, le sésame en quelque sorte, à tous les supposés nécessiteux venus d'ailleurs. Ils y habitent dans le but inavoué d'obtenir, à moindre frais, un logement social au détriment du véritable demandeur local. L'éradication de ce fléau était le dossier le plus sensible inscrit à l'ordre du jour de la session du printemps de l'APW de Biskra. D'autres dossiers non moins importants concernant le tourisme, les dattes ou le programme de soutien à la croissance économique, estimé pour les quatre années à venir à 96 milliards de dinars, sont inscrits également au programme de cette journée. La commission, spécialement chargée par le président de l'APW d'enquêter sur les maux les plus criants dont souffre l'agglomération de Biskra en matière d'infraction aux règles de l'urbanisme et de l'urbanité auxquelles doit se conformer tout citadin qui se respecte, n'a pas lésiné sur les moyens pour faire son diagnostic. En plus du rapport circonstancié écrit, elle a projeté aux membres de l'exécutif et aux élus un film vidéo qui en dit long sur l'état de dégradation avancé du cadre de vie du citoyen, notamment dans les bidonvilles qui cernent le tissu périurbain du chef-lieu de la wilaya. En effet, quelque 800 habitations hétéroclites de type bidonville ont été recensées dans le quartier d'El Alia nord où se situe le plus gros abcès de fixation de ce que d'aucuns appellent l'exode rural. Ce phénomène, épisodique au départ, n'est pas tout à fait nouveau à cet endroit de la ville appelée jadis Aliet El Wousfane par rapport à Aliet Boukhalfa, située plus au sud ; puisque du temps de la colonisation et même plusieurs années après l'indépendance, c'était les Souamaâ qui venaient y planter leurs khaïmas, au début de l'automne, pour repartir à la fin du printemps vers le tell en famille en tant que achaba (ouvriers saisonniers louant leurs bras aux colons). Aujourd'hui, après avoir réussi dans le commerce en tous genres, la seconde génération de ce arch a pignon sur rue, dans ce quartier jadis déshérité. L'endroit est devenu une ville du point de vue de l'habitat, mais sans les us et coutumes citadines. L'énorme besoin en ouvriers du bâtiment perpétue ainsi l'alimentation du bidonville en nouveaux résidents. En définitive, ce sont d'autres miséreux qui ne cessent d'y affluer avec souvent femmes et enfants ; il y aurait même une dizaine de familles marocaines et tunisiennes à avoir élu domicile dans les parages, avec bétail, montures et véhicules. Par ailleurs, ce qui facilite, semble-t-il, l'installation à cet endroit de ces gens-là, et leur insertion, c'est d'abord la sécurité relative par rapport aux régions où sévissait le terrorisme ; ensuite, c'est l'esprit de solidarité, non dénué de mercantilisme des riverains qui profite de l'absence de tout réseau pour alimenter le bidonville en eau et en électricité transportée par des câbles posés à même le sol, au mépris des règles de sécurité ; enfin et surtout, c'est la quasi-certitude pour chaque famille habitant le bidonville de pouvoir bénéficier, un jour, d'un logement social. Finalement, prétendre résoudre des problèmes épineux comme la propreté du milieu urbain, l'entretien des espaces verts ou l'éradication des constructions illicites sans recourir à des mesures draconiennes et dissuasives, uniquement en invitant les associations de quartier à s'impliquer davantage, ne peut aboutir.