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Médias dans le monde
Le marché, ou la censure des temps modernes
Publié dans El Watan le 02 - 05 - 2005

Si le droit à l'information constitue l'un des éléments constitutifs de la démocratie, la censure dans les médias est souvent vue, notamment dans les pays du Sud, par la censure des Etats peu regardants sur les attributs du droit des citoyens à une information crédible.
Pourtant, des voix de plus en plus nombreuses en Occident interpellent aujourd'hui les consciences sur l'autre danger qui risque d'achever la crédibilité de la presse : le marché. En effet, si par définition, le marché appelle à des concentrations, ou oligopole, les médias risquent, si ce n'est déjà fait pour une bonne partie de la presse mondiale, de devenir des entreprises comme d'autres, entre les mains de lobbies financiers. Souvent présentée comme référence en matière de probité et de professionnalisme, la presse française montre, on ne peut plus clair, les soubresauts des groupes financiers. Mise à mal déjà, à l'instar des autres médias dans le monde par la concurrence de l'internet et des journaux gratuits, la dégringolade dans les tirages et la crainte de lendemains incertains ont jeté les plus prestigieux titres entre les mains du grand capital. Echappant peu à peu aux mains des journalistes, des patrons, à l'image de Dassault et Lagardère, s'invitent dans les rédactions et édictent leurs lois, faisant tilt dans les rédactions. Le cri de coeur du patron du journal « Le Monde diplomatique », M. Ignacio Ramonet, dans « Médias en crise », est révélateur des dangers qui pèsent sur la profession. Le groupe Socpresse, qui édite quelque 70 titres, tels que « Le Figaro », « L'Expansion », « L'Express » et des dizaines de journaux régionaux, a été acquis par le fabricant d'armes Serge Dassault. Alors que le groupe Hachette, qui détient environ 47 magasines, dont « Elle », « Parents », « Première » et des quotidiens comme « La Provence » ou « Nice-Matin », appartient déjà à un autre industriel de l'armement, M. Arnauld Lagardère. Il est en outre actionnaire principal à hauteur de 51% du « Monde diplomatique » au sein du groupe Le Monde SA. Comme il détient 10% journal de « Midi Libre » et du « Monde interactif ». Aujourd'hui, Hachette Filipacchi Médias, filiale de Lagardère Media, est le premier éditeur de presse magazine au monde, avec 245 titres publiés dans 36 pays. Le quotidien de gauche « Libération » a vu la prise à hauteur de 37% de son capital par le banquier Edouard de Rothschild.
Médias et argent : des liaisons dangereuses
L'Observatoire français des médias (OFM) a mis en exergue, dans l'une de ses publications réservées aux « dérapages », comment le journal « Le Monde » défend les intérêts du groupe Lagardère, notamment dans le monde de l'édition. La réplique de journalistes soucieux de réserver leur aura ne s'est pas fait attendre : « La presse écrite indépendante risquerait peu à peu de tomber sous le contrôle d'un petit nombre d'industriels - Bouygues, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault, Bolloré, Bertelsmann... -, qui multiplient les alliances entre eux et menacent le pluralisme », martèle M. Ignacio Ramonet, le patron du journal « Le Monde diplomatique », dans l'un de ses écrits sur « La crise des médias ». Ses détracteurs l'accusent de vouloir imposer l'idée que « le mal-journalisme » ne se jauge que par le biais des excès du capitalisme. Mais ce qui est, par contre, certain, c'est qu'en détenant les grands groupes audiovisuels et de la presse écrite, les grands groupes financiers auront à façonner l'opinion publique au moment des élections et à influer sur les décisions gouvernementales en fonction de leurs intérêts financiers, de leurs investissements et de leur appartenance politique. Certains n'ont pas hésité à parler de « tyrannie financière » qui instaurera la censure et même l'autocensure dans les médias. Encore un exemple édifiant de la nouvelle mentalité qui fait du journalisme critique un style en voie de disparition : Patrick Le Lay, PDG de TF1, interrogé parmi d'autres patrons dans un ouvrage intitulé « Les Dirigeants face au changement », a répliqué que le métier de TF1 est d'« aider Coca-Cola à vendre son produit ». « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. » Et d'ajouter : « Or, pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » Au USA, la réalité des médias a été mise à nu lors de la guerre du Golfe. Depuis que le milliardaire américain Ted Turner a, à travers sa chaîne de télévision CNN, démontré que la maîtrise des médias a été un nouvel enjeu dans la crise du Golfe, des observateurs ont illico presto conclu que le contrôle de l'information est devenue l'or noir du XXIe siècle. Lors de la guerre en Irak, les grands médias ont étés transformés en véritables machines de propagande au service de l'Administration américaine, qui mise sur des ressources importantes en pétrole dans cette guerre. Les liaisons entre les médias et les grands groupes pétroliers sont un secret de Polichinelle. La fin justifie les moyens et l'éthique journalistique en prend un sérieux coup. Fait nouveau dans le journalisme : des entreprises de presse veulent désormais être cotées en Bourse. La finalité étant le profit, l'information de demain sera un produit aléatoire sur lequel on mise et qu'on réajuste au gré des fluctuations. Une situation qui a fait dire à Walter Wells, directeur de l'« International Herald Tribune » : « Souvent, ceux qui doivent prendre une décision journalistique se demandent si celle-ci fera baisser ou monter de quelques centimes la valeur boursière de l'action de l'entreprise éditrice. Ce genre de considération est devenu capital. Les directeurs des journaux reçoivent constamment des directives dans ce sens de la part des propriétaires financiers du journal. C'est un fait nouveau dans le journalisme contemporain. Ce n'était pas ainsi avant. » Cette culture du profit n'épargne pars l'information via internet. Des sites utilisent désormais de nouveaux procédés pour la publicité, en intégrant directement des liens promotionnels dans le contenu des articles. Des moteurs de recherche, tels que Google ou encore le magazine américain « Forbes » utilisent désormais de tels procédés en vendant aux annonceurs des mots-clés.
Internet et journaux gratuits
Ayant constaté le recul de bien de titres de la presse mondiale, les nouvelles technologies de l'information, internet en tête, ont étés mis à l'index ainsi que les nouveaux journaux gratuits. A en croire les chiffres avancés par « Le Monde diplomatique », c'est la descente aux enfers de la presse écrite. Selon ce journal, les baisses des ventes n'ont épargné aucun journal : le quotidien américain « International Herald Tribune » a vu ses ventes baisser, en 2003, de 4,16% ; au Royaume-Uni, le « Financial Times » a chuté de 6,6% ; en Allemagne, au cours des cinq dernières années, la diffusion a baissé de 7,7%, au Danemark de 9,5%, en Autriche de 9,9%, en Belgique de 6,9%, et même au Japon, dont les habitants sont les plus gros acheteurs de journaux, le recul a été de 2,2%. Au sein de l'Union européenne, au cours des huit dernières années, le nombre de quotidiens vendus a diminué de 7 millions d'exemplaires... A l'échelle mondiale, la diffusion payante de journaux chute en moyenne, chaque année, de 2%. Alors que des journaux ne cessent de jeter l'éponge aux quatre coins de la planète. Aux USA, entre 2000 et 2004, plus de 2000 postes ont été supprimés dans la presse écrite, soit 4% des emplois. Une récession qui n'épargne pas les agences de presse, dont Reuters vient d'annoncer une réduction d'effectifs de 4500 salariés, selon la même source. Cette situation découle de la conjugaison de plusieurs facteurs, allant d'une perte de crédit des médias devant les multiples scandales les ayant secoués, au ravages faits par l'internet et, plus récemment encore, la naissance des journaux gratuits. Ces derniers en drainant vers eux d'importants flux publicitaires sont en passe de monter de manière ravageuse. Alors qu'en matière d'internet, dont l'expansion ne cesse de s'amplifier avec ses 700 millions d'usagers, et quelque 4,7 nouveaux sites Web créés en 2004, de plus en plus la consultation et les journaux en ligne attirent les internautes ainsi que la masse impressionnante de nouveaux bloggers (utilisateurs de blogs), dont la liberté de ton accroche les lecteurs, sans toutefois pouvoir vérifier l'information qu'ils véhiculent.


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