Le mois de mai nous rappelle, chaque année, les massacres perpétrés en Algérie par le pouvoir colonial en mai 1945. Albert Camus dirigeait alors à Paris le journal Combat. Il ne semble pas qu'il ait pris immédiatement conscience de la gravité de ces massacres. Cependant deux ans plus tard, après que fut connue la sévère répression des émeutes survenues à Madagascar, il dénonça vigoureusement les crimes commis tant en Algérie qu'à Madagascar. Lui, qui avait participé à la Résistance française contre le nazisme, il n'hésita pas à comparer le méthodes répressives employées par le pouvoir colonial à celles employées par les nazis, durant la Seconde Guerre mondiale. De telles méthodes, à ses yeux, manifestent, de la part de ceux qui les emploient, un racisme affiché ou inconscient, mais de toute façon abject. Dans l'éditorial du 10 mai 1947, il écrit : « On a utilisé en Algérie, il y a deux ans, les méthodes de la répression collective. Combat a révélé (en avril 1947) l'existence de la chambre d'aveux « spontanés » de Fianarantsoa (à Madagascar) (...) Nous faisons, dans ces cas-là, ce que nous avons reproché aux Allemands de faire (...) si les hitlériens ont appliqué à l'Europe les lois abjectes qui étaient les leurs, c'est qu'ils considéraient que leur race était supérieure et que la loi ne pouvait être la même pour les Allemands et pour les peuples esclaves (...). Mais si, aujourd'hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d'autres Français utilisent parfois envers des Algériens ou des Malgaches, c'est qu'ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples. » Après avoir fait ce constat, Albert Camus présente, dans ce même éditorial, sa position personnelle. Il écrit : « Les hommes ne se ressemblent pas, il est vrai, et je sais bien quelle profondeur de tradition me sépare d'un Africain ou d'un musulman. Mais je sais bien aussi ce qui m'unit à eux et qu'il est quelque chose en chacun d'eux que je ne puis mépriser sans me ravaler moi-même. C'est pourquoi, il est nécessaire de dire clairement que ces signes, spectaculaires ou non, de racisme revèlent ce qu'il y a de plus abject et de plus insensé dans le cœur des hommes. » Ce texte d'Albert Camus nous a été adressé par François Chavanes, auteur d'Albert Camus tel qu'en lui-même, édition du Tell, Blida, 2004. François Chavanes(*) (*) Auteur du livre Albert Camus tel qu'en lui-même.