Ces deux économies élargiraient leur contribution mondiale en se substituant à l'Union européenne et au Japon, dans la mesure où la part de l'Union européenne passerait de 34% en 2005 à 15% en 2050 et celle du Japon serait de 4% en 2050 après avoir été de 12% en 2005. Par contre, les Etats-Unis d'Amérique se distingueraient par une stabilisation de leur part qui passerait à 26% en 2050 après avoir été de 28% en 2005. Ces modifications structurelles exceptionnelles consacreraient inévitablement la décadence de l'Europe et du Japon, marqués par la maturité de leurs modèles et leur flexibilité insuffisante pour entreprendre des réformes substantielles. Malgré ces résultats remarquables, il faut retenir que 5 à 7 dollars d'investissement sont nécessaires pour générer 1 dollar de PIB (richesse créée au cours de l'année) en Chine alors que 1 à 2 dollars d'investissement suffisaient dans les pays d'Union européenne. Cette inefficience confirme bien les potentialités exceptionnelles de l'économie chinoise et le refus d'adopter des solutions importées sans adaptation préalable. Cette inefficience est cependant largement compensée par une efficacité qui exclue les conclusions hâtives et les schémas réducteurs dans la mesure où le système bancaire chinois semble accuser des retards sur les normes occidentales qui ne se traduisent pas par des répercussions notables sur l'économie réelle. Système bancaire chinois : il se caractérise par un taux élevé de mauvaises créances (12% du portefeuille), un ratio prudentiel inférieur à 3% alors que les normes chinoises le fixent à 4% au lieu de 8%(5). Le Trésor a déjà racheté 100 milliards de dollars de mauvaises créances aux banques chinoises et doit également assainir un portefeuille de 200 milliards de dollars. Les dépôts avoisinent les 3000 milliards de dollars dans quatre grandes banques spécialisées, une douzaine de banques nationales, 32 000 banques rurales et des banques avec le statut de sociétés par actions qui offrent des services peu appréciés à leur clientèle. Le système bancaire chinois archaïque, jugé par certains comme médiéval apporte ainsi indirectement des subventions à des secteurs économiques très performants à l'exportation. Les enseignements à retenir de ce modèle singulier pourront être au nombre de deux : La réforme des banques suppose le recouvrement des mauvaises créances en évitant de renoncer à leur mobilisation. D'ailleurs, de nouvelles banques internationales utilisent des spécialistes de « dead beats »(6) pour pouvoir obtenir leurs droits. La réforme consiste à éviter de recapitaliser sans cesse sans assainir et il s'agit d'une décision à caractère politique Le deuxième enseignement consiste à soutenir les secteurs d'exportation qui obéissent aux normes internationales, même s'ils ont des difficultés à rembourser. Le soutien à ces industries est d'ailleurs confirmé par l'étude remarquable de Michael Porter(7) portant sur dix pays au cours de 4 décennies en utilisant le losange comprenant les facteurs, les industries apparentées, la demande et la stratégie, et en procédant à l'analyse structurelle des industrielles sur la base des 5 critères (menace des nouveaux entrants, produits de remplacement, le pouvoir de négociation des fournisseurs, des clients et la rivalité des firmes) confirme bien la nécessité de soutenir certaines industries et d'abandonner les autres dans le cadre des choix économiques et sociaux. L'auteur, dont les conclusions ont un intérêt capital comparable à l'œuvre de David Ricardo du siècle dernier selon de nombreux observateurs, considère ainsi que la conquête d'avantages durables suppose impérativement l'abandon délibéré des industries peu performantes. Les huit pays les plus étudiés de l'échantillon sont la Japon, l'Italie, la Corée du Sud, les Etats-Unis, la Suède, la Grande-Bretagne, la Suisse et l'Allemagne au cours de la période 1950-1987. Pour les trois premiers cités, leur amélioration de leurs avantages concurrentiels a été favorisée par la demande et le rôle de l'entreprise comme le Japon. La hasard a également joué dans la mesure où ces pays sont sortis affaiblis de la Deuxième Guerre mondiale. Pour la Corée du Sud qui a connu un taux d'investissement net très élevé au cours de la période, le goût du risque et l'intensité de la concurrence ont été déterminants. Le marché financier très développé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis a eu des effets pervers, car les capitaux se trouvent orientés vers le secteur spéculatif. En définitive, l'économie de marché se fonde sur la mise en faillite des défaillants et l'encouragement et le soutien des performants selon la formule célèbre d'Alan Metzler, ancien conseiller économique du président J. Kennedy : « Le capitalisme sans échec serait comparable à une religion sans péché. » La problématique consiste à passer d'une économie fondée sur la recherche de la rente à une économie bâtie sur le risque. Le développement des produits sophistiqués comme les options numériques sur les salaires de cadres, sur leurs actifs immobiliers traduit la prise en charge totale de l'individu par lui-même de prolonger la prolifération des fonds de pension et le système des retraites personnalisés dans le schéma anglo-saxon. D'ailleurs, le désordre devient dominant et l'échec constitue l'essentiel du marché puisqu'il permet de nouvelles initiatives comme le réaffirme Tom Peters(8). Il s'agit de nuancer ces propos, car les élites les plus éclairées ne peuvent bâtir à elles seules les nouvelles civilisations sans avoir de références précises. Ainsi, le modèle chinois trouve son originalité dans la priorité accordée à la performance de l'économie réelle, à la diminution des coûts pour une pénétration du marché international. Il s'agit en quelque sorte de concilier entre l'objectif de recouvrement des créances douteuses détenues sur les débiteurs tout en soutenant des producteurs nationaux confrontés à la concurrence étrangère en dégageant un compromis entre ces objectifs pour promouvoir les meilleurs de la sphère réelle dans un souci constant d'équilibre entre le respect des engagements (la morale) et la création de richesses en évitant de croire qu'en créant un système financier sophistiqué, on puisse suppléer aux faiblesses de la sphère réelle. Ce souci profond d'équilibre au plan interne peut-il trouver son prolongement au plan de la dynamique internationale Dans ce nouveau contexte international, la volonté politique du président de la République Abdelaziz Bouteflika de procéder à des changements structurels devient un préalable à la mise en place de nouveaux mécanismes pour une meilleure allocation des ressources disponibles et l'adhésion populaire à ce projet constitue indiscutablement une condition de succès pour sa mise en œuvre dans le temps. Note : 5) Règles prudentielles : La fameux ratio cooke vise à respecter un montant minimum de fonds propres nets par rapport aux engagements (8%).La réforme de ce système recherche à une meilleure actualisation des risques de marché et à l'intégration des risques opérationnels (qualité du management) et l'instrument dead beats de Bale II (2007) vise ces objectifs.Les bons projets n'ont jamais de problèmes de financement. 6) Il s'agit du portefeuille « pourri » et les banquiers étrangers n'hésitent pas à solliciter l'appui des autorités en Chine pour le recouvrement de ces créances. Sans menace de la faillite, l'économie de marché n'a aucun sens pour l'entrepreneur assuré de réaliser des gains tout en transférant les pertes futures à la société via le Trésor.Les nouveaux emprunteurs considèrent qu'ils reçoivent des dons déguisés et non des crédits. Cette mentalité est d'ailleurs courante dans les pays d'Afrique du Nord. Parfois ces créances non recouvrables peuvent financer des secteurs, comme le tourisme ou d'autres projets orientés sur l'exportation et, dans ce cas, il s'agit en quelque sorte d'un soutien justifié à l'export comme cela peut-être le cas en Tunisie. Ces rentrées de devises étrangères compensent en quelque sorte la contribution bancaire mais, dans le cas contraire, il s'agit de financement de projets n'ayant pas fait l'objet d'une maturité suffisante. 7) Michael E. Porter L'avantage concurrentiel des nations - Interéditions 1993 8) Entreprise libérée, Dunod 1934.