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«On peut craindre d'autres Mohamed Merah»
Abdennour Bidar. Philosophe de l'islam
Publié dans El Watan le 03 - 04 - 2012

Pour l'auteur de L'Islam sans soumission (Albin Michel), Comment sortir de la religion ? (La Découverte), l'Islam doit se réinventer, entrer dans le XXIe siècle, il dit craindre d'autres Mohamed Merah, car le terreau s'y prête. Pour Abdennour Bidar, il est urgent de revenir à plus de rationalité.
-Après le drame de Toulouse, croyez-vous que votre concept de «self-Islam» soit remis en cause ou, au contraire, devient-il plus nécessaire ?
Tout au contraire, il devient plus nécessaire que jamais ! Qu'est-ce que le «self-Islam» ? Ce n'est pas le self- service, ce n'est pas le droit de faire n'importe quoi en disant «c'est mon Islam», c'est un Islam construit et pensé par l'individu lui-même, «en son âme et conscience», c'est-à-dire avec toute la profondeur de son esprit et de son cœur. Ce n'est pas la liberté du fou, mais la liberté du sage. C'est l'Islam du libre choix par chacun de son rapport à l'Islam ; selon sa propre intelligence ; selon les principes des droits de l'homme et de l'humanisme universel. Un humanisme qui n'est ni d'Orient ni d'Occident, mais présent dans toutes les sagesses du monde et qui dit qu'il faut chercher toujours la vérité d'abord en soi-même et aller vers les autres avec amitié et amour.
Cet humanisme n'est pas le privilège de l'Occident, mais le bien commun de l'humanité, et ce que chaque être humain sur terre a de plus précieux parce que c'est la garantie pour lui de vivre «avec intelligence» et «en bonne intelligence» avec tous les hommes. En tant que philosophe, j'ai donc créé ce mot de «self-Islam» ou Islam humaniste, parce que le rôle du philosophe est de mettre des mots sur ce qu'il observe dans la réalité et ainsi de contribuer à une prise de conscience des choses. Or, ce que je vois du côté des musulmans, ici en France, ou du côté des mouvements de soulèvement du monde arabe, c'est justement cet immense appétit de liberté, d'intelligence, ce désir de chacun de vivre selon sa propre vérité, pas seulement vis-à-vis des pouvoirs politiques autoritaires, mais vis-à-vis de la tradition religieuse. Bien sûr, certains, au contraire, trouvent dans celle-ci un refuge, une sécurité, elle leur évite l'effort de penser par eux-mêmes. Mais l'essentiel est ailleurs : à côté de quelque burqa, cette prison vestimentaire qui est une caricature de liberté individuelle et un vrai esclavage, combien de femmes de culture musulmane qui revendiquent le droit de vivre libres de tout contrôle religieux ?
-Comment avez-vous perçu le traitement médiatique ?
Certains journalistes ont employé ce concept de «self-Islam» en parlant de «self-Islam djihadiste» à propos de Mohamed Merah ! C'est une contradiction dans les termes : le «self-Islam» désigne une liberté spirituelle éclairée, consciente, responsable, qui permet à l'individu de se libérer du poids de la tradition et de la charia par un véritable effort de méditation sur ses propres besoins et aspirations spirituelles. Le «self-Islam» est une culture de la liberté, donc tout le contraire de la «liberté sauvage» de Merah. Comme il y a la liberté du fou et la liberté du sage, il y a la vérité de l'ignorant et celle de l'homme qui réfléchit : ce n'est pas du tout la même ! La soi-disant liberté d'un fou, comme Merah, est au contraire une aliénation.
La soi-disant vérité de ceux qui ne voient l'Islam qu'à travers ses images toutes faites, ses vérités toutes prêtes, est une illusion de vérité, une vérité d'ignorant. Il ne suffit pas de vouloir vivre selon sa propre vérité, encore faut-il être capable de la chercher par l'intelligence et l'acquisition d'une véritable culture ! Mais à travers cette assimilation fausse entre «self-Islam» et folie meurtrière, j'ai hélas l'impression que certains ici veulent à nouveau répandre l'idée qu'il n'y a rien à attendre de l'Islam : voyez, nous disent-ils, les musulmans sont soit des traditionalistes soumis, sans liberté personnelle, soit des individus hors de tout contrôle qui ne découvrent la liberté de trouver leur propre vérité que pour en faire le pire usage !
-Ce drame occupe une grande place dans la campagne électorale, avec une gauche embarrassée et une droite opportuniste...
La droite et l'extrême-droite veulent évidemment profiter de l'émotion générale provoquée par cette tuerie pour tenter de ramener la campagne présidentielle sur ses propres thèmes : immigration, terrorisme, sécurité, etc. Elles veulent se nourrir de la peur, et pour cela, créer encore plus de méfiance vis-à-vis de l'Islam et des musulmans. Quant à la gauche, comme d'habitude, elle ne sait pas quoi dire sur l'Islam. Pour moi, qui suis profondément de gauche, ce manque d'inspiration est désespérant ! Bien sûr, elle condamne les actes de Merah et elle appelle à ne pas faire l'amalgame avec l'Islam en général. Mais cela ne suffit pas.
Les socialistes et le Front de gauche devraient en profiter pour dire qu'ils soutiennent les efforts de tous ces musulmans qui, en France, cherchent à vivre un Islam non seulement paisible, mais éclairé, en rupture avec ses propres clichés ou stéréotypes : longues barbes, voile intégral, dogmatisme, ritualisme, formalisme, intolérance, machisme, etc. Ils devraient dire à la société qu'en elle, chaque jour, des centaines de milliers de femmes et d'hommes réinventent au quotidien leur rapport à l'Islam.
-Qu'ils se cherchent un «self-Islam» authentique ! Mais ce n'est pas seulement le problème de la gauche, c'est le problème de l'Islam lui-même : quand arrivera-t-il à faire une meilleure publicité de lui-même, à donner l'image d'une religion intelligente ?
Quand mettra-t-il en avant cette capacité à évoluer, à s'adapter, à se recréer qu'ont les plus lucides et les plus courageux des musulmans ? Quand fera-t-il enfin, majoritairement et définitivement, le choix de tous ceux qui comprennent qu'il faut rompre maintenant avec tout le folklore du passé, les traditions mortes ? La culture religieuse de l'Islam se contente trop de sa médiocrité courante, alors qu'elle a des réserves de génie !
-Comment voyez-vous l'après-Toulouse ? Faut-il enfin repenser l'Islam en France, l'Islam de France ?
L'Islam en France n'est qu'un cas particulier à l'intérieur d'une culture islamique en crise profonde. Elle souffre, à des degrés divers, selon les sociétés, de problèmes très graves, notamment l'absence d'un espace public de discussion du religieux de façon libre et critique. Où est le droit de parler de l'Islam ? Où est le droit de remettre en cause tout ce que la tradition a sacralisé ? Nulle part, car tout cela est déclaré intouchable : on ne discute pas du Coran ni de la charia ni de la sunna. Alors, certes, il y a souvent une liberté apparente à travers une grande diversité de comportements individuels : il y a des individus plus ou moins pieux, et même plus ou moins croyants. Mais cette diversité n'a pas encore gagné une véritable reconnaissance. C'est une liberté sans droit officiel. Si vous avez pris vos distances avec l'Islam, ou si vous avez choisi de le vivre de façon personnelle, il vaut mieux souvent rester le plus discret possible… Comme le dit l'intellectuel tunisien, Yadh Ben Achour, il y a une «orthodoxie de masse», c'est-à-dire une surveillance sociale sur les conduites et les idées, surtout dans les milieux populaires, une conviction générale que la loi de Dieu ne doit pas être discutée par les hommes.Si donc vous vivez et pensez de façon libre vis-à-vis de la religion, vous êtes au mieux toléré.
Et encore pas partout dans le monde musulman. Mais la loi reste la loi, la norme religieuse traditionnelle continue d'être considérée comme le «vrai Islam» et le «seul droit chemin». Voilà ce qu'il faut repenser et dépasser complètement aujourd'hui et pour demain. Bien au-delà de la France et de la folie de Merah. L'Islam entier est à un carrefour de civilisation : soit il change, se remet en question, se réinvente sur de nouvelles bases, devient capable d'autocritique et capable de développer une véritable culture de la liberté spirituelle, de la liberté personnelle, soit il s'enferme toujours plus dans la rigidité de ses traditions dépassées, et alors, il continuera à s'attirer l'incompréhension du reste
-Peut-il y avoir d'autres Mohamed Merah et comment les éviter ?
Hélas, on peut craindre qu'il y en ait d'autres, même si cela reste heureusement quelques tragiques exceptions. Parce que, sans même que cela conduise à de tels actes extrêmes, la culture spirituelle reçue par les jeunes d'origine musulmane est particulièrement médiocre : ils sont, la plupart du temps, prisonniers d'une sous-culture religieuse qui ne leur apprend pas à réfléchir intelligemment à leur foi et à leur rapport avec les autres, mais qui se contente de leur transmettre des idées toutes faites.
La famille, le milieu social transmettent toujours les mêmes clichés : l'Islam c'est ça..., le bon musulman c'est celui qui..., la vraie musulmane c'est celle qui... la même rengaine depuis des siècles et des siècles : ça c'est bien, ça ce n'est pas bien. Il faut, il ne faut pas. Halal, haram. L'esprit est enfermé, paralysé, momifié dans des logiques binaires, et il croit que la religion ce sont des réponses déjà données «prêtes à l'emploi», alors que la responsabilité profonde de chaque être humain est de se débarrasser de tout cela, de toute cette «religion prête à l'emploi» pour trouver son propre chemin spirituel, sa propre sagesse dans la voie de l'éveil intérieur et de l'ouverture aux autres.
Et le problème est aussi qu'à toute la sous-culture religieuse s'ajoutent les multiples discriminations sociales dont les populations musulmanes sont majoritairement victimes en France qui les encourage aussi à s'enfermer dans un Islam simpliste, simplifié à l'extrême et agressif.
La solution est donc à la fois dans le réveil spirituel et une plus grande justice sociale. Quelle spiritualité pour le XXIe siècle, au-delà des traditions du passé ? Quelle justice sociale pour le XXIe siècle, au-delà des discriminations du présent ?


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