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A l'Est, on ne croit pas au changement par l'urne
Retour sur les législatives du 10 mai
Publié dans El Watan le 17 - 05 - 2012

A Constantine, Oum El Bouaghi et Batna, la parole des Algériens semble libérée sur des questions jadis taboues, notamment leur choix électoral. La tendance lourde, quoi qu'occultée par les officiels et même par la classe politique participationniste, a été celle de l'abstention. Boycott motivé ou indifférence irresponsable ? C'est la rue qui répond à cette question.
Au Khroub (16 km au sud-est de Constantine), les commerçants de Tanja, quartier populaire du vieux village, se prêtent volontiers au jeu de questions-réponses. Djamel, 29 ans, vendeur dans une grosserie, est le premier d'une longue liste de boycotteurs convaincus. «Je n'ai pas voté parce que ça ne change rien de voter. La preuve, ils ont promis le changement, mais rien n'a changé puisqu'on a toujours le FLN», déclare-t-il avec un mélange de résignation et de lucidité. Son voisin, Kamel, 45 ans, tient une autre boutique comme employé. «Je ne vote pas, je n'ai même pas de carte d'électeur. On me dit de voter parce que c'est un droit, moi je dis que j'ai droit à un logement, mais je n'ai pas de logement, j'ai droit à un travail, mais je n'ai aucune réponse aux CV que je dépose ici et là depuis des années. Le seul changement dans ce pays, c'est les billets d'argent de 2000 DA», répond Kamel avec amertume. Plus loin, Hichem, vendeur dans une quincaillerie, réagit sans empathie à la question : «Je ne vote pas, je suis universitaire et je n'ai pas pu décrocher un vrai travail. Sur les 12 membres de ma famille, seuls ma mère et mon frère ont voté.»
La recherche de citoyens ayant voté dans cette ville d'environ 100 000 habitants s'avère pénible. Nacer, lui aussi, quadragénaire, entrepreneur de son état, ne mâche pas ses mots. Cet ancien de l'UNJA semble aigri par la situation. Comme tous les citoyens interrogés, Nacer n'a pas été à la plage le 10 mai. Manque-t-il de patriotisme comme le veut Daho Ould Kablia ? «J'ai voté en 1989 et ensuite pour l'élection de Liamine Zeroual contre les islamistes. J'ai même travaillé durant ce vote au moment où beaucoup avaient peur des représailles terroristes. Mais aujourd'hui, les gens se font élire pour leurs petits intérêts. Je ne crois pas à cette classe politique, même les démocrates ne lâchent pas el koursi. Toute ma famille n'a pas voté. Le drame c'est qu'on n'attend plus rien, on a perdu tout espoir», affirme-t-il. A la recherche de témoins d'autres catégories sociales, Sofiane, 37 ans chef d'agence d'un opérateur téléphonique privé, accepte sans hésitation de nous répondre : «Oui j'ai voté. Toute ma famille a opté pour le FLN sauf moi. J'ai choisi et j'ai adhéré à un parti qui a un projet. Je n'ai pas voté pour les personnes, mais pour leurs propositions.»
Combien sont-ils à croire au changement par l'urne ? Très peu, à en croire les chiffres de participation (42%) et les bulletins portant des choix sur des partis qui ne symbolisent pas le pouvoir. Sur l'artère principale, trois vieillards s'abritent du soleil de plomb de cet après-midi sous le porche d'un magasin fermé. L'un d'eux vend du tabac à chiquer sur une petite table de fortune et porte un drapeau dessiné sur sa montre. Tous, les trois affirment être des fidèles du FLN, et ne conçoivent pas l'idée de voter pour un autre parti. A la question, pourquoi ils préfèrent le FLN, l'un d'eux exhibe une photo de Boumediène et avance : «Je ne crois qu'au parti unique, celui qui a fait la révolution.» Son copain l'interrompt : «Le FLN me donne à manger, je ne peux pas cracher dessus. Ni Hanoune, ni le RND, ni Bouguerra ne me donnent à manger.»
L'amalgame entre le Front de libération nationale et le parti FLN, entre l'Etat providence et son appareil qui a été pendant plusieurs décennies aux commandes en tant que parti unique, est symptomatique chez tous les militants de ce parti. Nos trois septuagénaires sont issus de cette génération finissante qui adhère au parti comme on adhère à sa religion maternelle.
Pas la peine de leur demander non plus de respecter l'avis des autres. «Ceux qui n'ont pas voté ne sont pas de vrais Algériens, on devrait les expulser», renchérit le plus vieux, et le plus dogmatique parmi eux. A ce moment, un jeune intervient et les provoque (lui n'a pas voté). Connaissez-vous le candidat tête de liste FLN à Constantine ? Aucun ne répond oui, ils connaissent seulement le numéro 5. A quelques mètres de là, Achour, un ancien PES, vend de la viande de dinde dans une bicoque d'à peine quelques mètres carrés. A-t-il voté ? «On a vu des gens roupiller dans cette APN. Je ne peux voter pour une Assemblée qui n'a jamais dit non à un projet.
L'Assemblée est aux ordres du gouvernement comme les Assemblées locales sont aux ordres des walis, dans ce cas-là, que le président désigne les élus et qu'on arrête ce cinéma.» A Oum El Bouaghi, où le FLN a ratissé les 8 sièges à lui seul, l'abstention a été majoritaire aussi. Aïn M'lila, capitale du trabendo, avec ses 130 000 habitants, ne croit pas au changement. Mourad Bouya, artisan peintre, partisan du boycott actif, raconte sa journée passée, en tant que curieux, dans un bureau de vote de la cité Salah Gouajlia, dénommée Kaboul du temps du terrorisme. «Vers 15h, ils ont ramené des groupes de femmes dans des fourgons. J'ai cru que l'Alliance verte ou le mouvement de Djaballah allaient refaire le scénario de 1991.Je n'ai jamais vu ça depuis le FIS.» Qui sont ces gens qui font sortir des femmes au foyer en groupes ? Qui est derrière cette opération pour le moins curieuse ? Mourad n'a pas de réponse. Cependant, il a compté sur les 412 votants, 133 voix attribuées au FLN. Les islamistes ont eu un score ridicule. 13 voix pour Djaballah, et une seule voix pour l'Alliance verte !
Rencontré sur la terrasse d'un café, Kaddour, ancien gendarme devenu agent de sécurité dans une école primaire, dit tout le mal qu'il pense des élections algériennes. «Je n'ai pas voté parce que ce système qui trafique en utilisant la loi ne me plaît pas. Ce pouvoir est rusé, mais les partis sont stupides», décrète Kaddour, en qui on peut voir un observateur régulier de la scène politique nationale. «Chez moi, personne n'a voté. Je connais des gens qui ont voté, mais pas pour des programmes politiques, ils ne savent même pas pourquoi ils ont voté», critique encore notre interlocuteur amer : «A mon avis, nous avons besoin d'une Constituante qui décidera du choix du système présidentiel ou parlementaire. Je ne suis pas partisan du FFS ou du PT, mais je suis d'accord avec eux sur ce point.» Kaddour croit-il au score du FLN ? «Ce n'est pas possible. De toute façon, c'est du maquillage qui va fondre avec les premières pluies, le système utilisera le FLN pour faire passer ses projets.» Sami, attablé à côté avec des amis, repasse son bac. Lui, par contre, a voté. Pour qui ? Pour le FLN, déclare-t-il, le sourire au bout des lèvres. Pourquoi ce choix ? «Parce que mon père a voté FLN, je suis jeune, je ne connais pas la politique, je suis mon père.» Il est à noter que sur toutes les personnes sondées, aucune n'a reconnu avoir voté pour des partis islamistes ou autre.
Cette enquête n'est pas exhaustive, certes, mais elle représente un échantillon solvable de la société, sachant que plusieurs catégories sociales ont répondu à nos questions. A Bouakal, quartier historique de la ville de Batna, la tendance n'est guère trahie. Au square du quartier, un groupe de vieillards accepte de nous répondre. Là aussi, le lien quasi religieux avec le FLN et les amalgames qui obstruent la vision sont les mêmes. Lakhdar, 90 ans, a voté FLN, pourquoi ? «Parce que le FLN a ramené l'indépendance, ce sont des moujahidine.» Mais Abdelaziz Belkhadem n'est pas moudjahed, les candidats sur la liste de Batna non plus.
L'idée le choque. Mais parmi ces retraités, il y en a un qui n'a pas voté n'ayant pas trouvé son nom sur le registre et un autre qui refuse de voter depuis 9 ans, parce qu'«ils sont racistes et pernicieux», dit-il en parlant du pouvoir. S'en suit une discussion sur la situation au Mali, et tous pensent que ce pays frontalier va frapper l'Algérie ! Quand un autre déclare avoir voté pour son cousin en ignorant le parti auquel ce dernier appartient, ses copains éclatent de rire et le chargent de boutades pleines d'humour. Nous avons aussi rencontré Abdeljalil et Boubekeur, étudiants en master charia islamiya. Le premier, en qamis et barbe salafiste, déclare ne pas voter pour des convictions religieuses : «Les élections ne font pas partie de l'islam. Comment participer à un vote où le bon et le mauvais sont ensemble ? Où l'homme et la femme sont considérés égaux ? La place de la femme c'est sa maison, elle ne peut pas participer en politique.» Sans commentaire. Dans la clinique publique du même quartier, les partisans du boycott sont plus nombreux. Là aussi, nous avons rencontré des électeurs FLN, et rien d'autre. C'est le cas du surveillant médical. Lui n'a pas voté à cause d'un problème d'adresse, mais il aurait voté FLN comme toute sa famille, dit-il.
El Hani, pourtant fidèle au FLN, n'a pas voté pour le parti de Belkhadem : «Ça, ce n'est pas le FLN, c'est la chkara et le tribalisme.»
Mais sa position est motivée surtout par la médiocrité des listes de candidats. «Le P/APW n'a pas soutenu les travailleurs de la santé quand on l'a sollicité, idem pour le P/APC, pourquoi je les soutiendrai pour les élire ?», déclare encore El Hani, de loin le plus politisé parmi ses collègues. Et le discours de Bouteflika ? Les Algériens vivent-ils bien comme on veut le faire croire ? «Non, y a que lui et ses amis qui sont bien», réplique El Hani. Parmi le groupe de paramédicaux qui se forme pour témoigner, seule une jeune sage-femme déclare avoir noirci d'encre son doigt, et son choix s'est porté sur le FLN. Elle aussi croit que le FLN a rétabli la sécurité et que l'Algérie n'a pas besoin d'autres partis politiques.
Ce à quoi répond une femme médecin qui, elle, a boycotté, en dénonçant la médiocrité des candidats en lice et la régénération du système par les mêmes méthodes. Nous avons interrogé des dizaines d'autres citoyens qui ont exprimé les mêmes opinions parfois avec des mots similaires. Nulle part nous n'avons rencontré des gens qui sont partis à la plage le 10 mai. Nulle part nous n'avons trouvé un électeur ayant choisi le FLN comme refuge ou avoir été convaincu par les arguments de campagne développés par les hommes de Belkhadem. Une chose est sûre par contre : la propagande officielle et le matraquage des médias inféodés au pouvoir font de moins en moins effet sur les Algériens et l'abstention s'affirme plus que jamais comme une position politique.


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