Quand la passion devient une obsession, la réussite ne peut être que prescrite. Nacéra Baloul, originaire de Béjaïa, en est l'exemple édifiant. Même si cette passion pour le stylisme et la couture datent depuis quelques années déjà, Nacéra Baloul n'a pu se faire connaître que l'année dernière, lors d'un défilé de mode à l'hôtel Hilton d'Alger, organisé par la revue féminine Dziriet. Frôlant la trentaine, Nacéra Baloul ne pouvait pas faire abstraction de la couture, dans la mesure où elle a baigné dans ce milieu favorable à ce genre de métier. En effet, aussi bien sa famille maternelle que paternelle, tous excellent dans la couture dans toutes ses formes. Aussi, Nacéra décide de s'inscrire dans une école de stylisme à Tizi Ouzou, en 1996, où elle en ressortira avec un diplôme. L'envie de percer les arcanes de la couture est tellement grande qu'elle fait une deuxième halte à l'Institut de formation professionnelle de Birkhadem. Là, elle y décroche le diplôme de technicienne supérieure en stylisme. A ses débuts, la robe kabyle n'était pas sa spécialité, comme elle tient à le préciser, elle trouvait cette tenue trop compliquée à réaliser. Elle se lance donc dans le prêt-à-porter. Mariage oblige, elle s'éclipse de la scène de la mode pendant six ans. Une période, dit-elle, qui lui a permis de s'occuper de ses triplés, mais que tôt ou tard son métier reprendra. Après ces années sabbatiques, Nacéra retourne à ses tissus et à ses fils. Elle avoue qu'au départ, elle travaillait dans l'anonymat le plus total. Elle avait des clientes, notamment à Tazmalt à Béjaïa. Mais le véritable saut reste le défilé de l'année dernière organisé à l'hôtel Hilton qui l'a propulsée au-devant de la scène nationale. A partir de là, les choses ont commencé véritablement à changer pour elle. «Ce premier défilé de mode a boosté ma vie. J'ai toujours su au fond de moi-même que je réussirai à aller au bout de ma passion. Je n'attendais plus qu'un déclic. L'ensemble de ma collection a été vendu le jour-même. J'etais fière de mes performances.» Elle n'omet pas de souligner au passage que sa réussite, elle la doit aux couturières avec lesquelles elle travaille depuis quatre ans. «C'est grâce à elles que je suis là et que je brille», précise-t-elle. Perfectionniste et exigeante à la fois, cette artiste s'occupe elle-même du dessin, de la coupe et quelquefois de la couture. C'est une petite entreprise qui fonctionne assez bien. Ses stylistes et créateurs de prédilection sont Chanel pour sa veste cintrée, et Yasmina Chellali pour le volume de ses tissus. Si au départ la robe kabyle n'était pas son souci premier, aujourd'hui c'est sa raison d'être. Notre interlocutrice révèle que les futures mariées n'aiment plus la robe kabyle conventionnelle. La styliste leur conseille des ensembles et des robes typiquement berbères, avec une touche moderne. «Je dois valoriser la robe kabyle. J'œuvre afin qu'elle ne perde pas son authenticité. Je propose très souvent aux jeunes filles des ensembles kabyles», explique-t-elle. Nacéra Baloul se définit en tant que créatrice de mode. Elle ne se contente pas de reproduire tel ou tel modèle donné, elle fait dans la recherche et l'innovation. Son esprit est des plus ouverts. Les dessins griffonnés sur ces tissus sont toujours en étroite relation avec la civilisation berbère. Le rêve de Nacéra est de réaliser des robes qui ne dépassent pas trois modèles. Son travail plaît non seulement aux Algériens, mais également aux étrangers. Elle est submergée de commandes diverses, dont des trousseaux de mariées. Elle ne cache pas son admiration pour la tenue algéroise, mais préfère ne pas y toucher. «C'est sacré», lance-t-elle. Nacéra Baloul, cette ambassadrice de la robe kabyle, compte présenter prochainement sa nouvelle collection à travers un somptueux défilé de mode. Elle promet de décliner d'autres contours de la robe kabyle.